Nous sommes fermement attachés aux principes républicains qui forment le socle de notre communauté politique.

Nous sommes tout autant attachés à ce qu’ils trouvent une traduction concrète, afin d’affirmer et de mettre en application sans complexe, mais avec tolérance et respect des altérités culturelles, l’impératif de laïcité dans tout l’espace public, de répondre aux injustices sociales et territoriales, de lutter contre l’individualisme dominant et l’idéologie des gagnants, de réhabiliter les services publics qui sont le bras armé de la République et dont la dignité doit être reconnue, de dévoiler la permanence de hiérarchies sociales illégitimes abritées parfois derrière le paravent commode de l’universalisme républicain, de renoncer à disqualifier les demandes d’égalité et de non-discrimination de groupes ethniques et sociaux en les renvoyant à un communautarisme en fait imaginaire.

C’est le «manque de République» qui fournit un terreau propice aux injonctions émotionnelles, à l’émergence de communautarismes et à l’expression de replis identitaires.

L’enjeu est tel qu’il doit transcender les postures et les affrontements subsidiaires entre républicains et démocrates de droite et de gauche, au profit d’un front commun de défense républicaine, à condition que ces forces se retrouvent sur les valeurs d’humanisme, de progrès, d’émancipation, de lutte contre les injustices qui définissent la gauche de gouvernement.

Dans ces circonstances, la responsabilité de tous les républicains et démocrates sincères est à la fois d’opposer aux forces de défaisance une défense intraitable des valeurs et des Institutions garantes de notre cohésion nationale et de la paix civile, et de les adapter aux enjeux et aux attentes de notre époque.

Nous devons à la fois répondre positivement au doute démocratique qui s’est installé dans la société française et rester fermes sur les valeurs qui fondent notre démocratie républicaine.

Retrouver le consensus républicain

Le Président de la République a inscrit la reconstruction du pacte républicain dans les priorités de la seconde partie du quinquennat.

Elle est nécessaire et urgente pour que les fractures qui se sont révélées ces derniers mois ne disloquent pas la République elle-même.

Le consensus républicain n’existe plus. Depuis le ralliement de l’église catholique à la République, celle-ci n’a jamais été contestée dans ses principes si ce n’est lors de la parenthèse du régime de Vichy.

La confrontation politique ne remettait jamais en cause le socle républicain fondé sur l’esprit des Lumières, la tolérance et le respect des autres fondés sur le compromis laïque ; l’école en était le creuset.

C’est ce socle républicain qui explose aujourd’hui, ouvrant la voie à l’aventure populiste.

Les enquêtes d’opinion révèlent que de plus en plus de jeunes considèrent que la démocratie n’est pas le meilleur système. L’abstention croissante, même aux élections municipales pourtant d’habitude mobilisatrices, montre un détachement vis-à-vis des institutions. La violence devient un mode d’expression qui se banalise. L’appartenance à une communauté ethnique ou religieuse compromet l’adhésion à la collectivité nationale qui érige l’individu en citoyen.

Nous estimons que les actions suivantes sont importantes pour réactiver le Pacte républicain :

  • réaffirmer la force de la loi commune et des droits et devoirs qu’elle implique en faisant prévaloir partout et en toutes circonstances l’Etat de droit par la restauration d’une autorité publique ferme mais irréprochable, exerçant son « monopole de la violence légitime » de manière proportionnée ;
  • lutter contre le sentiment d’impunité qui s’installe et exaspère de plus en plus les Français. Face aux incivilités, délits et crimes, les forces de l’ordre doivent intervenir sur l’ensemble du territoire. Il ne doit pas y avoir de «territoires perdus de la République» ;
  • rendre la justice plus réactive. Aujourd’hui, 45% des peines de prison ferme ne sont pas exécutées six mois après avoir été prononcées. Cela met à mal la crédibilité du système judiciaire. A toute infraction une sanction doit être concomitamment appliquée. Une réforme des modes d’exécution des peines doit aller dans ce sens, tout en évitant le « tout carcéral ». Une justice plus réactive ne signifie pas plus expéditive, mais doit viser à abréger les délais de suspicion interminables qui entravent la vie sociale et personnelle des justiciables, dans l’attente de leurs procès.
  • moderniser la justice : la justice manque de moyens humains et financiers. Mais au-delà d’une impérieuse nécessité de voir augmenter d’année en année le budget de la justice, il y a urgence à concrétiser les réformes structurelles dont notre système judiciaire a tant besoin, et notamment :
    – alléger la lourdeur bureaucratique qui mine l’ensemble du système judiciaire pour en accroître l’efficacité ;
    – investir dans la transformation numérique afin de faciliter les procédures en ligne des justiciables ;
  • renforcer le sens et l’efficacité de la peine. Cela passe par une justice des mineurs adaptée à notre société de plus en plus violente ou encore par la suppression des réductions de peine automatiques ;
  • développer et appliquer des peines alternatives à la prison pour les justiciables coupables de délits mineurs sauf dans les cas de multi-récidive ;
  • placer la liberté de conscience, les principes de laïcité et de pluralisme politique, philosophique et spirituel au cœur de l’exigence républicaine et de sa mise en œuvre ;
  • garantir sans faiblesse les libertés fondamentales dans la mesure où leur expression ne nuit à un aucun groupe social et n’empiète pas sur le respect de la sphère privée, par l’exercice de l’autorité publique et d’une justice indépendante et impartiale ;
  • réaffirmer la primauté du vote et du principe majoritaire contre les tentations de l’arbitraire, du rapport de force, et de la contestation de la légitimité élective ;
  • garantir la justice sociale, le refus des discriminations et le respect de la dignité humaine en assurant l’égalité en droit et en poursuivant l’objectif d’égalité réelle par la correction des inégalités de conditions et d’origine sociale ;
  • contribuer à la concorde nationale en menant enfin l’indispensable travail de mémoire sur l’histoire de la France et de la République, à la fois pour ce qui concerne les heures glorieuses et les zones d’ombre de son histoire intérieure, en particulier pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi dans ses rapports avec les anciens peuples colonisés dont les descendants composent désormais une proportion significative de la population française ou habitent en France. L’apaisement des mémoires est indispensable à la consolidation du pacte républicain et à l’intégration des populations. Il ne s’agit pas de multiplier les repentances anachroniques, mais d’objectiver l’enseignement de notre histoire, de ce qui nous lie indissolublement pour le meilleur ou pour le pire aux peuples de nos anciennes colonies, afin de rendre justice à toutes les composantes de la communauté nationale, mais aussi de perpétuer et de consolider les liens d’avenir avec l’espace francophone. Territoires de Progrès salue à ce titre l’initiative du Président de la République de confier à un historien éminent une mission sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie.
  • veiller au respect de la dignité humaine par le développement des droits sociaux, des droits civils et des solidarités vis-à-vis des minorités, des plus fragiles et des plus déshérités ;
  • promouvoir l’autonomie personnelle et citoyenne, en renforçant l’accès de tous à l’éducation, à la culture et à l’instruction civique ;
  • assurer des solidarités inter-générationnelles durables et la transmission de notre cadre de vie aux générations futures ;
  • renforcer la vitalité de notre démocratie sociale grâce à une reconnaissance pleine et entière du syndicalisme, par le développement du dialogue social à tous les niveaux : national, par branches, entreprises et territoires, et par la rénovation du paritarisme ;
  • réguler les réseaux sociaux, en évitant toute police de la pensée et en veillant à respecter la liberté fondamentale de conscience et d’expression des opinions, en interdisant notamment l’expression publique sous pseudonyme d’opinions ou d’informations portant sur des institutions publiques ou des personnes, afin que notre droit d’incrimination de fausses nouvelles, d’insultes publiques ou de propos diffamatoires puisse s’exercer tout aussi pleinement à l’encontre du vecteur numérique que de tout autre type d’expression.

