Relancer la France est un objectif qui ne peut se passer de l’énergie de sa jeunesse ! Frappée par une crise d’une ampleur inédite, notre génération ne doit pas être oubliée pour éviter qu’une fracture générationnelle ne s’installe profondément. Alors que plus de 700 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, la précarité et le chômage ne sauraient constituer une perspective d’avenir.

Avec son plan de relance massif de 100 milliards d’euros, le Gouvernement agit pour protéger les jeunes et préparer l’avenir : aides à l’insertion professionnelle, à la formation et à l’apprentissage ; soutien à la transition écologique et à la relocalisation industrielle dans les secteurs stratégiques. Ce sont près de 7 milliards d’euros qui seront spécifiquement investis dans notre jeunesse, avec notamment le plan « 1 jeune, 1 solution ».

Néanmoins, nous ressentons bien au quotidien que les vies d’après ne ressembleront plus à celles d’avant. Face à cette situation hors-norme, l’action du Gouvernement, que chacun juge indispensable et nécessaire pour aider la jeunesse de France à traverser les difficultés économiques du moment, doit être poursuivie et renforcée afin qu’à la crise sociale ne s’ajoute pas une fracture générationnelle.

L’enjeu également, comme nous y invite le président de la République, est de réfléchir à ce que sera la France dans dix ans. Qui mieux que la jeunesse pour panser les blessures de notre époque et penser l’avenir de notre pays, aller de l’avant et imaginer avec optimisme le « monde d’après » ?

Pour une Convention citoyenne pour la Jeunesse

C’est pourquoi, nous appelons au lancement d’une grande Convention citoyenne pour la jeunesse, composée de jeunes citoyens tirés au sort, âgés de 16 à 30 ans et issus de tous horizons, sur le modèle de la récente Convention citoyenne pour le climat qui porta ses fruits.

Oui, pour relever les défis de la décennie qui s’ouvre, la mobilisation de toutes et tous est primordiale. Plus que jamais, nous souhaitons voir l’engagement de la jeunesse encouragé et valorisé. Cette « Assemblée du Futur » devrait également se déployer dans tous les territoires de France, ultramarine et métropolitaine, à travers, par exemple, des conventions régionales pour la jeunesse.

Pour inclure les jeunes durablement dans la relance du pays et la construction de la société de demain, cette Convention citoyenne serait consultée sur l’ensemble des sujets qui concernent la jeunesse, dans une démarche de démocratie délibérative, innovante et moderne. Nous souhaitons que le Gouvernement lui soumette certains choix politiques structurants, comme l‘extension du RSA aux moins de 25 ans avec un accompagnement professionnel et social, ou la mise en place d’un revenu universel d’activité, la généralisation et le renforcement du Pass Culture dans les territoires, ou encore l’abaissement du droit de vote à 16 ans.

La jeunesse doit pouvoir écrire son avenir ! Nous ne pouvons nous résigner à voir les générations futures oubliées, particulièrement nos forces vives de la France des territoires. Il en va de l’avenir du pacte républicain, de l’égalité des chances dans notre société, in fine de la cohésion de la Nation toute entière.

Nous lançons donc cet appel au Gouvernement : faisons ensemble le pari de la jeunesse et de l’intelligence collective !

Signataires de cette tribune (22/09/2020) :

Pierre Bruynooghe – Président de l’association étudiante «Rose Libre», Délégué départemental Côte-d’Or de Territoires de Progrès
Alexis Gibellini – TdP Bouches-du-Rhône
Pierre Cilluffo Grimaldi – Doctorant – Sorbonne, citoyen engagé
Najwa El Haïté – Adjointe Maire d’Évry-Courcouronnes, Déléguée nat. adj. TdP
Félix Meysen – Secrétaire général adjoint TdP, Délégué Gard
Ergün Toparslan – Porte-parole TdP, Délégué régional Grand Est
Clarisse Buchot – Jeune diplômée, citoyenne engagée
Selim Denoyelle – Délégué régional Nouvelle-Aquitaine TdP
Anissa Fersi – Citoyenne engagée
Benjamin Igranaissi – Comité exécutif TdP, Délégué Paris Centre et Sud
Kateline Viersac – Resp. programmes immobiliers, citoyenne engagée

