L’ignoble exécution du professeur d’histoire-géo du collège du Bois-des-Aulnes, à Conflans-Sainte-Honorine, devrait en toute logique dessiller les yeux des sceptiques. En ciblant un enseignant qui ne faisait que son travail d’éducation de ses élèves sur la liberté d’expression, ce meurtre quasi-rituel signe et revendique son mobile sans confusion possible : un rejet des valeurs qui fondent notre société, et un refus de leur enseignement à notre jeunesse issue de l’immigration.

Ce diagnostic a été maintes fois énoncé au gré de la longue chronique d’assassinats terroristes qui nous ont endeuillés depuis les années de plomb de la guerre civile algérienne, mais tout autant dénié et récusé par les tenants d’une explication sociale primordiale, empreinte d’aveuglement quand ce n’est de complaisance idéologique.

La décapitation sauvage de Samuel Paty, en sa qualité d’enseignant, n’exprime pas une révolte sociale, mais clairement un attentat contre notre société qui ne laisse pas place au doute.

Les autorités françaises disposaient depuis plusieurs années de renseignements alarmants sur le développement de prêches notoirement hostiles aux valeurs essentielles de notre société, sur la déscolarisation massive d’enfants musulmans au profit de médersa improvisées par les mosquées, ou encore sur la prise en charge comportementale de femmes musulmanes pour leur enseigner leur conduite dans l’espace public, notamment dans les structures de soins en présence de soignants masculins.

Il est fallacieux d’affirmer comme le fait le Rassemblement national qu’elles n’y ont pas réagi. Nos gouvernements ont mené à bas bruit de colossales opérations de rénovation urbaine et de soutien associatif, fermé des lieux de cultes, expulsé des imams radicaux, accentué la pression sur les milieux salafistes et limité autant que possible l’immigration, au grand dam de l’Italie notamment.

Une loi est insuffisante à réformer du jour au lendemain des cultures et des mentalités, si elle ne s’accompagne pas de manifestations tangibles d’égalité et de fraternité

Mais, pétrifiés par les émeutes urbaines de 2005 et par un risque d’embrasement général des « quartiers », ils ont évité de nommer les choses par leur nom, de désigner l’adversaire et se sont gardés de déstabiliser l’économie souterraine des petits trafics, qui assure un autre ordre public que celui de la République dans bien des quartiers.

Pour autant, la société française est définitivement multiethnique et multiconfessionnelle, comme l’étaient ses armées de la Libération auxquelles nous devons les conforts de vainqueur de notre après-guerre et la restauration de notre statut international.

Face aux menaces intérieures auxquelles sont exposés tous les symboles de notre mode de vie, nos gouvernements n’ont plus d’autre choix que d’y répondre ouvertement et sans faiblesse en s’affranchissant des dénis, des tabous, mais aussi de l’enfumage des moralismes intellectuels et des hypocrisies politiques.

L’assassinat de Samuel Paty montre hélas combien le projet de loi sur le « séparatisme » est bienvenu.

Et combien la réponse que Jean-Luc Mélenchon lui a apportée (« Nous avons connu des siècles de guerres de religion ; on ne veut pas y retourner ») est à côté de la plaque, quand c’est la République qui est visée et un serviteur de son école massacré.

Mais une loi est insuffisante à réformer du jour au lendemain des cultures et des mentalités, si elle ne s’accompagne pas de manifestations tangibles d’égalité et de fraternité.

Les Français ont la force de leur histoire émancipatrice et des valeurs républicaines pour surmonter cette épreuve, mais ils doivent se garder du poison de l’amalgame et des surenchères démagogiques dans lesquels les droites identitaires pourraient les entraîner.

-Gilles Savary, délégué général de Territoires de Progrès

Tribune originale parue dans le journal “L’Opinion” du 20 octobre 2020

Avec le plan de relance, l’Etat signe le plus gros chèque de l’histoire : 100 milliards d’euros pour la transition écologique, l’investissement dans notre appareil productif, et pour la cohésion sociale et territoriale. Ce plan sera un succès s’il répond aux attentes des Français.