Pour autant, ce rappel aux valeurs républicaines ne peut constituer une simple « réaction » à la crise démocratique, mais doit aussi intégrer dans nos institutions et dans nos pratiques politiques des réponses à la défiance populaire et aux aspirations insatisfaites qui alimentent la démission civique.

Une école d’aujourd’hui, pour une République de notre temps

La pire des inégalités est l’inégalité devant le savoir et devant la réussite : l’inégalité scolaire. Depuis des années, les enquêtes internationales PISA nous alertent sur la corrélation entre difficultés sociales et échec scolaire. L’échec scolaire et ses conséquences sur l’avenir des jeunes apparaît de plus en plus comme une fatalité inéluctable, une sorte d’hérédité sociale, alors que l’école doit être porteuse de la promesse de « l’égalité des possibles », pour reprendre une belle formule de François Hollande lors de sa campagne pour les présidentielles de 2012.

Emmanuel Macron a précisément mis l’émancipation au cœur de son projet 2017 : il n’y aura pas d’émancipation sans une vraie refondation de l’école. Celle-ci ne peut se résumer à des controverses savantes et d’incessants changements de pied pédagogiques, mais doit garder pour fil d’Ariane l’objectif de l’émancipation individuelle et de l’autonomie personnelle de chaque Français. Cet objectif doit être adapté à son époque et à l’évolution de notre environnement éducatif et cognitif, en particulier à la maîtrise critique du flot d’informations, d’émotions et de manipulations émanant des réseaux sociaux et des chaînes d’information continue.

D’abord, définir la mission de l’école qui est faite pour les élèves et ne peut plus être le jouet de querelles politiciennes et le champ clos de corporatismes. La mission de l’école est, d’une part, l’émancipation de chaque individu par le développement de l’esprit critique et l’appel systématique à la raison, de plus en plus nécessaire face au développement sur les réseaux sociaux de l’arme du mensonge et de la calomnie complotiste.

D’autre part, l’école a aussi pour mission l’acquisition des compétences dont chaque jeune aura besoin dans sa vie sociale et professionnelle. Nous approuvons la récente disposition du ministre Jean-Michel Blanquer de rendre l’école obligatoire dès 3 ans. Il s’agit de préparer les jeunes à des métiers aujourd’hui inconnus, ce qui nécessite une adaptabilité qui repose sur une culture générale littéraire et scientifique solide.

C’est pourquoi l’école doit être exigeante. La gauche a trop souvent abandonné des notions républicaines pour une fausse bienveillance qui n’a fait que consolider les ghettos scolaires en y maintenant des élèves de milieux défavorisés. L’exigence, le travail et le mérite ne sont pas des valeurs conservatrices, bien au contraire.

La juste ambition de l’égalité ne peut être confondue avec un égalitarisme coupable d’un nivellement par le bas qui condamne les élèves des milieux défavorisés à la relégation scolaire donc sociale, ce qui les pousse à rejeter une République qui, dès le début, les a laissés au bord du chemin.

La République ne peut pas se contenter sans réagir de constater que près de 20 % des jeunes sortent du système éducatif sans formation, ce qui les condamne au chômage ou à la précarité. Pour répondre à ce défi, la gauche dès son arrivée au pouvoir en 1981 a engagé une audacieuse politique d’éducation prioritaire. Près de quarante ans après, il faut bien constater que les résultats ne sont pas à la hauteur de cette ambition.

Tout n’est pas de la responsabilité de l’école, et il y aura des ghettos scolaires tant qu’il y aura des ghettos urbains ou des déserts ruraux. Manuel Valls avait utilisé le terme d’apartheid pour décrire la fracture territoriale, ce qui avait fait hurler un certain nombre de responsables politiques notamment à gauche, et pourtant il décrivait là une réalité qui nécessite une véritable politique d’aménagement du territoire englobant l’éducation prioritaire.

Les élargissements successifs des zones d’éducation prioritaire ont dilué leurs apports, mais surtout il est inutile de mettre des enseignants supplémentaires en ZEP s‘ils n’ont pas reçu une formation qui les arme pour encadrer et éduquer un public scolaire en difficulté et qui est souvent en voie de déscolarisation. Ce sont ces élèves-là qu’il faut faire revenir à l’école, et on a vu combien c’était difficile après la période de confinement. On ne peut enseigner avec les mêmes méthodes en Seine-Saint-Denis et dans le VIIe arrondissement.

De ce point de vue la réforme Blanquer de dédoublement des classes dans les ZEP traduit une rupture politique particulièrement bienvenue.

Il n’y aura pas de refondation de l’école sans un renforcement de la formation professionnelle des enseignants. Celle-ci ne peut se faire que dans une véritable école professionnelle, recrutant par concours les étudiants qui ont la vocation dès les premières années de l’enseignement supérieur (en fin de L.1 par exemple) afin de les confronter très vite à la réalité d’une classe.

La seule formation universitaire et académique n’est pas adaptée à l’évolution du public scolaire hétérogène, et à la massification de l’enseignement qu’il ne faut surtout pas remettre en cause, mais qu’il faut faire aboutir à une véritable démocratisation permettant l’égalité des possibles.

Ce métier exige certes des connaissances mais aussi une vocation, un savoir-faire, et une éthique républicaine qui doit habiter tout fonctionnaire d’Etat.

Le métier d’enseignant doit donc évoluer sans tabou ni a priori, vers une personnalisation de la pédagogie et la prise en compte des outils numériques dans la formation des jeunes. L’enseignant n’est plus le seul détenteur du savoir, mais celui qui doit permettre d’accéder à l’autonomie critique et à l’émancipation personnelle d’esprits encore en construction face au flot d’informations plus ou moins valides qui se déversent sur les réseaux sociaux et les écrans de tous ordres.

Des tentatives d’autonomie des établissements du second degré, à l’instar d’expériences étrangères concluantes ou de nos établissements français à l’étranger, doivent être mises en œuvre et évaluées avant une éventuelle généralisation qui doit s’imposer tout autant à l’Etat qu’aux départements et aux régions.

La laïcité : loi fondamentale du vivre-ensemble républicain

Il est temps d’être clair sur la laïcité !

La loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905 installe en France la paix religieuse mais c’est l’article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui instaure la liberté de conscience. Ainsi, la laïcité est intimement liée à la République. Par le pacte républicain, elle garantit la liberté de pratiquer sa croyance ou son absence de croyance.

C’est ainsi et ainsi seulement que l’individu devient citoyen, que le bien commun peut s’imposer aux seuls intérêts particuliers, et que la République peut réunir la mosaïque de ses communautés d’origine sans pour autant les nier.

La laïcité ne tolère donc pas d’adjectif ni d’accommodements. Elle exige seulement d’être assumée.

La question de la laïcité avait disparu du débat public. Elle y est revenue avec l’arrivée en France de l’islam devenu deuxième religion revendiquée dans notre pays. Or la laïcité est souvent dévoyée notamment par l’extrême-droite et le Rassemblement National qui confondent volontairement laïcité et rejet de l’islam. C’est pourquoi nous devons être intransigeants dans le respect des principes de la laïcité et condamner avec la même force les dérives des islamo-gauchistes qui voient dans chaque musulman un nouveau prolétaire mobilisable pour la révolution, les islamistes qui voudraient mettre les lois religieuses au- dessus des lois républicaines, et toute manifestation d’ostracisme et de discrimination à l’égard de nos compatriotes musulmans.

Nous nous félicitons que le Premier ministre Jean Castex ait rappelé les principes de la laïcité et donc la nécessité de la lutte contre l’islamisme dans sa déclaration de politique générale.

Au-delà du rappel des principes, un certain nombre de dispositions doivent être prises en se mettant d’abord d’accord sur ce que recouvre la notion d’espace public.

Par ailleurs, il faudra sans doute renforcer le contrôle encore trop flou des écoles hors contrat, quelle que soit leur appartenance religieuse, et les associations cultuelles qui se cachent souvent derrière des activités culturelles ou sportives.

