«Vous ne vous rendez pas compte des rêves dont on doit préserver les enfants !».

Il fallait se pincer la semaine dernière pour être sûr que la conférence de presse au cours de laquelle la maire EELV de Poitiers a délivré cette sentence éthérée ne procédait pas précisément d’un rêve…

A l’entendre, ce n’est pas d’obscurs loups-garous ou de la gamme étendue des turpitudes et des malheurs humains dont il faudrait préserver les rêves de nos enfants, mais de l’aérien !

C’est en tout cas la justification, sentencieusement moraliste, qu’elle a apportée à sa décision politique de sevrer les aéroclubs de Poitiers de subventions municipales !

Si tant est qu’une police des rêves soit envisageable, Léonore Moncond’Huy entrait dans l’histoire en fossoyant non pas tant un rêve d’enfant qu’une aspiration immémoriale de notre misérable humanité.

Le vieil Icare y trouvait un second soleil et Leonard de Vinci et tant d’autres une excommunication définitive.

On suppose, puisqu’elle en a le pouvoir, que la cohérence idéologique dont elle se réclame la conduira aux autodafés de Saint-Exupéry et des publications de Nicolas Hulot et de Yann Arthus-Bertrand, grands baroudeurs aériens s’il en est, dans ses médiathèques municipales.

Peut-être même envisage-t-elle de chasser de sa ville la prestigieuse Ecole Nationale Supérieure de Mécanique Aéronautique, susceptible d’en polluer la réputation ?

Face à la polémique déclenchée par cette déclaration, Madame la maire s’est efforcée de rassurer en expliquant qu’il ne s’agissait pas « de remettre en question les grands imaginaires qui ont structuré le XXe siècle », histoire de les ranger au musée et de confirmer que l’écologie politique française inscrivait sa modernité dans un rejet de tout ce que le progrès des sciences et des techniques nourrissait jadis d’espoirs et de rêves humains.

Le développement spectaculaire de l’aérien, qui coïncide avec la démocratisation du voyage, pose certes de sérieuses questions écologiques, mais il a aussi contribué à une inégalable et précieuse connaissance mutuelle des peuples et des civilisations, réductrice de bien des préjugés à la source de guerres et d’asservissements aujourd’hui impensables.

L’aérien, comme l’automobile ou le Tour de France, suscite certes des désirs et des plaisirs, carburants de vie qui semblent péjoratifs à nos écologistes.

Pour autant, l’aéronautique ne nourrit pas que des rêves mais aussi l’emploi et les ressources de millions de familles honorables, qui méritent mieux que l’indifférence absolue que leur manifeste Madame la maire.

Alors que la question écologique est la seule idée neuve qui renouvelle aujourd’hui la politique, on est confondu par l’obscurantisme quasi médiéval qui anime en France le parti qui prétend l’incarner.

Il y a là une singularité française mortifère, qui détonne avec la culture politique d’écologistes allemands ou scandinaves qui n’ont rien à en apprendre ni à lui envier et s’emploient précisément à mobiliser le progrès et les sciences au service de leur cause.

Au point que l’on se demande si EELV poursuit comme objectif primordial le verdissement de notre économie, qui ne peut s’envisager que par les progrès des sciences et des techniques, ou plutôt celui du sabordage de nos principaux atouts économiques : l’aéronautique, le nucléaire, l’automobile, le tourisme et l’agriculture ?

Si c’est cette vieille quête d’extrême gauche qui inspire les déclarations de la maire de Poitiers, alors la « sociale écologie » est un oxymore politique qui abuse le peuple.

Tribune originale de Gilles Savary dans l’Opinion | 8 avril 2021

Les femmes du Comité exécutif et les parlementaires du parti Territoires de Progrès rappellent, en ce 8 mars, le rôle essentiel des travailleuses depuis le début de la crise sanitaire.

“Coronavirus : les femmes en première ligne, au front !”, titrait l’année dernière, l’éditorial d’un média national révélant qu’en cette période pandémique, il y avait plus “d’héroïnes que de héros”. Qui s’en souvient ?

À l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, celles du Comité exécutif et les parlementaires de Territoires de Progrès souhaitent réhabiliter ces travailleuses de l’ombre souvent sous-payées et peu qualifiées, afin que la société tout entière change son regard et les considère à leur juste place.

La Covid a agi comme un révélateur – si le bouclier des aides publiques a protégé notre pouvoir d’achat moyen mieux que chez nos voisins européens, les inégalités au travail se sont, quant à elles, creusées et ont mis en lumière des pans entiers d’activité, souvent des angles morts injustement considérés, qui font penser qu’à bien des égards nous vivons dans un système de valeurs inversé où les professions les plus essentielles à notre vie collective, sont aussi les moins bien rémunérées, alors que leur utilité sociale s’est révélée indispensable pendant la pandémie. Une deuxième injustice flagrante s’est rajoutée à la première : plus nombreuses que les hommes sur leur lieu de travail, les femmes ont payé le prix fort de la crise sanitaire ! Car dans cette “guerre”, comme notre président de la République nomme la crise sanitaire en cours, les femmes sont au front. Elles sont en effet surreprésentées dans les métiers essentiels au pays. Des médias en ont parlé, des femmes et des hommes politiques également, l’État et certains employeurs leur ont octroyé des primes. Pas à toutes. Et est-ce bien là la juste reconnaissance que nous leur devons ? Avons-nous pleinement pris conscience de cette double injustice criante au sein de notre civilisation moderne ?