Ces attentes sont élevées en matière écologique. Le confinement a montré que nous pouvions vivre en consommant moins, que le quasi-arrêt de l’économie faisait reculer les émissions de gaz à effets de serre et qu’il fallait préserver notre planète. France Relance fait donc le pari d’investir dans l’appareil productif en donnant la priorité aux domaines qui feront l’économie et créeront les emplois de demain. La France de 2030 devra être plus verte et plus respectueuse du climat, l’économie et l’écologie devant aller de concert. Consacrer 30 milliards à la transition énergétique, c’est plus que doubler le montant des investissements de l’Etat dans ce domaine.

On entend dire que ce plan ne serait pas un vrai plan de relance, car, en privilégiant l’offre, il s’inscrit dans le long terme, alors que c’est maintenant que l’économie a besoin d’être soutenue. Il négligerait aussi les salariés au profit des entreprises. C’est oublier que ce plan s’inscrit dans une politique plus globale. Il complète les autres mesures prises par le gouvernement, notamment la prise en charge par l’Etat de 84 % des salaires nets des personnes en chômage partiel. Cela représente une injection de 30 milliards dans l’économie au bénéfice des salariés et constitue une politique clairement « keynésienne » de soutien de la demande.

S’y ajoutent les mesures en faveur des jeunes. Ce sont déjà 700.000 jeunes de moins de 25 ans qui se retrouvent sans activité ! Le plan prévoit des aides qui permettent aux employeurs d’embaucher ceux que certains nomment déjà la « génération Covid ». France Relance offre des mesures d’aide à l’apprentissage (2,7 milliards) et à l’embauche des jeunes (1,1 milliard) ; il cible surtout les catégories de population qui s’intègrent le moins facilement sur le marché du travail ou qui sont les plus fragiles : 1,3 milliard pour l’accompagnement renforcé et personnalisé des jeunes vers l’emploi, ce qui permet de proposer 300.000 parcours d’accompagnement et d’insertion sur mesure.

Malheureusement, certaines entreprises abusent des dispositifs. La ministre du Travail a déjà mis en garde celles qui abusent du chômage partiel ou des accords de performance collective. Ce type d’accord peut parfois masquer un chantage au maintien à l’emploi en « contrepartie » d’une baisse des salaires et faciliter les licenciements à moindre coût : celles et ceux qui n’acceptent pas la ou les modifications de leur contrat de travail perdent leur emploi.

Pour que les Français adhèrent au plan de relance, il est nécessaire d’introduire un minimum de contrôle et de conditionnement des aides aux entreprises. Bruno Le Maire avait exigé que, pour bénéficier des prêts garantis par l’Etat, les entreprises ne versent pas de dividendes à leurs actionnaires et aient leur siège social en France. Faut-il alors demander aux entreprises des contreparties à la baisse des impôts de production ? Evitons les décisions venues d’en haut. Faisons confiance aux partenaires sociaux sur le terrain. Il pourrait être prévu un avis conforme du comité social et économique sur l’utilisation des aides versées aux entreprises.

La relance française avance, mais ne réussira que si on adopte la bonne méthode, celle de la concertation avec les territoires et les partenaires sociaux. Pour réussir, le plan de relance doit redonner confiance aux acteurs économiques et sociaux, aux entreprises, aux salariés, aux investisseurs, aux consommateurs.

Par Aude de Castet, Dominique Villemot et Jacky Bontems, membres du Comité Exécutif TdP et du think tank Démocratie Vivante.

Tribune originale dans “Les Echos”, 19 octobre 2020

 

“Tuer un enseignant, c’est attaquer l’école et assassiner la République ! C’est l’objectif assumé de l’islamisme qui, par la décapitation de Samuel Paty, professeur d’histoire-gé , est monté d’un cran dans l’horreur. C’est de la barbarie à l’état pur.