Une loi devra aussi régler le problème resté pendant du financement des lieux de culte et de la formation des imams.

Refonder l’école, être clair sur les principes de laïcité sont les outils pour que la promesse républicaine d’égalité des droits devienne une réalité.

Ce sont les conditions nécessaires pour que la République retrouve des citoyens.

Chapitre 2, avant-propos | Une république plus démocratique et inclusive

Chapitre 2 | 2.2 Adapter nos institutions aux nouvelles aspirations démocratiques

Chapitre 2 | 2.3 Reconquérir les territoires par un réinvestissement territorial de l’Etat

Notre modèle de société n’est pas immuable. Il repose sur un sentiment national fort et ancien, et a été cimenté par un large consentement au Pacte républicain fondé sur la liberté individuelle, la solidarité nationale qui exprime la fraternité, et l’égalité en droits et en devoirs. Il est également l’héritage d’un des rares exemples de concorde nationale et de compromis républicain entre forces politiques rivales dans l’histoire de notre pays : le programme du Conseil national de la Résistance.

Ce modèle a connu trois décennies de stabilité et de progrès grâce à la dynamique de la reconstruction d’après-guerre, à des restes d’empire, à la construction européenne et au parapluie américain, dans un monde coopératif régulé par des institutions multilatérales dominées par les Occidentaux. Mais il est aujourd’hui confronté à des bouleversements géopolitiques, technologiques, démographiques et climatiques considérables.

En effet, depuis la fin du monde bipolaire en 1989, les partis politiques et les corps intermédiaires ont été incapables d’articuler un discours explicatif de l’Histoire porteur de sens, abandonnant les peuples à eux-mêmes et les catégories populaires à leurs angoisses devant les bouleversements mondiaux, l’hétérogénéité culturelle et ethnique croissante de notre société, et les destructions sociales et écologiques liées au jeu du capitalisme mondial. La place prise par les réseaux sociaux vient sanctionner leurs carences.

Cette situation donne le sentiment que le politique est désormais impuissant et crée une profonde défiance à l’égard du modèle représentatif sur lequel reposent nos démocraties. Il s’ensuit une perte de sens et de repères qui instille le doute sur nos institutions démocratiques et déprécie dangereusement les valeurs et les principes de l’Etat de droit au profit d’une radicalisation passionnelle du débat politique et social.

Ces bouleversements menacent gravement la cohésion de nos sociétés, créent, consolident ou aggravent les injustices sociales, favorisent leur fracturation en communautés et en groupes de pression défensifs et concurrents, attaquent son héritage laïque et les acquis des combats féministes et ouvrent la porte à des régressions sociales et politiques aventureuses.

Pour Territoires de Progrès, la gravité des menaces qui pèsent sur les fondements de notre République et de notre démocratie nécessite un ressaisissement républicain vigoureux.

Chapitre 2 | 2.1 Réaffirmer fermement nos principes républicains

Chapitre 2 | 2.2 Adapter nos institutions aux nouvelles aspirations démocratiques

Chapitre 2 | 2.3 Reconquérir les territoires par un réinvestissement territorial de l’Etat

Notre ambition est de dépasser la social-démocratie par un social-réformisme ouvert aux mutations et aux attentes de notre époque.

Née de la foisonnante controverse des mouvements de gauche issus de la révolution industrielle à la fin du XIXe siècle, la social-démocratie a choisi d’emprunter la voie d’un réformisme démocratique basé sur la représentation partisane et politique des forces sociales, soutenues par l’action et les luttes syndicales des travailleurs.

Elle s’est essentiellement développée dans les pays d’Europe du Nord, de culture protestante, à partir de partis et de syndicats réformistes puissants, très représentés dans la société.

La gauche française, longtemps caractérisée par la persistance d’un mouvement révolutionnaire dominant refusant toute « compromission bourgeoise », incarné par le PCF et la CGT, n’a dû son accession au pouvoir que par une stratégie d’unité, à laquelle sa composante réformiste-socialiste a sacrifié une clarification idéologique sociale-démocrate assumée. Cette ambiguïté idéologique, longtemps fructueuse au plan électoral, s’est avérée génératrice de profondes contradictions et fractures internes au fur et à mesure du déclin de l’influence communiste.

Si elle continue d’incarner une gauche de gouvernement plus que de protestation, la social-démocratie souffre aujourd’hui de la crise de la démocratie représentative, de l’érosion de la classe ouvrière née à l’époque de la révolution industrielle et consécutivement du déclin des appareils politiques et syndicaux.

Face à cette évolution, il appartient à la gauche sociale-réformiste de ressourcer nos démocraties républicaines en restaurant fermement leurs principes de justice et d’égalité en droits et en conditions, en favorisant le renouvellement sociologique de la classe politique et la représentation de toutes les catégories de population, en décorporatisant la vie syndicale et en déclientélisant la politique, en redistribuant plus largement les pouvoirs publics entre le centre et les territoires, en desserrant l’emprise du centralisme, et en ouvrant plus largement la décision publique à la participation citoyenne en co-construction avec la démocratie représentative dans les domaines qui concernent la vie quotidienne et le cadre de vie des Français.

Nous avons la conviction que la préservation de la planète constitue désormais un enjeu majeur de l’humanité qui doit être porté, à l’échelle des nations comme à l’échelle internationale, par toutes les forces politiques et sociales, sans exclusive ni monopole politique.

La responsabilité de notre génération est de transmettre une planète vivable et un cadre de vie apaisé et sain aux générations futures, afin d’en faire un lieu de développement et d’opportunités pour tous, tout en veillant à ce qu’il ne constitue pas une régression sociale pour quelques-uns.

La gauche sociale-réformiste ne peut avoir aujourd’hui pour seul horizon la recherche d’un compromis entre capital et travail, mais doit intégrer la démocratie sociale dans le réformisme environnemental et climatique qui s’impose comme un enjeu politique et sociétal majeur.

Transition écologique et transition énergétique doivent être menées de pair avec la transition vers un modèle économique et social plus vertueux et plus exemplaire. Ainsi, nous devons porter une nouvelle exigence de dialogue social et de responsabilité sociale et environnementale des entreprises, et y impliquer plus systématiquement les partenaires sociaux, garants des intérêts économiques et sociaux du pays et de nos systèmes de protection sociale. Au total, nous voulons participer à l’édification d’une République apaisée, inclusive et écologiquement exemplaire, représenter une gauche ouverte aux aspirations et aux réalités de son temps, sans déni ni double discours, sans tabou ni complexe, départie de tout aveuglement ou enfermement sectaire ou dogmatique. Nous militons pour une conciliation de l’économie qui assure la préservation de notre niveau de vie et la solvabilité de notre modèle social, du social qui est au cœur de la dignité humaine, de la quête d’égalité qui fonde le pacte républicain, et de l’écologie qui constitue l’un des plus grands défis du XXIe siècle !

 Chapitre 1 | 1.1 Faire face au national-populisme à l’extérieur et à l’intérieur du pays

Chapitre 1 | 1.2 Assumer le réformisme social et la culture de gouvernement de la gauche

La gauche française, longtemps considérée comme une force politique de témoignage et de protestation sociale inapte à l’exercice des responsabilités gouvernementales, a opiniâtrement acquis une culture et une crédibilité gestionnaires à compter de l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981.

Elle y a réussi sur la base d’une Union de la gauche et d’un programme commun, au prix d’un grand écart idéologique entre lutte des classes et social-démocratie que le Parti Socialiste, devenu hégémonique, s’est toujours refusé à clarifier.

Cette stratégie mise en œuvre à une autre époque et sous l’autorité politique d’une personnalité d’envergure exceptionnelle issue de la classe politique de la guerre, a longtemps assuré au Parti Socialiste un leadership à gauche et l’efficacité d’une redoutable machine électorale.

