Tandis que nous traversons une crise sanitaire, économique et sociale de grande ampleur, aucun de nos concitoyens ne doit être oublié. S’il nous impose de prendre soin des personnes en situation de fragilités, ces dernières ne doivent pas occulter les droits dont elles disposent.

La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), sollicitée pour assurer la gestion de la 5e branche de la Sécurité sociale, prendra sa part quant à l’évolution nécessaire du regard que notre société porte sur le grand âge et de la dépendance. Je suis convaincue du rôle prépondérant qu’elle pourra jouer dans la promotion de la bientraitance et de la lutte contre toutes les formes de violence. C’est pourquoi, dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021, j’avais déposé un amendement proposant d’en faire une de ses missions majeures.

À l’instar des violences faites aux femmes, celles proférées à l’encontre des personnes en situation de dépendance, notamment dans la sphère familiale, demeurent taboues dans notre société. Nous devons nous engager plus intensément pour les rompre. Tout citoyen devrait s’engager à les combattre. Des outils existent déjà. Par exemple, le numéro unique 3977, pourtant peu familier du grand public, connaît une augmentation du nombre de ses saisines.

Les futurs débats sociétaux qui nourriront l’opinion publique devront intégrer les questions liées au grand âge, au premier rang desquelles la lutte concrète et efficace contre les violences dont peuvent faire l’objet les personnes du grand âge et dépendantes. La maltraitance revêt en effet différents aspects : physique, psychologique, institutionnel ou encore financier.

Il s’agit de redonner à la personne âgée la plénitude de ses droits. Il s’agit également de l’intégrer aux décisions que l’on prend pour elle, dans le cadre de sa vie privée tout comme dans celui des institutions.

Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, il apparaît indispensable de repenser l’immunité familiale pénale pour les délits résultant des privations financières ou de biens, tels que le vol, l’abus de confiance, ou encore l’escroquerie.

L’immunité induit en effet l’impossibilité pour la victime de se faire reconnaître comme telle. Elle impose de fait l’incapacité juridique de poursuites et de reconnaissance en qualité de victime. Les faits, souvent graves, intègrent donc une forme d’impunité caractérisée qui ne peut qu’interroger.

Aussi, il devient important que le législateur puisse réfléchir à la notion d’immunité familiale et sa potentielle remise en cause. Il nous appartient en effet de protéger l’ensemble des personnes subissant vols, escroqueries, privations financières par abus de confiance.

Levons ces tabous !

-Par Stéphanie Atger, députée LaREM/TdP de l’Essonne | Janvier 2021

Tribune originale parue dans le journal “La Croix” | 16 janvier 2021

Les images stupéfiantes qui nous sont revenues du Capitole le 6 janvier, sous les sarcasmes de tout ce que la planète compte de régimes totalitaires, édifient sur l’ampleur de la fracture qui affecte l’Amérique. Elles inquiètent sur ce que décidera d’en faire un président américain sortant qui n’a cessé de mettre sa parole publique au service d’un narcissisme délirant et d’une exacerbation des divisions et des conflits dans son pays.

La mandature de Trump est aussi une alerte sur les limites des contrepoids que des institutions démocratiques sophistiquées peuvent opposer à une dérive personnelle quand elle trouve un tel écho dans l’opinion publique. Vus de France, ces événements du Capitole nous renvoient irrépressiblement à la grimace glaçante de la Marianne défigurée de l’Arc de triomphe en novembre 2018.

Comment ne pas faire à cette occasion un parallèle entre les évolutions de nos deux vieilles démocraties, à l’histoire et aux valeurs fondatrices si proches ? Il n’a jusqu’à présent manqué qu’un Trump « à la française » pour que la crise des Gilets jaunes trouve chez nous le même débouché politique qu’aux Etats-Unis. Et nous serions bien inconséquents de nous en sentir définitivement exonérés.