Une grande voix de la littérature algérienne, Boualem Sansal, auteur du livre “2084. La fin du monde” dénonce inlassablement l’aveuglement des gouvernants occidentaux face à la montée de l’islamisme et la cible privilégiée que représente la France quant à la volonté de conquête de cet islam dévoyé. Et cette terrible actualité plaide pour lui.

C’est encore ce même grand écrivain francophone qui alerte dans de nombreuses interviews de la situation de quartiers entiers en France échappant aux lois de la République. L’islamisme y règne en maître et véhicule ses règles, du fait de la démission ou du clientélisme de certains élus locaux. Dans ce contexte, la France une et indivisible se fissure sous nos yeux face aux coups de boutoir des anti-républicains et des idéologues radicaux qui veulent la voir se fracturer, s’effondrer.

Ce que l’islamisme veut détruire en France, comme dans le monde, c’est ce que l’humanité a construit patiemment depuis des siècles : le libre examen, la libre expression, l’esprit critique, l’égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de conscience que garantit la laïcité. C’est cet héritage que l’école et les enseignants transmettent aux jeunes dont ils ont la charge au nom de la République.

C’est pourquoi les enseignants sont en première ligne dans la guerre contre l’islamisme. Sans doute aurions-nous pu en prendre conscience plus tôt et les protéger au lieu de “mettre sous le tapis” les alertes que les chefs d’établissement font remonter à une hiérarchie trop souvent sourde au désarroi des professeurs laissés à eux-mêmes face à des situations de plus en plus difficiles.

L’hésitation de l’État à sanctionner les parents connus pour leur engagement islamiste, voulant imposer le voile au collège de Creil en 1989, a été le début du renoncement. Déjà, les islamistes testaient la résistance de la République à affirmer ses valeurs.

Trente ans après, ayons le courage d’affronter un ennemi qu’il faut nommer sans ambiguïté : l’islamisme qui n’a rien à voir avec une religion mais qui est un projet politique dont le but est la destruction de la démocratie. C’est par l’école que la République s’est construite, c’est par l’école qu’elle se défendra et qu’elle vivra en revendiquant son message d’universalisme.

Encore faut-il donner à ceux qui la servent les moyens d’accomplir leur mission. La formation des enseignants n’aborde qu’occasionnellement les problèmes qu’ils rencontreront dans leur classe. Quand aborde t-on réellement la réalité du métier dans les instituts de formation ? Quand forme t-on les jeunes enseignants à la laïcité et à la manière de la faire vivre dans des classes de plus en plus difficiles ?

C’est une vraie formation professionnelle qui permettra aux enseignants de résister aux pressions extérieures. L’école doit rester l’espace sacré où le jeune acquiert les connaissances, les compétences et la culture qui lui donneront l’esprit critique nécessaire pour l’éloigner du fanatisme.

Mais l’école ne pourra rien si la société elle-même montre des signes de renoncement et d’affaiblissement. Le pire ennemi du pacte républicain est sans doute la complaisance que les islamistes ont su utiliser pour avancer dans leur projet mortifère. Tariq Ramadan et d’autres prédicateurs radicaux ont été trop souvent les bienvenus dans des colloques.

Sous prétexte de lutter légitimement contre les discriminations, certains milieux ont vu dans le message islamiste souvent masqué une nouvelle lutte des classes. Tariq Ramadan et d’autres prédicateurs radicaux ont été trop souvent les bienvenus dans des colloques où le message des Frères musulmans était écouté avec bienveillance. Cette complaisance ne peut plus être tolérée. Ce n’est pas de complaisance dont les enfants de milieux défavorisés, souvent issus de l’immigration ont besoin, mais d’égalité réelle devant l’exigence, l’excellence et la réussite.

Aujourd’hui, l’émotion réunit l’ensemble de la Nation. Qu’en sera-t-il demain ?

Lors de deux discours courageux au Panthéon et aux Mureaux, le président de la République a rappelé les principes qui fondent le pacte républicain et proposé des dispositions qui doivent rapidement se concrétiser dans une loi.