François Mitterrand disparu, le PS, convaincu que le pays était entré dans un cycle d’alternances gauche-droite perpétuelles, est essentiellement devenu une arène de compétitions internes entre ses leaders, pour la plupart issus de la haute fonction publique, en vue de l’élection présidentielle, campant sur des postures et des surenchères à gauche, sur de fausses synthèses entre faux amis et sur un grand écart entre discours d’opposition et pratique gouvernementale, qui ont finalement précipité sa perte.

Accaparé par des rivalités d’écuries présidentielles, et assis sur une base sociologique étroite, limitée pour l’essentiel aux fonctions publiques nationales et locales, ses valeurs d’égalité et de justice se sont peu à peu fourvoyées dans un clientélisme corporatiste, survalorisant l’assistance aux dépens du travail et du mérite et protecteur d’inégalités statutaires, qui l’ont coupé de la classe ouvrière et de la petite classe moyenne des travailleurs agricoles, indépendants ou artisans.

L’épisode anecdotique de l’abrogation du jour de carence de congés maladie pour les seuls salariés fonctionnaires sous la mandature précédente illustre ce décalage palpable entre professions de foi égalitaristes et pratiques politiques.

Le rejet par la gauche institutionnelle d’une réforme des retraites poursuivant l’objectif de supprimer les inégalités flagrantes de 42 régimes de retraite par un régime universel par points, porteur de droits égaux, illustre l’ambiguïté fondamentale de ses postures de justice et d’égalité.

Si l’élection présidentielle de 2017 a traduit un désir des Français de renverser la table et de rebattre les cartes du paysage politique, elle a spécialement manifesté un profond rejet du Parti Socialiste, son candidat terminant à la 5ème place du premier tour avec le score sans appel de 6,35 %.

Cet effondrement est la conséquence de ses ambigüités idéologiques et de ses divisions délétères dans l’exercice de la responsabilité gouvernementale, mais aussi d’une sclérose idéologique et d’un recrutement sociologique en décalage avec les évolutions de la société française et de son environnement international.

Nous observons qu’à défaut de profiter de cette traversée du désert pour en tirer les conclusions et renouveler son projet politique dans le respect de ses fondamentaux, la gauche de gouvernement refuse de procéder à l’analyse de son rejet de 2017 et opère tout au plus une conversion écologiste qui ne se distingue pas de l’offre politique des Verts et la voue à une inéluctable perte d’influence nationale.

Les élections municipales de juin 2020, traditionnellement favorables aux partis d’opposition et marquées par une abstention record, ont validé dans une certaine mesure sa stratégie d’union avec les Verts, mais probablement au prix de leur abandonner le leadership à gauche. Sa tentation de reconstituer une Union de la gauche avec les Insoumis qui se sont constitués sur une ligne nationaliste et populiste, anti-européenne et anti-occidentale, illibérale et adepte de la lutte des classes en réaction et en opposition frontale au PS, est de nature à conduire la gauche à une régression protestataire démagogique.

Cette stratégie de survie ne peut constituer l’horizon de la gauche de gouvernement.

L’incontestable acuité de la question écologique, qui confère une prime politique d’antériorité aux Verts, ne suffit pas à embrasser l’ensemble des problématiques économiques, sociales, éducatives, scientifiques, culturelles, territoriales, démocratiques, sécuritaires, européennes et internationales que doit proposer un parti de gouvernement et auxquelles est confronté un pays comme la France.

Nous avons la conviction que la culture de gouvernement acquise par la gauche et ce qu’elle représente d’expérience mais aussi de responsabilité, est un acquis précieux qui peut être utile au pays. La gauche ne doit pas se fourvoyer dans une tentation de repli protestataire, d’opposition systématique et d’inféodation à quelque radicalité idéologique que ce soit.

Nous assumons l’essentiel de l’héritage gouvernemental de la gauche et nous voulons incarner dans la clarté sa composante sociale-réformiste en phase avec la social-démocratie européenne.

Mais notre appréciation des contestations préoccupantes qui affectent la démocratie française, et au-delà les valeurs libérales occidentales, nous conduit à ne pas nous tromper d’adversaire en refusant de faire chorus aux rancœurs et aux rancunes qui érigent le Président de la République en adversaire prioritaire des partis de gauche et en bouc émissaire de fractures françaises dans lesquelles ils ont leur part de responsabilité.

Chapitre 1, article 1.1 | Faire face au national-populisme à l’extérieur et à l’intérieur du pays

Chapitre 1, article 1.3 | Moderniser la social-démocratie et donner sa juste place à l’exigence écologique

La création de Territoires de Progrès intervient dans un contexte politique international et national particulièrement instable et imprévisible.

Sur le plan international, on assiste à l’émergence de régressions nationalistes et identitaires qui menacent les principes démocratiques, la liberté de la presse et l’indépendance de la justice.

L’affrontement idéologique global de l’après-guerre entre le modèle capitaliste libéral et le modèle socialiste autoritaire s’est certes dissipé avec la chute du mur de Berlin. Cependant, il n’a pas signifié la « Fin de l’Histoire » et la victoire finale de la démocratie libérale prophétisée par certains. La mondialisation libérale, considérée comme l’expression hégémonique de la civilisation libérale occidentale, est contestée de l’extérieur comme de l’intérieur.

Les tensions très fortes qui agitent le monde musulman et ses marges, et le terrorisme qui en est la conséquence, liées notamment à l’essor d’une conception rigoriste et totalitaire de l’islam, constituent l’une des manifestations de cette contestation des valeurs libérales.

Ces mouvements djihadistes exaltent des identités victimaires et des valeurs religieuses et sociétales conservatrices structurées en réaction à la prétention universaliste des valeurs occidentales. En prenant en otage des communautés musulmanes expatriées, leur recours au terrorisme vise à susciter des réactions conflictuelles ou ostraciques à l’encontre des communautés musulmanes pour en faire le terreau de déstabilisations politiques au sein des sociétés occidentales. Notre République laïque est spécialement armée pour y faire face sans confusion ni amalgame avec l’immense majorité de nos compatriotes musulmans.

En second lieu, le retour des anciens empires, chinois, russe et turc, qui se traduit par l’expression décomplexée d’une volonté de puissance et de réaffirmation d’une fierté impériale : nouvelles Routes de la soie, néo-ottomanisme, nouvelle slavophilie ont en commun une volonté de revanche sur « l’Occident » et de démantèlement de l’édifice multilatéral de l’après-guerre assimilé à sa domination.

Plus conjoncturellement, la disparition des grands récits explicatifs de l’Histoire a conduit les catégories populaires et conservatrices de divers pays, inquiètes devant les nouveaux dangers et animées d’un sentiment de déclassement, à faire le choix d’élire des gouvernements néo- nationalistes, ou dits « illibéraux » en Europe centrale, voire expansionnistes.

Territoires de Progrès s’inscrit clairement en résistance à la progression généralisée dans les démocraties occidentales de forces nationalistes et populistes notoirement anti européennes, illibérales et opposées aux régulations multilatérales d’après-guerre, qui trouvent leur origine dans un doute démocratique qui menace tout autant la France que les démocraties américaine, brésilienne, britannique, italienne ou d’Europe centrale, où elles ont pris pied.

Sur le plan intérieur, la démocratie représentative et le Pacte républicain sont confrontés à de nouveaux défis :

  • Une profonde défiance populaire s’exprime à l’encontre de la démocratie représentative, de ses institutions et des partis politiques.
  • Le développement d’Internet et des réseaux sociaux a certes spectaculairement démocratisé l’accès à l’information, mais a également déverticalisé et désintermédié la vie politique aux dépens des fonctions d’encadrement traditionnelles des partis et des corps intermédiaires. Cette «ubérisation» de la politique telle qu’on la pratiquait au siècle dernier change la donne démocratique pour le meilleur et pour le pire, autonomise l’information des citoyens, facilite l’expression et les échanges au sein de la société civile, libère des mobilisations minoritaires, mais se prête aussi à de dangereuses manipulations de l’information, à la diffusion de désinformations complotistes, ainsi qu’à des visées déstabilisatrices intérieures ou extérieures redoutables.