Les tenants de l’écologie métropolitaine répugnent à embrasser certaines préférences françaises. Pour la maison individuelle, il s’agit de ses représentations en matière de qualité de vie, son cortège d’attentes éducatives voire sécuritaires. Celles des Gilets jaunes et de cette « France d’où la vie se retire ». De l’autre côté du prisme social, des logiques de rente dictent une vision du monde trop souvent étriquée, lointainement généreuse et soucieuse de proximité sociale. L’éclatement de notre communauté de destin se nourrit de la prise de distance avec les idéaux d’une république unique et indivisible. Ces trente dernières années, ce séparatisme français a trouvé de nouveaux relais dans les fractures territoriales et les dynamiques économiques. Il bloque la nécessaire mobilisation du corps social vers des objectifs communs. Nous proposons l’accompagnement de chacun pour renouer avec un idéal d’émancipation. Notre pacte républicain est à refonder pour transformer notre modèle économique.

Territoires décrocheurs, territoires de progrès

La concentration accrue de l’emploi dans les pôles urbains et la hausse du coût du foncier ont contribué à pousser nombre de nos concitoyens dans les périphéries. Les temps de contacts avec les villes centres se font avec un recours massif à la voiture individuelle thermique dont l’emprise au sol et la masse augmentent. Les perspectives d’ascension sociale s’éloignent avec les difficultés d’accès aux bassins d’emploi et aux réseaux éducatifs. Avec l’évolution des modes de consommation, la dévitalisation des coeurs de ville alimentée par des politiques d’aménagement, un nombre croissant de citoyens ressente un sentiment de solitude et de délaissement. Les “passoires énergétiques”, souvent présentes dans les centres de villes moyennes, contribuent à la seconde source des émissions de CO2, le secteur du bâtiment, après celui du transport et elles sont génératrices de précarité énergétique et sociale.

Les territoires qui se déconnectent et se cloisonnent multiplient les conflits d’usages entre zones naturelles et agricoles. avec pour conséquence l’artificialisation des sols progressent conséquence d’une dépendance accrue à la voiture individuelle et de choix logistiques  tels que l’abandon du fret ferroviaire et le transport des marchandises par camion . Au sein des territoires des « villes moyennes », un entrelacs fait de périurbain et de ruralité se dévitalise et constitue un facteur de délitement et d’anomie du corps social. 

Pourtant, la crise sanitaire annonce un changement des perceptions. La prise de distance peut désormais apparaître comme un potentiel de richesses quand la métropole s’engorge et renvoie à l’idée de promiscuité, de pollutions, de bruit, plus largement de problèmes de santé publique  et de vie chère. Le territoire de la “ville moyenne”, entre bourg rural et 100 000 habitants, est désormais plébiscitée par près de trois-quarts français. Il représente tout à la fois un plafond de leurs attentes et un plancher de perspectives, regroupe le tiers de la population française, des quartiers prioritaires et des établissements de santé ainsi que les succursales des Universités. « Trait d’union » entre ruralité et espaces métropolitains,  Il dispose de la taille critique pour faire face à l’arrivée de nouvelles populations. Son modèle de développement est à repenser pour offrir à tous, anciens et « néo » habitants, des perspectives durables.

Cela oblige à des préalables, à des coutures urgentes, pour mieux filer  la trame d’une nouvelle économie. 

Aujourd’hui, émanciper les territoires, accompagner les individus

Nous regroupons ces préalables autour d’une ambition, celle d’une économie adossée à des territoires et des individus émancipés. Nous proposons un modèle de villes moyennes en réseaux, à rebours des logiques de cloisonnement et de relégation. 

Nous leur transférerons les outils de cette ambition notamment en matière culturelle, éducative et sanitaire. Ces collectivités disposent d’atouts pour arrimer de nouvelles populations à des clusters. Dès lors qu’on déverrouille leur capacité à produire du service, du tourisme, de l’agriculture durable, de l’énergie, une offre culturelle originale une frange de l’industrie dont nous faisons le pari d’une relocalisation choisie. Sans quoi, l’implantation de nouveaux services publics ne sera que palliative, Cependant, nous en favoriserons, cependant, le maintien ainsi que des mutualisations à l’image des Maisons des Services Publics. Nous simplifierons la gouvernance en offrant à ces « territoires de progrès » de nouvelles possibilités d’association, des décentralisations et déconcentrations à la meilleure échelle contre une rationalisation de leur organisation et une élection au premier degré, garante de légitimité et d’efficacité.