Un tel texte sur la laïcité ne peut être compris par nos concitoyens que s’il est porté par l’ensemble des républicains de gauche comme de droite. C’est ce dépassement des clivages partisans qui redonnera sa force à la laïcité  sa place à l’école et les moyens à la République de combattre l’ennemi islamiste.”

Par Najwa El Haïté, déléguée nationale adjointe et Yves Durand, président du Conseil national TdP

Tribune originale parue dans “Marianne”, 18 octobre 2020

Au moment où la liberté est mise en danger par des terroristes fanatiques, il faut nommer l’indésirable sur notre sol : l’islam radical. Après des années de déni, voire de complaisance électoraliste, le président de la République a pris le parti du courage, de la clarté et de la responsabilité en désignant l’ennemi. La France républicaine ne peut pas devenir une mosaïque de communautés, religieuses, ou sociales. Elle veut rester une République de citoyens libres et égaux en droits et en devoirs.

Pour nous, le choix est donc clair : il est celui de la République. La laïcité en est le cœur, garante de notre liberté de conscience et de notre unité nationale. Loi de liberté et d’apaisement, la loi de 1905 séparant les églises et l’État a renvoyé la foi à la sphère privée et exclu les églises du champ politique.

Mais force est de constater aujourd’hui qu’une entreprise politique dévoyant l’Islam voudrait imposer une loi religieuse factieuse en rupture avec nos valeurs laïques, démocratiques, d’égalité entre les hommes et les femmes et de neutralité éducative.

Ce combat pour la laïcité n’aurait jamais dû être abandonné à la droite

Face à cette dangereuse entreprise, la République est en état de légitime défense. Il s’agit aussi de protéger de cette emprise l’immense majorité de nos compatriotes musulmans qui vivent en paix dans la citoyenneté française alors que les islamistes voudraient les séparer de la Nation.

D’ailleurs, ce combat pour la laïcité n’aurait jamais dû être abandonné à la droite et moins encore aux ambiguïtés de l’extrême droite. Aussi, en soutenant l’initiative du président la République, il ne s’agit pas d’imposer des contraintes particulières aux musulmans de France. À cet égard, nous devons veiller à ce que tous les cultes soient mis sur le même plan et que la République tienne ses promesses notamment à l’école, creuset où se construisent, dès le plus jeune âge, l’émancipation et le respect du bien commun. On ne peut donc qu’être inquiet de l’explosion des écoles hors contrat et de la scolarisation à domicile quand elles traduisent la volonté d’extraire les enfants de l’esprit scientifique, de trier dans les connaissances et d’interdire certaines disciplines sous prétexte qu’elles contreviennent au dogme. Une école hors contrat ne peut s’ouvrir sans qu’on ait au préalable contrôlé les compétences des enseignants et des dirigeants, puis s’assurer du respect des programmes et de leur neutralité philosophique et politique.

À cet égard, les mesures envisagées par le président de la République doivent être soutenues et mises en œuvre sans faiblesse, à commencer par la décision historique d’imposer la scolarisation obligatoire dans des structures scolaires à partir de 3 ans.

La République, c’est aussi la liberté de conscience et donc la liberté de culte, pourvu qu’elle ne trouble pas l’ordre public. Les lieux de culte ne peuvent pas être des foyers de remise en cause de la République et des valeurs de notre société démocratique. Le contrat de confiance entre l’État républicain et les cultes doit reposer sur la clarté, la transparence et l’équité notamment pour ce qui concerne les lieux de culte.

L’État serait ainsi en droit de s’assurer que ces bâtiments ne sont pas des lieux de conspiration contre la République. Cette disposition entraînerait d’elle-même un contrôle de la formation et de la nomination des imams de France, tel que l’envisage le président de la République.

Mais une loi ne fait pas tout. Encore faut-il que nos concitoyens de confession musulmane ne se sentent pas exclus de la communauté nationale car il ne peut y avoir de lutte contre le séparatisme politique sans une lutte tout aussi exigeante contre toutes les formes de “séparatisme” : social, territorial, culturel, de cadre de vie, et d’accès à l’emploi. L’égalité des chances est la meilleure arme contre les tentations de séparatisme.