Territoires de Progrès observe que ce progrès technologique coïncide avec la banalisation des idées nationales-populistes et la montée de radicalités politiques violentes qui ne cessent de progresser dans les esprits et de se manifester.

Mais l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes peut être également analysée comme la révolte d’une France périphérique négligée de longue date par les politiques, les élites et les classes supérieures, plus à l’aise dans la mondialisation. Elle signe le retour fracassant et intempestif dans l’espace public de classes populaires oubliées et en mal de représentation politique ainsi que leur instrumentalisation par des minorités activistes radicales et violentes.

Territoires de Progrès considère que si gauche et droite sont dépositaires de valeurs et de sensibilités différentes sur bien des sujets, les républicains des deux familles politiques ont contribué à édifier notre démocratie sociale. L’évolution des mentalités de part et d’autre, mais aussi des contraintes extérieures dans un monde ouvert, ont atténué l’intensité des désaccords politiques fondamentaux et contribué à indifférencier les politiques publiques des gouvernements successifs, laissant place aujourd’hui à un clivage plus fondamental entre, d’une part, républicains libéraux et européens, d’autre part, illibéraux nationalistes porteurs de politiques autoritaires de repli.

A l’encontre des revendications communautaristes pouvant aller jusqu’à la tentation séparatiste et à ce que certains sociologues identifient comme une «archipélisation» sociologique et culturelle du pays, les principes républicains doivent être le ciment d’une nation française multiethnique et multiconfessionnelle, plus forte que les solidarités et les affinités communautaires.

A cet égard, nous réaffirmons que les intégrismes religieux qui se traduisent par la limitation des libertés, notamment celles des femmes, ne sont pas compatibles avec nos principes républicains et ne peuvent pas être tolérés par la République.

Chapitre 1 | 1.2. Assumer le réformisme social et la culture de gouvernement de la gauche

Chapitre 1 | 1.3. Moderniser la social-démocratie et donner sa juste place à l’exigence écologique

Avant-propos |

Le mouvement politique Territoires de Progrès, parrainé par Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères et Olivier Dussopt, ministre délégué aux Comptes publics, s’est constitué à Pantin le 1er février 2020.

C’est un Mouvement politique indépendant, largement ouvert à toutes les générations qui se retrouvent dans la clarification et la cohérence politique qu’il revendique à gauche, et qui s’inscrit dans la filiation de la social-démocratie européenne et dans celle de la gauche de gouvernement française.

Nous voulons offrir à l’électorat de gauche qui a permis l’élection d’Emmanuel Macron, une représentation distincte des autres formations de la majorité susceptible de peser sur les orientations gouvernementales futures.  

Territoires de Progrès veut incarner une Gauche de proposition et d’action et faire entendre une voix constructive, indépendante et exigeante, au service de l’intérêt du pays plutôt que d’intérêts d’appareils.

Né dans les territoires, enraciné dans les collectivités locales, il milite pour un rééquilibrage des pouvoirs et une décentralisation approfondie et clarifiée sur la base des principes de subsidiarité, de spécialisation des compétences et des moyens, et de responsabilité politique assumée, dans le respect des compétences législatives et régaliennes de l’Etat.

Il considère que la démocratie locale et l’exercice des pouvoirs locaux, peuvent constituer un modèle de référence pour un exercice démocratique apaisé et collaboratif sur l’essentiel au-delà des sensibilités partisanes. Rien, hormis des calculs d’ambitions et des postures politiques, ne justifie que des républicains d’horizons divers qui gèrent ensemble des Territoires ne puissent s’accorder à gérer le pays sur des contrats de gouvernement clairs et transparents.

L’engagement dans Territoires de Progrès est compatible avec d’autres apparentements politiques ou associatifs, à condition d’adhérer aux valeurs républicaines, démocratiques, sociales et européennes exprimées dans son Manifeste fondateur.

Territoire de Progrès défend un projet de société, libre mais plus participative et plus respectueuse du « vivre ensemble », diverse mais plus juste, correctrice des inégalités de cadre de vie mais porteuse de droits et de devoirs individuels, dotée de protections universelles contre les aléas de la vie, inclusive de toutes les composantes de la société française, favorable à la protection des grands équilibres écologiques et climatiques.

Notre positionnement politique général

Faire face au national-populisme à l’extérieur et à l’intérieur du pays.

Territoires de Progrès souhaite répondre à la profonde défiance populaire qui s’exprime à l’encontre de la démocratie représentative, de ses institutions et des partis politiques.

Le développement de l’Internet et des réseaux sociaux a certes spectaculairement démocratisé l’accès à l’information, mais a également déverticalisé et désintermédié la vie politique aux dépens des fonctions d’encadrement traditionnelles des partis et des corps intermédiaires. Cette « ubérisation » de la politique se prête à de dangereuses manipulations de l’information, à la diffusion de désinformations complotistes, ainsi qu’à des visées déstabilisatrices intérieures ou extérieures redoutables.    

Territoires de Progrès observe que ce progrès technologique coïncide avec la banalisation des idées nationales-populistes et la montée de radicalités politiques violentes qui ne cessent de progresser dans les esprits et de se manifester.

Mais l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes peut être également analysée comme la révolte d’une France périphérique négligée de longue date par les politiques, les élites et les classes supérieures plus à l’aise dans  mondialisation. Elle signe le retour fracassant et intempestif dans l’espace public de classes populaires oubliées et en mal de représentation politique ainsi que leur instrumentalisation par des minorités activistes radicales et violentes.

En ce moment d’érosion du pacte civique et républicain et de rupture de consensus démocratique, nous ne voulons pas nous tromper d’adversaire et faire du Président de la République le bouc émissaire d’une crise politique profonde et ancienne.

Assumer le réformisme social et la culture de gouvernement de la Gauche.

Nous observons que la gauche de gouvernement refuse de procéder à l’analyse de son naufrage de 2017 et opère tout au plus une conversion écologiste qui ne se distingue pas de l’offre politique des Verts, et la voue à une inéluctable perte d’influence nationale.

Sa stratégie de survie, le repli protestataire ne peut constituer l’horizon de la gauche de gouvernement.

Un parti de gouvernement dans un pays comme la France doit savoir proposer et se confronter aux problématiques économiques, sociales, éducatives, scientifiques, culturelles, territoriales, démocratiques, sécuritaires, européennes et internationales.

Moderniser la social-démocratie par un réformisme écologique.

Nous voulons participer à l’édification d’une République apaisée, inclusive et écologiquement exemplaire, représenter une gauche ouverte aux aspirations et aux réalités de son temps, sans déni ni double discours, sans tabou ni complexe, départie de tout aveuglement ou enfermement sectaire ou dogmatique. Nous militons pour une conciliation de l’économie qui assure la préservation de notre niveau de vie et la solvabilité de notre modèle social, du social qui est au cœur de la dignité humaine, de la quête d’égalité qui fonde le pacte républicain, et de l’écologie qui constitue l’un des plus grands défis du XXIè siècle !

Mais nous privilégions un réformisme écologique associant les partenaires sociaux à travers le CESE et les CESER, et une écologie d’innovations technologiques et d’accompagnement social sur une écologie de rupture porteuse de déclassement national et de chômage de masse.

Nous nous situons dans la filiation assumée de la social-démocratie avec la volonté de l’adapter à un social-réformisme de notre époque.

Une République plus démocratique et plus inclusive

Pour Territoires de Progrès, la défiance à l’égard du politique ainsi que la gravité des menaces qui pèsent sur les fondements de notre République et de notre démocratie, nécessitent un ressaisissement républicain vigoureux, une réforme des institutions et un réinvestissement territorial de l’Etat, garant de l’unité de la nation, de l’exercice universel des fonctions régaliennes au service de tous les Français, et de la présence territoriale équitable des grands services publics.