Certes, les hommes aussi ont été héroïques face à la maladie : nous avons applaudi l’ensemble des métiers du soin, chaque soir à 20 heures, lors du premier confinement – Le Ségur de la santé, mené par Nicole Notat du 25 mai au 10 juillet 2020, a été une reconnaissance du monde de la santé. Mais, avons-nous seulement conscience que les femmes, moins visibles, représentent pourtant près de la moitié des médecins (46 %), l’écrasante majorité du métier infirmier (97 %), des aides-soignantes (87 %) ?

La liste des métiers occupés majoritairement par des femmes au front est plus large encore : 83 % sont des enseignantes du 1er degré et 58 % des enseignantes du 2e degré. Dans les mêmes proportions, elles sont présentes dans des métiers que certains nomment la « deuxième ligne », par exemple, dans la profession de caissier qui est très largement féminine avec, selon l’Insee, neuf femmes sur dix. Elles représentent 60 % des salariés dans la grande distribution, 63 % dans la propreté. Moitié-moitié dans les métiers de bouche et la restauration rapide. Quant aux aides à domicile, plus d’un million à œuvrer auprès des personnes vulnérables, 90% de ces métiers, que l’on nomme à juste titre “métier du lien”, sont exercés par des femmes avec un salaire moyen mensuel de 893 € !

Parce qu’en plus de la dureté de la situation, l’invisibilité de leur condition de femme, elles subissent la triple peine : celle d’appartenir à la catégorie dite des “bas salaires”, et souvent en temps partiel ! Toutes ces périodes de confinement, plus ou moins strictes, ont reproduit et même amplifié, les inégalités au travail. Il faut revoir l’ensemble des conditions dans lesquelles elles effectuent leurs tâches : les salaires, les conditions de travail, le déroulement des carrières, la formation, et organiser d’urgence, avec les partenaires sociaux, une conférence nationale sur les bas salaires.”À nous, de faire en sorte que l’ombre ne retombe pas sur ces femmes dont nous avons eu tellement besoin dans la crise sanitaire”

Cette conférence serait centrée sur les différentes inégalités au travail. À l’ordre du jour, on retrouverait les conditions de travail (notamment l’ubérisation), la santé au travail (l’usure au travail, le “burn-out”), la précarisation (recours excessif au CDD), les inégalités femmes/hommes), mais aussi la politique salariale. Cette conférence pourrait ensuite se décliner en commission annuelle à l’instar du modèle de la Low Pay Commission au Royaume-Uni. La crise sanitaire a rendu visible le décalage entre le rôle social majeur de ces professionnelles et la réalité de leurs conditions d’emploi, de rémunération et de travail. Elle nous a permis de lever le voile sur ces professionnelles et de les éclairer. À nous, de faire en sorte que l’ombre ne retombe pas sur ces femmes dont nous avons eu tellement besoin dans la crise sanitaire que nous traversons depuis un an déjà !

Signataires : 

Aude de Castet, Déléguée nationale adjointe TdP

Najwa El Haïté, Déléguée nationale adjointe TdP

Laurianne Rossi, députée des Hauts-de-Seine et questeuse de l’Assemblée nationale

Véronique Hamayon, membre du ComEx TdP

Bernadette Laclais, Déléguée régionale Auvergne-Rhône-Alpes TdP

Murielle Vergès-Caullet, Déléguée régionale Bourgogne-Franche-Comté

Sylvie Ros-Rouart, Déléguée régionale Occitanie

Hélène Roques, Déléguée départementale Paris TdP

Vasilica Charnay, co-Déléguée à la coordination militante de TdP

Marine Tymen, Déléguée à la Communication de TdP

Brigitte Liso, députée de la 4ᵉ circonscription du Nord

Michèle Peyron, députée de la 9ème Circonscription de Seine-et-Marne

Sandra Marsaud, députée de la 2ème circonscription de Charente

Françoise Dumas, députée de la 1ʳᵉ circonscription du Gard

Stéphanie Do, députée de la 10ᵉ circonscription de Seine-et-Marne

Catherine Osson, députée de la 8ème circonscription du Nord

Anne-Christine Lang, députée de la 10ème circonscription de Paris

Anissa Kheder, députée de la 7e circonscription du Rhône

Laurence Maillart-Mehaignerie, députée de la 2ème circonscription d’Ille-et-Vilaine

Monica Michel, députée de la 16ᵉ circonscription des Bouches-du-Rhône

Claire Pitollat, députée de la 2ᵉ circonscription des Bouches-du-Rhône

Anne Brugnera , députée de la 4ᵉ circonscription du Rhône

Stéphanie Kerbarh, députée de la 9ᵉ circonscription de la Seine-Maritime

Cécile Rilhac, députée de la 3ème circonscription du Val-d’Oise

Tribune originale parue sur le site de “Marianne”, le lundi 8 mars 2021