Aussi, après le courageux discours du président de la République, nous souhaitons un débat serein, dans la réaffirmation claire de nos principes républicains. Nous y prendrons toute notre part.

Tribune originale parue dans “Marianne“, 9 oct. 2020

Signataires, membres du Comité exécutif de Territoires de Progrès :
Gilles Savary, délégué général et ancien député PS
Yves Durand, président du conseil national, ancien député PS (59)
Laurent Bonnaterre, délégué national adjoint, maire de Caudebec-lès-Elbeuf
Aude de Castet, déléguée nationale adjointe, conseillère municipale
Muriel Vergès Caullet, actuelle conseillère régionale Bourgogne-Franche-Comté
Nawja El Haïté, déléguée nationale adjoint, adjointe au maire (91)
Bernadette Laclais, ancienne députée PS et maire de Chambéry (73)
Felix Meysen, secrétaire général adjoint, collaborateur politique
Jean-Marc Pasquet, haut fonctionnaire
Hélène Roques, déléguée aux questions sociétales et déléguée Paris
Véronique Hamayon, haut fonctionnaire

Les députés signataires, en double appartenance avec Territoires de Progrès :
Eric Alauzet, député (LREM) du Doubs

Christophe Arend, député (LREM) de Moselle
Francis Chouat, député (LREM) de l’Essonne
Françoise Dumas, députée LREM du Gard
Pascale Fontenel-Personne, députée (apparentée MoDEM) de la Sarthe
Alexandre Freschi, député (LREM) de Lot-et-Garonne
Anne-Christine Lang, députée (LREM) de Paris
Michèle Peyron, députée (LREM) de Seine-et-Marne
Sophie Beaudoin-Hubière, députée (LREM) de la Haute-Vienne
Pierre Venteau, député (LREM) de Haute-Vienne
Jean-Michel Mis, député (LREM) de la Loire
Monica Michel, députée (LREM) des Bouches-du-Rhône
Yves Daniel, député (LREM) de Loire-Atlantique
Anne Brugnera, députée (LREM) du Rhône

Cécile Rilhac, députée (LREM) du Val-d’Oise


Il est de bon ton de dire qu’élu par la gauche, Emmanuel Macron aurait ensuite glissé vers la droite, que de ministre d’un gouvernement de gauche de François Hollande, il serait devenu un président de droite. En témoigne, notamment, l’évolution des socialistes qui ont été plusieurs à le soutenir en 2017 et qui le dénoncent aujourd’hui de manière quasi unanime comme un libéral, ce qui veut dire, dans la terminologie politique française de gauche, un homme de droite. Son électorat aurait aussi mué, les électeurs socialistes de 2017 ayant été remplacés par des électeurs de droite.

Un sondage IFOP, paru dans le numéro du Journal du dimanche (JDDdu 6 septembre, confirmerait cette évolution. En effet, sur un axe allant de 0 (extrême gauche) à 10 (extrême droite), Emmanuel Macron est jugé à droite (7 à 10) par 43 % des Français, au centre (4 à 6) par 32 % et à gauche (0 à 3) par 16 % d’entre eux. Ce sondage confirmerait donc le glissement à droite d’Emmanuel Macron dans l’électorat.

Mais l’éclairage le plus important de ce sondage est le positionnement politique des Français eux-mêmes.

Interrogés sur leur propre positionnement, les sondés se positionnent en effet en majorité à droite (33 %) et au centre (36 %) et ne sont que 16 % à se placer à gauche.

Ce chiffre de 16 % est extrêmement bas. Très peu de Français se disent donc de gauche et très peu positionnent Emmanuel Macron à gauche. La relation entre ces deux affirmations est évidente. Certes les 16 % de Français qui se positionnent à gauche et les 16 % qui placent Emmanuel Macron à gauche ne sont probablement pas les mêmes : on peut penser que ce sont les Français les plus à droite qui placent le président à gauche et que ceux qui se positionnent à gauche le placent à droite.