Pour retrouver le consensus républicain, il faut notamment investir dans l’école et préserver la laïcité.

Pour une meilleure égalité en matière d’accès à l’éducation, et une modernisation de l’école, nous pensons que de nouvelles formations sont nécessaires pour les enseignants, en s’inspirant de modèles qui ont fait leur preuve, dans des pays du Nord de l’Europe.

Mais pour rétablir fermement nos principes républicains, nous devons être clairs sur la laïcité, qui doit être réaffirmée, comme doivent l’être la loi, et l’état de droit. En parallèle, nous devons réformer la justice pour qu’elle soit plus réactive, et plus largement garantir la justice sociale, le refus des discriminations, le respect de la dignité humaine. Nous pensons indispensable la reconnaissance pleine et entière du syndicalisme pour entretenir un dialogue social à tous niveaux. Enfin nous devons mieux réguler les réseaux sociaux.

Nous militons pour une restauration de l’autorité publique par une augmentation des moyens de la justice, une exécution et une diversification des sanctions dans un souci de lutte contre la récidive et d’augmentation des chances de  réinsertion. 

Nos institutions doivent être modernisées.

Nous faisons le constat que la Vè République est fatiguée, et proposons de réformer nos institutions, pour rompre avec le régime hyper présidentiel de fait, et redonner un réel pouvoir au Parlement. Notre mouvement prône une décentralisation plus audacieuse qui sera capable de rapprocher l’action publique des citoyens.

Nous croyons  que la participation citoyenne doit être un enrichissement pour la démocratie représentative, plutôt qu’une fragmentation du principe démocratique, et nous prônons l’instauration du  vote obligatoire, et de procédures de votations encadrées selon le principe de subsidiarité.

La République doit assurer une plus grande égalité d’accès à la  qualité de vie dans les territoires.  

Cela implique de reconquérir nos quartiers d’habitat social. Nous devons permettre le retour de la République sur ces « territoires perdus de la République », à commencer par un retour de la tranquillité publique, de l’école et de conditions décentes de logement. Cela suppose de restaurer un sentiment de justice et un climat de respect à l’égard des populations de toutes origines, ainsi que des forces de police de proximité formées.

Si 5% des ruraux ne désirent pas quitter leur lieux de résidence , ils déplorent un déclin économique des petites villes et des villes moyennes et manifestent très majoritairement un sentiment d’abandon qui vise très précisément l’Etat.

Nous considérons que les politiques de développement local doivent procéder de la mobilisation des énergies et des initiatives individuelles avec le concours des collectivités locales, mais il appartient à l’Etat de revenir sur ses territoires en garantissant une proximité de  ses services publics administratifs à travers le réseau des sous-préfectures, un accès aux soins de proximité et des infrastructures et services ferroviaires de qualité susceptibles de désenclaver les territoires et de se substituer à l’automobile sur les grands axes.

Nous proposons de renforcer la présence territoriale de l’État des grands services publics et des réseaux d’infrastructures nationaux.

Nous soutenons une meilleure coordination de l’action territoriale de l’Etat autour de Préfets aux pouvoirs renforcés qui répondront directement au Premier ministre et à chacun des ministres des résultats obtenus dans les politiques prioritaires du gouvernement, mais aussi à un maintien des sous-préfectures et un réinvestissement de leurs services.

Enfin nous misons sur une meilleure attention aux villes moyennes et aux petites villes, qui pourraient correspondre aux nouvelles aspirations à une vie plus apaisée chez les jeunes générations, pourvu que toutes les conditions de l’attractivité soient réunies, notamment dans les domaines économique et culturel.

Le choix du réformisme écologique plutôt que la rupture autoritaire : agir local et agir global !

Territoires de Progrès se retrouve pleinement dans l’impératif écologique, ses enjeux vitaux pour l’humanité, et la critique fondamentale des excès du productivisme et du consumérisme. Notre vision de cet impératif écologique est qu’il doit devenir un humanisme, un but universaliste et global, porteur d’espoir et de bien-être.

Nous voulons intégrer cet impératif dans un projet de société réaliste, non régressif, mais plus égalitaire, dans un monde de blocs et de nations concurrentes, condition de la pérennisation de notre modèle social et de nos marges d’indépendance nationale.

Territoires de Progrès considère que ce défi doit être relevé « par les deux bouts » : local et international.

Nous croyons aux progrès de la science et de la technologie pour faire face aux grands défis technologiques.

Les transitions écologiques, énergétiques et climatiques exigent une prise de conscience et des incitations de nature comportementale afin de faire émerger un civisme écologique. Ce dernier est d’ores et déjà en germe au sein des jeunes générations des pays riches.

Pour autant la nature planétaire de l’enjeu écologique comme la nécessité de préserver nos libertés individuelles ne garantissent pas une unanimité politique des gouvernements, pas plus que des comportements adaptés aux niveaux de développement et aux besoins des peuples.

Nous pensons que l’intelligence humaine et les progrès de la science doivent être mobilisés pour trouver des solutions universelles de rupture technologique à nos objectifs et nécessités écologiques.  

Mobiliser l’intelligence et la diversité locales.

Nous croyons en l’éducation, la science, la contribution de la technologie et de l’innovation. C’est pourquoi nous proposons des mesures (comme des contrats territoriaux de développement écologique et climatique), pour mobiliser l’intelligence et la diversité locales autour des sujets d’intérêt locaux et de conversion écologique et énergétique.

Placer la France à l’avant-garde des nations en matière de sauvegarde de la planète.

Nous proposons la constitution d’une Organisation Mondiale de l’Environnement au sein de l’ONU (avec prérogatives normatives et procédures contentieuses).

Nous proposons aussi que les organismes internationaux comme le FMI, la Banque Mondiale, ou tous autres organismes d’aide au développement, conditionnent systématiquement des objectifs écologiques à leurs interventions. Dans l’attente d’un accord international en ce sens, la France doit en porter l’exigence au sein de l’Union Européenne qui a vocation à constituer l’avant-garde mondiale de l’enjeu écologique et climatique.

Nous assumons de choisir nos batailles prioritaires en matière d’écologie.

Les efforts essentiels doivent porter sur la conversion énergétique, la préservation de la biodiversité, la lutte contre les pollutions de l’air, de l’eau et des sols, sur la réservation de la santé humaine, (notamment à travers l’alimentation, la pratique sportive) et sur le bien-être animal. Pour la conversion énergétique la priorité est l’abandon progressif des énergies fossiles et la maîtrise des consommations énergétiques ce qui suppose une large refonte des aides pour les entreprises, pour les ménages, dans les territoires ruraux comme dans les territoires urbains. Le développement des énergies renouvelables en constitue un enjeu essentiel qui doit être mis en œuvre sur un mode décentralisé de « circuit court énergétique ».

Parce que nous croyons que l’urgence est de diminuer rapidement les gaz à effet de serre, son calendrier doit primer sur celui de la sortie du nucléaire.

Pour ce faire nous pensons qu’il faut régionaliser certaines politiques en matière d’énergie renouvelables, de biodiversité, de protection des sites naturels ; qu’il faut donner des pouvoirs réglementaires et de police à des collectivités locales ; qu’il est nécessaire d’impliquer les corps intermédiaires, en utilisant les CESE et les CESER comme lieu de débat sur ces politiques.

Une économie de l’avenir, forte de son respect des exigences sociales et environnementales

Refusant la spécialisation politique implicite qui a longtemps enfermé la gauche dans le social laissant l’économie à la droite, nous considérons que l’économie est la condition première de notre indépendance et du financement de notre modèle social. Cependant nous sommes favorables à une économie sociale de marché, à la fois suffisamment libre et flexible pour rester créative et attractive, mais suffisamment encadrée par l’Etat et les conventions internationales pour être mise au service de finalités sociales et collectives.