En France, comme aux Etats-Unis, une profonde fracture, plus sociologique et culturelle que caricaturalement sociale ou territoriale, est depuis trente ans en combustion lente et muette au sein de la société. Sur le plan politique, elle dessine un clivage majeur entre démocrates sociaux et libéraux, qui occupent bruyamment la scène, et nationaux populistes à tropisme illibéral, dont l’audience infuse silencieusement.

Mais les orchestres de nos vieilles boutiques partisanes jouent encore bruyamment leurs partitions du siècle dernier. Ils entretiennent vaille que vaille la flamme de leurs querelles subalternes au mépris de la peau de chagrin de leurs fonds de commerce et de la participation électorale.

Faute d’ajustement de l’offre politique à cette nouvelle donne, le débat public accentue son porte-à-faux avec l’opinion publique. En France, comme aux Etats-Unis, et comme souvent dans les processus d’émergence totalitaire, c’est au nom d’atteintes feintes ou imaginaires à la démocratie que l’on assiège et que l’on discrédite la démocratie.

Aux Etats-Unis, en invoquant une tricherie électorale mensongère ; en France, en forçant le trait d’une dérive totalitaire que Jean-Luc Mélenchon, expert en amitiés tyranniques, n’hésite pas à caricaturer en « dictature ».

Il s’est installé dans nos démocraties un conformisme mondain de dénigrement systématique de tout ce qu’entreprennent ou déclarent nos représentants, qui prêtent innocemment la main à cette entreprise de démolition. Leur moindre initiative ou déclaration, quelle qu’elle soit, déclenche une hystérie polémique, systématiquement pessimiste et négative, aussi prédictible que réversible, quand ce ne sont des enchères de violences urbaines qui alimentent un doute mortifère sur l’évolution de nos démocraties.

Ce climat anxiogène et finalement répulsif laisse le champ libre aux contre-vérités simples et limpides des fakes news et des propagandes underground libérées par les réseaux sociaux. Au point que l’on ne sait plus qui, d’entre muets de l’électorat, populistes ou « majorité silencieuse », prévaudra dans les prochains scrutins.

– Gilles Savary, délégué national de Territoires de Progrès

Tribune originale parue dans l’Opinion, le 11 janvier 2021

Monsieur le président de la République,

En 2020, vous avez fait un rêve : bâtir un islam en France, respectueux de nos valeurs républicaines, libéré des influences étrangères, structuré et transparent dans ses financements.

Mais à nouveau, ce rêve n’est-il pas en train de se transformer en cauchemar ? En effet, que ce soit François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, nombreux sont les présidents de la République qui se sont cassés les dents en voulant organiser la deuxième religion de France qui ne dispose pas d’un clergé structurel et donc d’instance représentative au niveau national à la différence des autres religions, catholique, protestante et juive.

Cela s’explique par le fait que l’islam sunnite est une religion individuelle et de conscience. Le fidèle n’a de compte à rendre qu’à Dieu. Il est par essence non assujetti à une quelconque autorité religieuse. Pour ma part, en tant que Française de confession musulmane, je ne me sens pas représentée par les diverses associations cultuelles musulmanes existantes en France qui s’arrogent le droit de représenter la « communauté musulmane ». Je pense d’ailleurs ne pas être un cas isolé.

Les rapports de l’Institut Montaigne révèlent que la majorité des Français de confession musulmane se sent avant tout laïque et veut vivre sa religion comme elle l’entend.

Mais dans le monde profane, l’État, garant du libre exercice des cultes, a besoin d’un interlocuteur et s’inquiète à juste titre de l’influence grandissante de l’islam rigoriste chez les plus jeunes en recherche de spiritualité.