Ce score de 16 % confirme que la gauche n’a pratiquement aucune chance d’être présente au second tour de l’élection présidentielle de 2022. Mais comment expliquer la faiblesse de ce score ? Tout simplement par le discours tenu par une bonne partie de la gauche, à savoir que François Hollande n’a pas mené une politique de gauche mais une politique de droite, et qu’il en est de même d’Emmanuel Macron.

Et Lionel Jospin va dans le même sens quand il dénonce la dérive libérale de François Hollande et voit en Emmanuel Macron un néolibéral, ou quand il va jusqu’à voir en Jean-Luc Mélenchon un possible candidat d’union de la gauche. Ce dernier a d’ailleurs immédiatement rappelé son respect pour Lionel Jospin.

En prétendant être la seule vraie gauche, La France insoumise et les ex-frondeurs du PS ont conduit la majorité des anciens électeurs socialistes à ne plus se définir comme de gauche mais comme du centre et à se reconnaître dans des ministres issus de la gauche, comme Jean-Yves Le Drian, Annick Girardin ou Olivier Dussopt. Finalement, Olivier Faure est réaliste quand il dit que le PS devra s’effacer devant une candidature écologiste ; il a en effet perdu ses électeurs.

Si on revient au sondage de l’IFOP pour Le JDD on constate que la moyenne du positionnement d’Emmanuel Macron par les Français est de 5,9, soit dans la fourchette du centre (4 à 6), mais proche de la droite. Les Français positionnent donc Emmanuel Macron au centre droit, ce qui correspond aussi à leur positionnement moyen.

Positionné au centre droit, aidé par les comportements suicidaires de LR et du PS, Emmanuel Macron attire donc des électeurs du centre gauche social-démocrate comme des électeurs de la droite libérale. Il lui faut tenir sur ce créneau jusqu’à 2022.

Signataires, membres du Comité Exécutif de Territoires de Progrès : Dominique Villemot, avocat, président du club de réflexions Démocratie vivante ; Jacky Bontems, président du groupe des personnalités qualifiées du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et Aude de Castet, élue locale, vice-présidents de Démocratie vivante.

Tribune originale parue dans “Le Monde”, 11 septembre 2020

Il aura fallu que la France se porte au secours du Liban, endeuillé par un accident industriel hors normes, pour que se confirment les tensions géopolitiques à l’œuvre dans cette région du monde. Elle était placée devant un choix cornélien entre l’inaction à l’égard d’une nation amie et un soutien à un gouvernement d’associés claniques, abhorré par son peuple chauffé à blanc par la catastrophe du port de Beyrouth. Le président français a opportunément choisi une autre option, en apportant le soutien de la France aux victimes et à la société civile libanaise.

La Turquie d’Erdogan, à l’affût de toute déstabilisation dans cette zone qu’elle considère désormais comme une chasse gardée néo-ottomane, y a rapidement fait écho en dénonçant une ingérence néocolonialiste, qui a trouvé des responsables politiques français pour apporter de l’eau à son moulin. Il est bien loin le temps où une autre France portait l’idée d’un droit d’ingérence humanitaire ou se solidarisait avec les peuples du printemps arabe.

Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Erdogan a trouvé dans les événements de Beyrouth l’aubaine de militariser une campagne maritime de sondages pétroliers puissamment escortée, dans des eaux territoriales revendiquées par la Grèce, son ennemie héréditaire. Du coup, les Européens trouvent là, à leurs portes, une occasion de tester leur solidarité défensive et, une fois de plus, l’extrême lenteur de leur construction politique et militaire face aux emballements de l’histoire. Le gouvernement français, très esseulé en matière de défense européenne depuis le Brexit, a rapidement réagi en envoyant sa marine dans les parages, précisant que c’était en accord avec ses partenaires européens. Reste à connaître la limite de cette unanimité européenne gratuite dont la France pour le moment joue seule les voltigeurs aux côtés de l’armée grecque.