Réaffirmer le rôle de stratège économique et scientifique de l’Etat.

Nous considérons nécessaire d’affirmer le rôle de stratège économique de l’Etat et d’inscrire ce rôle dans son budget, et dans la discussion budgétaire parlementaire, pour muscler l’économie française à une triple fin : engager une réindustrialisation stratégique nationale et européenne, garantir la solvabilité et la transmission de notre modèle social exemplaire mais qui nécessite d’importantes recettes, et mieux aligner les économies françaises et allemandes.

Poursuivre les réformes structurelles en y intégrant la dimension environnementale.

Pour accéder à une nouvelle économie, nous sommes favorables à des réformes structurelles de l’économie française en y introduisant la dimension environnementale : la crise sanitaire qui nous frappe empêche d’accorder une priorité aux politiques de l’offre engagées sous la mandature de
François Hollande, et approfondies depuis 2017. Elle oblige à en passer par une politique conjoncturelle de relance, pour laquelle nous proposons des mesures complémentaires au plan de relance, pour soutenir la demande tout en poursuivant la transition écologique. Mais au-delà de ces impératifs, Territoires de Progrès poursuit l’objectif fondamental d’accéder à une nouvelle économie, plus respectueuse du travail et de l’environnement dont la France pourrait être un des fers de lance à l’échelle européenne et internationale.

Impliquer les partenaires sociaux et la négociation sociale dans la transition écologique

Territoires de Progrès ambitionne de développer et moderniser la négociation sociale : nous situons clairement notre approche de l’économie dans la tradition sociale-démocrate, de compromis négociés entre patrons et salariés, au service du progrès social et du bien commun. Faute de compromis, nous restons attachés au recours par défaut à un Etat arbitre, et à un Etat législateur si nécessaire.

Le travail se métamorphose, mais nous croyons qu’il restera un vecteur privilégié de socialisation humaine. Nous voulons favoriser le retour de l’ascenseur social par une plus grande valorisation du mérite individuel et de l’utilité sociale des métiers par rapport aux statuts et aux diplômes. Nous aspirons à renforcer les reconversions professionnelles des travailleurs des secteurs privés les plus exposés aux aléas de la concurrence et du chômage technologique.

 Pour faire face à la crise économique et sociale consécutive à la crise sanitaire, nous en appelons à un programme national de sortie de crise négocié avec les partenaires sociaux pour redresser l’économie, lutter contre le chômage et doter notre pays d’un nouveau pacte social et politique intégrant l’impératif écologique et les nouvelles donnes économiques européennes et internationales.

Nous proposons d’associer systématiquement les partenaires sociaux à la définition et au suivi des politiques écologiques et de transition énergétique en en confiant la responsabilité au CESE et aux CESER.

L’égalité des chances et la qualité de vie pour tous au cœur de notre modèle social

Pour Territoires de Progrès, la question sociale est composée de la réduction des inégalités, de la promotion de l’autonomie personnelle, de l’émancipation, et de la lutte contre toutes les discriminations.

Nous voulons restaurer les valeurs d’effort et de sélection des talents mais aussi, de dignité et de valorisation de tous les métiers ; d’ascension sociale par le mérite, ce qui a inspiré et guidé les premiers républicains ; enfin de solidarité pour les plus vulnérables.

La protection sociale est une exigence de cohésion nationale.

Nous militons pour une protection professionnelle universelle (PPU), accessible de la même façon à tous les actifs, et pour que chaque citoyen puisse commencer à accumuler des droits dès la première heure travaillée. Nous sommes attentifs aux populations les plus fragiles, à la jeunesse, à nos aînés.

 Nous proposons la mise en place d’une allocation jeunes dès 18 ans sous conditions d’obligation alimentaire des parents à proportion de l’aisance économique des familles. Nous sommes plus que jamais attentifs à l’adaptation de notre société au vieillissement, qui impacte tous ses segments de la société. Nous devons penser cette adaptation dans toutes ses dimensions afin de rendre la société plus humaine et plus inclusive à l’égard de nos aînés comme de nos jeunes.

Il faut garantir la soutenabilité de notre système de santé.

Nous proposons diverses mesures pour garantir la soutenabilité de notre système de santé, globalement performant, mais qui manifeste des carences importantes. Nous militons pour une meilleure couverture territoriale avec des réseaux de médecine générale, des dispensaires médicaux dans les zones carentielles en médecins, pour favoriser la fin de vie à domicile, pour développer la télémédecine sur l’ensemble du territoire, pour réévaluer le salaire de nos professionnels de santé, revaloriser la médecine générale dans nos Universités et CHU, créer des passerelles de promotion professionnelle. et développer des efforts massifs de prévention des maladies.

Mieux former aux métiers pour sortir de la fatalité française du chômage de masse.

Nous ne pensons pas que la gauche a épuisé toutes les solutions pour combattre et vaincre les inégalités de destin et de conditions. Nous croyons que la compétence est la première protection contre le chômage. Nous pensons que le levier de la formation doit être réinvesti. C’est pourquoi nous sommes favorables à un pilotage par les régions des questions de formation avec un dialogue quadripartite (État/Région/partenaires sociaux salariés et employeurs).

S’adapter au contexte du travail post COVID-19.

La crise de la Covid-19 aura des effets dramatiques et différenciés sur l’emploi, accentuant les inégalités. Il faut s’y adapter. L’emploi et le maintien du pouvoir d’achat constituent une préoccupation prioritaire et les réponses apportées un marqueur de notre ambition sociale réformiste, tant sur leur contenu que sur leur élaboration, en y associant étroitement les partenaires sociaux.

Il faut notamment prendre en compte les enjeux sociaux et économiques du télétravail (5 millions de télétravailleurs sur le territoire) et accompagner cette évolution, bien que nous ne soyons pas favorables à la généralisation du télétravail en alternant, par exemple, journées de télétravail et journées au bureau.

Construire une société de respect : combattre toutes les discriminations, retrouver une dignité de l’asile, faciliter l’autonomie de notre jeunesse

L’égalité homme-femmes reste l’une des discriminations les plus fréquentes et le genre peut faire perdre des chances. Nous pensons que le combat universel pour l’émancipation et la protection des femmes contre toutes les formes d’agression est à la fois un devoir éducatif et moral, mais aussi un enjeu démographique de tout premier ordre pour l’avenir de la planète, dont l’amélioration de la condition féminine constitue une clef majeure.

Nous souhaitons améliorer l’égalité homme-femme en matière d’accès à l’emploi, de salaires, d’équilibre des charges de parentalité, par le développement d’accompagnements sociaux. Cela passe par l’augmentation des places de crèches mais également par les aides à la prise en charge de certains types de handicaps. Nous sommes favorables à l’augmentation de la durée du congé de parentalité au bénéfice du conjoint.

Nous en appelons à un renforcement des préventions et à un durcissement des sanctions contre les violences et agressions sexistes.

La lutte pour les droits des femmes ne doit cependant pas cacher les autres enjeux de la lutte contre les discriminations. Aujourd’hui, dans l’entreprise, dans les administrations, dans les professions libérales, il reste trop rare que des salariés issus de minorités visibles accèdent à des postes de responsabilité. Notre conviction est que les jeunes travailleurs issus de la deuxième ou de la troisième génération de l’immigration représentent un potentiel d’expertise, d’énergie, de participation à la vie citoyenne encore largement sous-estimé. Il existe trop souvent pour eux un plafond de verre.

Nous proposons un suivi renforcé des discriminations à l’emploi en utilisant plus systématiquement des statistiques adaptées, sous le contrôle de la CNIL, et en prévoyant que les employeurs publics et privés rendent compte des progrès accomplis en ce domaine dans leur rapport social annuel.

Nous dénonçons et combattons toutes les manifestations d’intolérance, de pressions psychologiques, d’ostracisme ou de discrimination dont sont victimes des personnes en considération de leur origine, de leurs- conditions- sociales-, de leurs choix de vie ou de leurs orientations personnelles dès lors qu’elles ne nuisent pas à la tranquillité publique et n’empiètent pas sur la vie privée d’autrui.