Nous libérerons la valeur créée par ces territoires en redonnant le pouvoir de fixer des prix pour sa composante agricole, avec la grande distribution, en tenant compte des coûts de revient. Nous rémunérerons les agriculteurs dans leur fonction d’entretien des paysages paysagère et de restauration de la biodiversité. Nous sécuriserons les récoltes par la création d’une « armée de réserve » en ouvrant des exonérations pour les entreprises et de nouveaux droits pour les salariés intermittents que nous formerons aux enjeux locaux de production. 

Les circuits courts, l’économie du réemploi et du recyclage reposent sur des ressorts populaires : ils seront promus et incités par une TVA réduite. La production énergétique locale sera libérée par des réseaux, l’utilisation polyvalente du foncier rural (renouvelables, méthanisation…) et la valorisation énergétique (bois, bio déchets). 

L’offre commerciale et d’activités des centres sera renforcée. À l’image d’expériences au Canada ou au Japon, des sociétés de développement commercial regroupant entreprises et associations de quartiers stimuleront la consommation locale. Elles seront dotées de pouvoirs de diagnostic stratégique, de préemption, de création de monnaie complémentaire, de constitution de « banques de locaux vides ». En écho à sa compétence économique, la région se verra transférer le pouvoir d’octroi des surfaces commerciales en contrepartie de rénovations des bourgs historiques incluant investissements des partenaires publics et privés.

Nous établirons, en lien avec toutes les composantes  de la société, pour chaque “territoire de progrès” un diagnostic des compétences et des ressources (même cachées et même potentielles) et un diagnostic des manques. 

Avec la notion de territoires “fluctuants” nous permettrons aux limites territoriales ( commune et communauté de communes, département et canton, etc) de s’effacer si des ressources nécessaires ou des besoins sont identifiés à proximité mais de l’autre côté de ces “frontières” administratives. 

Nous redonnerons dans le même temps du pouvoir d’émancipation aux individus. C’est le carburant nécessaire au décollage des territoires relégués. Chaque « territoire de progrès » concrétisera un “droit à la mobilité durable”, dans son volet géographique, en offrant une solution de déplacement à chacun sans recours systématique à la voiture individuelle. Il sera financé par le produit de l’assiette -universalisée- du prix carbone. Pour favoriser la mobilité sociale, chaque individu se verra doté dès sa majorité d’un « compte personnel de droits », cumulables en points, convertissable pour tous les autres droits qu’il porte (formation, ancienneté, mutuelle, congés, aide au déménagement, « garantie jeunes », “cours du soir deuxième chance”, etc.), abondé par l’État, les accords de branche et les régions. Le droit à la formation sera renforcé pour les personnes sorties par anticipation de la scolarité par un bonus de points sur le “compte personnel de droits”. Nous déclarons les “territoires de progrès” en “territoires éducatifs”. A l’image des pays nordiques, ils proposeront une offre de formation, le soir et pendant les vacances scolaires dans des lieux proches et familiers tels que les écoles, les bibliothèques et CCAS, ouverts aux adultes et aux partages de savoirs : illettrisme, formations diplômantes, arts, etc. 

Demain, un moteur économique durable adossé à chaque territoire

Nous renforcerons la vocation de chaque territoire à porter son propre modèle selon une logique de complémentarité et de spécialisation. Nous réparerons les territoires pollués en les considérant comme de potentiels centres d’innovation et de compétences et créerons un droit aux vacances pour un million d’enfants supplémentaires dans les lieux des “territoires de progrès”. 

Nous recréerons la voie républicaine de l’émancipation en particulier sur les métiers de l’enseignement et de la santé où nous prioriserons les principes de tutorat, de garantie des revenus dans les parcours de promotion sociale, de valorisation des acquis et de l’expérience. 

Nous développerons le télétravail qui concerne environ le quart des salariés et faciliterons leur accès au leur logement. Nous fixons comme objectif national : « un million de logements accessibles et bas carbone » en six ans. Pour répondre à l’attente massive d’une alimentation saine, nous accompagnerons l’installation et la transition agro-écologique de 10 000 agriculteurs par an.