Il serait fallacieux de prétendre que l’Union européenne est restée immobile en matière de défense européenne. Elle a constitué, à l’initiative de la France, outre une diplomatie européenne et une coopération structurée permises par le Traité de Lisbonne , un embryon de défense européenne et même la préfiguration avancée d’un quartier général militaire européen avec la création du comité politique de sécurité et du comité militaire de sécurité européenne. Mais on en mesure la fragilité face à l’agressivité conjuguée de la Russie de Poutine et de la Turquie d’Erdogan qui fondent leurs politiques intérieures sur la vieille stratégie de l’incident de frontière et de la revanche de l’histoire.

L’heure n’est plus à « sauter comme un cabri » en implorant une Europe de la défense, mais à réaliser qu’une Europe de nations attachées à leurs souverainetés militaires, à commencer par la France nucléarisée, ne peut guère envisager que d’organiser une coalition militaire robuste entre Etats européens plutôt qu’une illusoire armée européenne. Il ne faut pas souhaiter d’escalade en Méditerranée, mais il serait rassurant que les Européens tirent rapidement les conclusions de l’agressivité ostensible que leur manifeste un « allié » de l’Otan, et accélèrent la construction de leur propre « Otan européenne ». Ils y trouveraient l’agrément de rééquilibrer leur relation de plus en plus équivoque avec les Etats-Unis. Encore faut-il que les Européens les plus exposés aux menaces soient convaincus que nous sommes prêts à mourir pour Varsovie ou Athènes.”

– Gilles Savary, ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de Progrès.

Tribune originale parue dans l’Opinion, le 22 août 2020

Que se passe-t-il dans notre pays pour que l’on y observe une telle dégradation du climat et des rapports humains ?

A Bayonne, un chauffeur de bus, père de famille, a été sauvagement assassiné pour avoir simplement fait son travail de rappel à l’obligation de s’acquitter d’un titre de transport. L’arrestation des suspects de cette agression n’a en rien dissuadé sa réplique, sur plusieurs réseaux de transport publics. Ces derniers, jours, la maire de Lille comme le maire EELV de la paisible cité bordelaise en ont appelé au renforcement des effectifs de police face à une escalade alarmante des violences physiques dans leur ville. Le mouvement des Gilets jaunes fera date dans l’histoire des manifestations sociales par son total affranchissement des règles et des codes revendicatifs établis, et surtout par les déchaînements de violences matérielles et verbales qui l’ont accompagné, jusqu’à la mutilation hautement symbolique de la Marianne de l’Arc de Triomphe.

A la mairie de Paris, l’affaire Girard-Coffin constitue le marqueur d’une évolution à l’américaine de l’expression politique. Et si Anne Hidalgo a eu le courage louable de ne rien céder à l’air du temps qui exalte la « cancel culture », c’est-à-dire une ambiance de lynchage et de bannissement public, il s’est trouvé un chef de parti, Julien Bayou, pour la justifier et la théoriser au nom de la supériorité de l’éthique sur le droit. Le parallèle entre des voies de faits sur personnes, que l’on range habituellement dans la rubrique des faits divers, et l’acharnement public à l’encontre d’un élu, coupable de rien d’autre que d’entretenir des relations avec une personnalité sulfureuse, peut paraître cavalier.

Mais va-t-on pousser l’inhumanité à stigmatiser, par amalgame, des visiteurs ou amis de condamnés, de criminels ou de déviants ? S’il est pleinement justifié en démocratie de mener des combats collectifs d’avant-garde, peut-on pour autant exalter la haine publique contre des personnes quand on n’en est pas soi-même victime, et a fortiori quand rien ne les incrimine ? Au nom de quel ordre moral immanent, des lynchages médiatiques deviendraient-ils plus légitimes que des procédures de justice contradictoires, au risque de cautionner une société de règlements de compte permanents ?