Nous considérons la vie privée comme inviolable et en appelons à un renforcement des préventions et des sanctions publiques contre toutes les formes d’atteinte à la vie privée et à la dignité des personnes, y compris en matière judiciaire et carcérale.

Nous soutenons les droits des personnes lesbiennes, gay, bi- ou transsexuelles, notamment, à être reconnues comme des sujets de droit à part entière, respectées dans leurs différences et protégées de tout ostracisme. Nous nous associons à leurs revendications de prise en compte et de normalisation juridique de leurs différences.

Si l’État doit être strictement laïque, c’est-à-dire ne reconnaître ou ne privilégier aucun culte particulier, il doit garantir la liberté de conscience et d’opinion, y compris religieuse, laquelle ne va pas sans la liberté d’expression.

Sur ce terrain complexe, nous pensons qu’il faut avancer sans naïveté, en interdisant et réprimant les visées et manœuvres séparatistes contre notre modèle républicain, mais en acceptant la diversité des croyances et des héritages et habitus culturels librement consentis.

Dès lors qu’elles n’empiètent pas sur la liberté des autres citoyens et ne manifestent aucun prosélytisme contraire aux principes républicains, des pratiques diverses sont acceptables, qu’elles soient alimentaires, vestimentaires, corporelles ou sociales.

L’État doit faire en sorte qu’elles puissent coexister librement dans l’espace public. Pour autant, des règles particulières s’imposent aux agents publics dans l’exercice de leurs fonctions, garantissant la neutralité effective des services de l’État et des collectivités territoriales.

Retrouver la dignité de l’asile.

Dans le grand maelström de la mondialisation et de la construction européenne, mais aussi des inégalités locales et des répressions politiques, l’accélération prodigieuse des facilités de déplacement et l’ouverture des frontières ont accentué les pressions migratoires sur les pays stables, démocratiques et prospères comme le nôtre.

Michel Rocard avertissait : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. ». Il précisait : la France devait aussi au choix «prendre sa part» ou «s’y efforcer».

Force est de constater que notre relative générosité d’accueil ne s’est pas traduite par une intégration sans difficultés de ces populations, qui sont victimes de discriminations de tous ordres.

Les mouvements nationalistes et populistes y ont trouvé l’aubaine politique de jeter de l’huile sur le feu en faisant de l’immigration un marqueur politique qui trouve un large écho électoral.

Pour autant nous pensons que la France a le devoir de permettre l’intégration républicaine des populations issues de l’immigration qui vivent sur son sol.

Faciliter l’autonomie de notre jeunesse.

Il n’est pas suffisant d’éviter toute discrimination, il faut aussi que notre pays sache offrir des opportunités afin que chacun puisse aller jusqu’au bout de ses possibilités et contribuer à la vie sociale.

Nous voulons d’abord nous adresser à la jeunesse. Une éducation d’excellent niveau est la première des opportunités que la société doit offrir à nos jeunes, mais ce n’est pas la seule.

Beaucoup de jeunes ne profitent pas pleinement des possibilités que leur fournit leur première éducation, pour des raisons diverses, familiales ou liées à leur environnement. À ceux-là, nous pensons que la société doit offrir une deuxième chance éducative.

Relancer la France est un objectif qui ne peut se mettre en marche que par l’énergie de sa jeunesse ! Frappée par une crise d’une ampleur inédite, celle-ci ne doit pas être sacrifiée, ni la fracture générationnelle s’installer profondément.

Alors que plus de 700 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, la précarité et le chômage ne sauraient constituer leur seule perspective d’avenir.

Grâce à un plan de relance massif de 100 milliards d’euros, le gouvernement agit pour protéger les jeunes et préparer l’avenir : aides à l’insertion professionnelle, à la formation et à l’apprentissage ; soutien à la transition écologique et à la relocalisation industrielle dans les secteurs stratégiques. Ce sont près de 7 milliards d’euros qui seront spécifiquement investis dans notre jeunesse, avec notamment le plan « 1 jeune, 1 solution ». Nous appelons au lancement d’une grande Convention citoyenne pour la jeunesse, composée de jeunes citoyens tirés au sort, issus de tous horizons, sur le modèle de la récente Convention citoyenne pour le climat qui a porté ses fruits.

Pour relever les défis de la décennie qui s’ouvre, la mobilisation de chacun est primordiale. Plus que jamais, nous souhaitons voir l’engagement de la jeunesse encouragé et valorisé. Cette « Assemblée du Futur » devrait se déployer dans tous les territoires de France, ultramarine et métropolitaine, à travers, par exemple, des conventions régionales pour la jeunesse.

Pour inclure les jeunes durablement dans la relance du pays et la construction de la société de demain, cette Convention citoyenne serait consultée sur l’ensemble des sujets qui concernent la jeunesse, dans une démarche de démocratie délibérative, innovante et moderne. Nous souhaitons que le gouvernement lui soumette certains choix politiques structurants, comme la mise en place d’un revenu jeunes garanti, sous condition d’obligation alimentaire des parents.

La Pax Europeana : un engagement d’identité et d’indépendance

La construction européenne a constitué pour les peuples européens et pour le monde un formidable espoir de liberté, de paix, de prospérité économique, de protection sociale et de démocratie. La monnaie unique nous a assuré un niveau de vie privilégié. Mais aujourd’hui elle est fragilisée.

Territoires de Progrès se situe clairement dans la ligne pro-européenne de l’héritage politique légué par François Mitterrand et Jacques Delors. Nous considérons que nous sommes européens au même titre que français, et que notre identité nationale se nourrit de notre condition d’Européen. Il nous apparait nécessaire de faire cohabiter cette double appartenance dans les esprits et dans les actes, cette double appartenance auprès des jeunes générations.

Nous pensons nécessaire d’assumer le bilan de la construction européenne. Au plan politique d’abord, l’argument de la paix n’est ni négligeable, ni passéiste tellement elle reste fragile, mais il a considérablement perdu de sa force évocatrice pour les jeunes générations. Au plan écologique, l’Europe a été et reste le moteur principal de la production législative protectrice de l’environnement. Au plan social, elle présente probablement le bilan le plus gratifiant dont puisse se prévaloir un tel ensemble de peuples. Au plan économique, elle a assuré, une paix monétaire et un niveau de vie que la plupart de ses Etats membres n’auraient pu garantir à leur peuple face aux bouleversements de la mondialisation, et dans l’amortissement des crises de 2008 et de 2020.  Mais elle n’a pu éviter un creusement des inégalités et des divergences économiques entre Etats-membres.

Pour autant, l’Europe est aujourd’hui confrontée à de nouvelles menaces, à la défiance des peuples européens, et à de nouveaux défis qui nécessitent une réorientation vigoureuse de sa construction.

Plus que jamais, face à la crise climatique face à la mondialisation et à ses menaces économiques et sociales, étatiques et oligopolistiques, aux nouveaux risques politiques et sécuritaires qui se font jour, l’Europe constitue le niveau de réponse et de protection approprié.

Nous pensons que la poursuite et l’approfondissement de la construction européenne constituent, avec la transition écologique, l’une des grandes responsabilités politiques de notre génération, dont nous sommes débiteurs devant les générations futures.

Nous défendons :  une vraie souveraineté européenne dans le cadre des traités actuels, des solidarités budgétaires et fiscales,  une Europe des choix industriels plutôt qu’une Europe des appels d’offres, une Europe des convergences sociales, une Europe qui protège dans un monde dangereux, ainsi que la nécessité d’investir dans la jeunesse européenne.

Document par Gilles Savary et Hélène Roques, déléguée aux questions sociétales & déléguée de Paris

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Présentation “Orientations politiques” par Gilles Savary et Hélène Roques | Samedi 19 septembre, Loft Gambetta, Paris