Avec la généralisation du Très-Haut-Débit et demain, la voiture autonome, nous consoliderons les capacités productives aux meilleures conditions de compétitivité globale. Nous élargirons les utilisations du foncier, en renforçant sa capacité naturelle à rendre des services écosystémiques (réduire les pollutions ou à filtrer l’eau,) en répondant aux enjeux sanitaires et climatiques, en desserrant l’étau budgétaire de la gestion en silos des infrastructures. Nous doterons les établissements fonciers régionaux de pouvoirs de préemption, intégrant les objectifs de maintien des zones humides et de continuité écologique. Nous donnerons à l’ONF et aux syndicats sylvicoles en les organisant autour des régions, des capacités de maintien, de création et de structuration des zones boisées, publiques mais aussi privées, avec des objectifs d’adaptations au dérèglement climatique et de renforcement de la biodiversité.

Pour tous,nous créerons un socle productif en nous appuyant sur des relocalisations choisies, des déconcentrations supplémentaires d’administrations centrales. La production de réseaux locaux d’énergies renouvelables entre bourgs et villes moyennes et l’émergence de centrales de grandes tailles (méthanisation, éolienne, agri voltaïque) seront étendues au foncier privé. La collecte de l’Imposition sur Forfaitaire des Entreprises de Réseaux (IFER) sera affectée aux « territoires de progrès » associant acteurs locaux et nationaux en priorité sur les « 30 territoires en grandes difficultés » selon le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires.

Enfin, nous appuierons les futurs développements industriels locaux sur l’hydrogène, en particulier décarboné et la méthanisation (en particulier issus des déchets biologiques urbains et agricoles). Nous favoriserons la mise place d’écosystèmes locaux rassemblant l’offre et la demande, notamment, sur les usages industriels et ceux de mobilité lourde (train, camion, flottes de bus municipales, besoins maritimes et ferroviaires). Nous pousserons les projets autonomes économiquement qui associent renouvelables et stockage d’hydrogène. Cette génération de  valeur ajoutée et d’emplois locaux contribuera à la réindustrialisation des régions françaises. A l’image de l’Allemagne et du Portugal, notre pays se dotera d’un plan national en stimulant l’offre de nouveaux opérateurs et en accompagnant les usages dont ceux en cours par l’organisation de la Marine Internationale. Un financement dédié au développement d’entreprises en phase de pré-industrialisation, avec des modèles économiques encore fragiles, mais avec des débouchés potentiellement importants, sera mis en œuvre.

Par notre groupe de travail «L’économie face aux défis de la transition”, sous la coordination de Jean-Marc Pasquet, Hélène Roques et Jean-Marc Fabius, membres de notre Comité Exécutif

Avec Hajar Bennar, Pierre Bruynooghe, Benoit Calatayud, Lionel Chapuis, Marie Coulonjou, Brigitte da Silva, Aude de Castet, Nicolas Defaud, Florence de Massol, Thomas Douglas, Yves Durand, Joel Echevarria, Najwa El Haïté, Valérie Faudon, L. Friant, Denis Jonathan, Daphné Joseph-Gabriel, Fabrice Huret, C. Lacroix, Anne-Yvonne Le Dain, Patrick Lefrançois, Francine Lepage, Claire Martin, Alex Menu, Xavier Montaron, Prym Moreau, Patrick Murcia, Jean Notari, Gilles Savary, Ayoub Semlali, Ergun Toparslan, Claude Oreja, Serge Rance, Bernard Prost, Thierry Saout, Benoit Vettier

Tribune originale parue dans “La Tribune” du 22 juillet 2020.

Chère Nicole Notat,

La gestion de la pandémie de Covid-19 par la France a mis en lumière des failles de notre système de santé, en terme d’organisation, de réactivité, de moyens. Une réflexion systémique s’impose, pour repenser la santé dans toutes ses dimensions, avec tous ses acteurs. La santé doit s’appréhender comme un continuum entre médecine de ville, hôpital public, hôpital privé et accompagnement médico-social, qui nécessite un renforcement sans précédent de la coordination entre les acteurs, une meilleure continuité du suivi des patients, une priorité donnée à la politique de prévention et d’éducation à la santé, une approche territorialisée de l’offre de soins. Elle doit s’inscrire dans un cadre européen repensé de coordination des politiques de santé et de gestion des crises épidémiques.