Or toutes les tentatives lancées par les différents gouvernements en place pour organiser l’islam sunnite en France ont échoué. On se souvient en 1990 du Corif (Conseil de Réflexion sur l’Avenir de l’Islam de France) créé par Pierre Joxe ; en 1993 du Conseil des Représentants des Musulmans de France mis en place par Charles Pasqua en parallèle du Corif ; en 1999, de la consultation des représentants des principales sensibilités musulmanes sur l’organisation du culte musulman en France lancée par Jean-Pierre Chevènement, relayée par Daniel Vaillant puis en 2002 par Nicolas Sarkozy avec ses ajouts. Des élections ont été organisées les 6 et 13 avril 2003, dans toute la France, 4 032 grands électeurs ont été désignés par 995 mosquées françaises et constituaient l’assemblée électorale. Le nombre d’électeurs par mosquée a été déterminé en fonction de la surface de la mosquée. C’est ainsi que le Conseil français du Culte musulman (CFCM) vit le jour. Les autorités françaises avaient, enfin, des raisons d’espérer avoir un interlocuteur bien identifié représentant l’islam en France.

Mais, la volonté hégémonique de la Mosquée de Paris, les rivalités internes entre les fédérations de l’islam sunnite sous influences étrangères composant le CFCM n’ont eu de cesse de saborder ce long travail.

Et l’histoire se répète inlassablement. Vous en êtes à votre tour victime monsieur le président de la République. A l’heure où vous annoncez la fin des imams détachés et que vous missionnez le CFCM pour créer un Conseil national des Imams, voilà que les querelles reprennent pour les mêmes raisons, contrariant votre volonté de mettre fin à l’islam consulaire source de tensions et de désorganisation du culte musulman.

Aussi en 2021, je m’interroge : pourquoi la solution ne viendrait-elle pas des femmes ? Pourquoi les pouvoirs publics français ne s’intéresseraient pas plus sérieusement aux initiatives menées par des femmes imams, des théologiennes et islamologues porteuses d’une vision plus égalitaire et ouverte de l’islam ? Il s’agit d’en faire aussi des interlocutrices crédibles de l’État.

En France, Kahina Bahloul, Eva Janadin ou Anne-Sophie Monsinay, en faisant le choix de devenir imam, ont rappelé que rien n’interdit dans le Coran à une femme de diriger la prière. D’ailleurs, dans la tradition prophétique, il apparaît qu’une femme, Oum Waraqa, a été désignée par le prophète Mahomet pour conduire la prière dans une assemblée mixte.

Aussi, il est bon de rappeler que l’infériorité de la femme a surtout été théorisée dès le Xe siècle par une vision et une lecture patriarcale voire misogyne du Coran.

Cette vision libérale de l’islam doit pouvoir coexister pacifiquement avec le courant orthodoxe majoritaire comme l’évoquait très justement Antoine Menusier, auteur de l’ouvrage « le Livre des indésirés  » paru aux éditions du Cerf en janvier 2019.

Regardons également ce qui se passe en dehors de nos frontières. Des femmes comme Asma Lamrabet, médecin et écrivaine marocaine ; Chahla Chafiq-Beski, sociologue et écrivaine iranienne ; l’imam danoise Sherin Khankan ou la chercheuse tunisienne Hela Ouardi et bien d’autres sont aussi porteuses d’un discours de renouveau de l’islam notamment en matière d’égalité entre les hommes et les femmes. Elles sont souvent invitées dans des colloques en France et en Europe pour débattre quant à la façon de libérer la religion musulmane d’interprétations obscurantistes et inégalitaires. Ces femmes courageuses ne restent pas qu’entre elles. Elles partagent leurs réflexions et leurs recherches avec des intellectuels de la gente masculine également convaincus de leurs positions.

Monsieur le président de la République, je terminerai mes propos en insistant sur le travail salutaire de ces femmes et de l’absolue nécessité de leur présence dans le débat public.

Je pense que la France gagnerait à leur accorder la place qu’elles méritent. Cela contribuerait à faire évoluer les mentalités et à unir toutes les forces vives face à des ennemis communs : le fanatisme religieux et l’islamisme terroriste.

Par Najwa El Haïté, déléguée nationale adjointe Territoires de Progrès, avocate et adjointe au maire d’Evry-Courcouronnes

Tribune originale parue sur le site de L’Obs, le 11 janvier 2021