Partant du constat de fortes inégalités territoriales et financières en matière d’accès aux soins et d’un cruel manque de coordination des acteurs de santé dans les territoires, au détriment de la santé des patients, la présente contribution de Territoires de Progrès s’articule autour de quatre idées force : la revalorisation des professions de santé et la priorité à la formation ; la mise en place de réseaux de santé territoriaux ; la création de maisons territoriales de santé pluridisciplinaires dans les zones sous dotées ; l’instauration d’un service sanitaire à la Nation.

1. Revaloriser les professions de santé et transformer les métiers

La crise du Covid-19 a éclairé d’un jour cru les conditions de travail et de rémunération des personnels soignants à l’hôpital et en EHPAD, sur lesquelles ces personnels avaient pourtant tenté, en vain, d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion depuis plusieurs années.

La revalorisation des professionnels de santé passe à la fois par une refonte de la grille des rémunérations des hospitaliers, un effort de formation et d’accompagnement des soignants.

  1. Revalorisation salariale : La rémunération moyenne des infirmiers français est inférieure de 6% au salaire moyen national et place la France au 22è rang sur 33 au sein de l’OCDE [1]. Ces niveaux de rémunérations, alliés aux difficultés du métier et au manque de considération, expliquent que, dans les 5 ans qui suivent l’obtention du diplôme, un tiers des infirmiers abandonnent le métier. Il est donc impératif de revaloriser la rémunération des infirmiers et aides-soignants sur la base de la moyenne européenne, ce qui représente 400€ bruts par mois.

Territoires de Progrès demande de ramener les rémunérations moyennes des personnels soignants hospitaliers a minima au niveau de la moyenne de l’Union européenne.

  • Effort de formation : Le défaut de perspectives et de valorisation de l’expérience acquise est aujourd’hui un frein à l’attractivité des carrières des paramédicaux. Des passerelles spécifiques vers les professions médicales ainsi qu’un élargissement des pratiques avancées seraient de nature à remédier à ce manque d’attractivité et à revaloriser ces métiers.

Territoires de Progrès propose de créer une filière d’accès au diplôme de médecin pour les personnels paramédicaux, reposant d’une part sur une formation spécifique, d’autre part sur une validation des acquis de l’expérience.

Territoires de Progrès propose également d’élargir les pratiques avancées à tous les métiers de soignants (et pas seulement aux infirmiers) et à de plus nombreux actes.

2. Organiser des réseaux territoriaux de santé

La politique de santé fonctionne aujourd’hui en silos, alors qu’une prise en charge efficiente des patients suppose une approche holistique et un continuum entre tous les acteurs (médecine de ville, hôpitaux de taille intermédiaire, publics ou privés, CHU et établissements médicosociaux). La coupure entre hôpital et médecine de ville, en particulier, est totale, accentuée d’abord par une organisation actuelle des GHT qui exclut la médecine libérale et les établissements de soins privés, ensuite par la disparition depuis 2003 de l’obligation, pour les médecins de ville, d’effectuer des gardes –notamment à l’hôpital-, enfin par le manque de données partagées entre médecine de ville et hôpital, compte tenu du retard considérable de déploiement du dossier médical partagé (DMP).    

Il faut repenser la gouvernance de l’organisation des soins dans les territoires et favoriser lacoopération entre professionnels de santé. Le système hospitalier a démontré sa force, son dynamisme, sa capacité d’adaptation et d’innovation et devrait se voir confier l’animation de réseaux de santé de territoire.

Territoires de Progrès propose de créer, dans chaque territoire, un réseau de santé sous forme d’un Groupement de Santé de Territoire (GST), associant médecine de ville, hôpitaux publics et privés et ESMS et piloté par le service de médecine générale du CHU (ou de l’hôpital principal) chef de file des actuels groupements hospitaliers de territoire.

Cela suppose un déploiement plus ambitieux de la télémédecine dans les territoires périphériques, lui-même étroitement dépendant de l’achèvement du plan fibre.

Territoires de Progrès propose également réinstaurer un régime de permanence des soins, avec astreinte obligatoire, et possibilité d’effectuer cette astreinte à l’hôpital, en conditionnant une part de la rémunération des libéraux à leur participation aux gardes et à l’extension des horaires d’ouverture de leur cabinet.

Territoires de Progrès propose enfin, pour favoriser la mise en réseau des médecins, d’accélérer le déploiement du dossier médical partagé (DMP) de chaque patient en confiant au médecin traitant la responsabilité d’ouvrir un DMP pour chacun de ses patients (moyennant rémunération).

3. Créer des maisons territoriales de santé (dispensaires) pluridisciplinaires

Désengorger les services d’urgences hospitaliers et répondre, dans les territoires sous-dotés, aux besoins des patients d’une médecine de proximité réalisant non seulement des soins, mais aussi des actes de radiologie, de biologie médicale, des sutures, des plâtres et attelles est devenue une nécessité. 

Les passages aux urgences ont en effet augmenté de plus de 40% en 15 ans (20,3 millions de passages). Cet accroissement s’explique d’une part par l’insuffisante disponibilité des médecins de ville tôt le matin, en soirée et le week-end, d’autre part par la tarification hospitalière à l’activité trop incitative. Il faut désengorger les urgences et instaurer une vraie régulation à l’entrée à l’hôpital. Il faut pour cela encourager les solutions alternatives et ôter toute incitation financière pour l’hôpital à accueillir ce qui ne relève pas de l’urgence.

Territoires de Progrès propose d’encourager, dans les territoires sous dotés, la création de maisons territoriales de santé (dispensaires) pluridisciplinaires, avec des amplitudes horaires répondant aux besoins de soirée, nuit, week-end et réalisant des soins d’urgence relative (avec service radiologie, plâtre, biologie médicale).

4. Instaurer un service sanitaire à la Nation, avec des contreparties incitatives

En matière de santé, les inégalités territoriales sont marquées : les dépenses de santé sont davantage corrélées avec la densité de professionnels de santé libéraux qu’avec les besoins de santé des territoires. Les 10% de la population les mieux desservis ont des possibilités d’accès aux généralistes 3 fois supérieures aux 10% les moins avantagés et 8 fois supérieures pour ce qui concerne les chirurgiens-dentistes, les gynécologues-obstétriciens et les ophtalmologues. Enfin, la politique d’incitations a montré ses limites.

Pour rééquilibrer l’offre de soins entre les territoires, il faut utiliser deux leviers : l’exercice obligatoire dans un territoire sous doté, pour tout jeune diplômé, pendant quelques années et la mise en place d’un conventionnement sélectif pour les libéraux souhaitant s’installer, à l’instar de ce qui existe pour les infirmiers. La liberté d’installation n’est en effet acceptable que pour autant qu’elle ne contribue pas à aggraver les inégalités territoriales d’accès aux soins et la perte de chance pour les patients. L’idée est de limiter la densité de médecins dans certaines zones bien pourvues en ne conventionnant un médecin qui s’y installe qu’à la condition qu’un autre médecin y cesse simultanément d’exercer.

Pour réduire les inégalités territoriales, Territoires de Progrès propose donc d’instaurer un service sanitaire à la Nation, consistant à imposer à tout étudiant en médecine ayant terminé son cursus d’aller exercer pendant 3 à 5 ans (en libéral ou en établissement) dans un territoire sous doté en médecins. Ces quelques années dues à la nation seraient la juste contrepartie d’études gratuites prises en charge par la solidarité nationale. Cette obligation pourrait être couplée à des mesures financières incitatives, comme l’instauration d’une prime spécifique pour ces jeunes hospitaliers.

Territoires de Progrès propose également d’instaurer un conditionnement sélectif pour les médecins libéraux, avec en parallèle, une revalorisation de la cotation des actes dans les territoires sous dotés.

[1] Chiffres OCDE 2017

Par le groupe de travail “Biens communs & Santé”
Synthèse par Véronique Hamayon, avec Jean-Marc Pasquet

Pierre Bruynooghe, Alain Calmette, Mustapha Belkasmi, Mickael Dinomais, Yves Galmiche, Alexis Gibellini, Jean-Yves Gouttebel (président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme), Christine Hollender (infirmière), Jean-Luc Mathieu, Fabienne Mignot, Pascal Millet, Henri Moreigne, Isabelle Richard Crémieux, Hélène Roques, Michel Tricon, Olga Trostiansky, Jean-Louis Planchou, Pierre Venteau (député LaREM), Muriel Verges-Caullet et Julien Vuillaume.

Cette note a été personnellement transmise à Nicole Notat par Jacky Bontemps, délégué aux relations institutionnelles et syndicales de Territoires de Progrès, président du groupe des Personnalités qualifiées au CESE et ancien N°2 de la CFDT

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Communiqué de presse