N’oublions jamais que les pires totalitarismes ont prospéré sur des justifications morales supérieures. C’est là précisément, dans la dénégation du droit et du pacte républicain, qu’il peut y avoir un rapport entre des règlements de compte au couteau et des règlements de comptes politiques.
On nous explique que ces manifestations de violence constituent l’expression de ceux qui n’ont que l’Internet pour prendre la parole et faire entendre leur voix. Mais est-ce assez pour en justifier les modalités ? Et quelle société irrespirable de délation généralisée, de traque et d’excitation des haines nous promettent-ils, quand la plupart ne se déplacent même plus pour voter ?

Ces évolutions ne constituent pas des progrès, mais des régressions alarmantes que l’on a trop connues à des époques troublées et qui menacent notre art de vivre en société. Une ferme restauration du vivre ensemble républicain et de l’Etat de droit s’impose, sauf à s’exposer à des lendemains qui déchantent.”

Par Gilles Savary, délégué général de Territoires de Progrès

Tribune originale parue dans l’Opinion, 5 août 2020

Les écologistes métropolitains résistent à considérer certaines préférences françaises, comme la maison individuelle, ses représentations en matière de qualité de vie, d’éducation et de sécurité. Les fractures territoriales et sociales auront raison de ce déni pour au moins trois raisons. 

D’une part, la concentration accrue de l’emploi dans les pôles urbains et la hausse du coût du foncier ont contribué à pousser nombre de nos concitoyens dans les périphéries. D’autre part, les temps de contacts avec les villes centres se font avec un recours massif à la voiture individuelle thermique. Avec elle, augmentent l’empreinte environnementale, l’artificialisation des sols et s’éloignent les perspectives d’ascension sociale, les bassins d’emploi et les réseaux éducatifs. Enfin, avec l’évolution des modes de consommation, la dévitalisation des cœurs de ville – même si les efforts de la puissance publique sont considérables en la matière – un nombre croissant de citoyens ressent un sentiment de solitude et de délaissement. 

La crise sanitaire annonce un changement des perceptions. La prise de distance apparaît désormais comme un potentiel de richesses quand la métropole s’engorge et renvoie à l’idée de promiscuité, de pollutions, de mauvaise santé, et de vie chère. Plus profondément, le territoire de la “ville moyenne”, entre bourg rural et 100 000 habitants, est désormais plébiscité par près de trois-quarts français. Selon un récent sondage de l’IFOP (2019), il représente tout à la fois un plafond de leurs attentes et un plancher de perspectives. Il regroupe le tiers de la population française, des quartiers prioritaires et des établissements de santé ainsi que les succursales des Universités. « Trait d’union » entre ruralité et espaces métropolitains, ce territoire dispose de la taille critique pour faire face à l’arrivée de nouvelles populations. 

Cela oblige à des coutures urgentes, pour mieux filer la trame d’une économie fondée sur ce qui marche déjà. En accompagnant les individus et en s’appuyant sur des attentes populaires.

Par exemple, un «droit à la mobilité durable» doit offrir une solution de déplacement à chacun sans recours systématique à la voiture individuelle. Un «droit à l’émancipation sociale», se déclinerait sur un «compte personnel», sous forme de points, cumulables et convertissables pour accéder aux besoins fondamentaux : formation, ancienneté, mutuelle, aide au déménagement, garantie jeunes, cours du soir pour adultes qui souhaiteraient jouer une deuxième chance comme en Scandinavie, etc. Ce compte pourrait être abondé par l’État, les accords de branche et les régions. 

Les circuits courts, l’alimentation saine, l’économie du réemploi et du recyclage, la diffusion d’une culture du vélo, la valorisation énergétique ou l’isolation constituent des mailles connues de développement et de réussites pour ces territoires. Pour accroitre les effets du plan de relance sans précédent en discussion à l’Assemblée, elles doivent être renforcées. À l’image d’expériences au Canada ou au Japon, des sociétés de développement commercial mobilisent entreprises et associations de quartiers autour de « banques de commerces vides » pour diminuer la vacance. En France, des villes dynamiques utilisent monnaies complémentaires et des préemptions ciblées pour accroître l’impact de la consommation sur le tissu local.

Demain, avec la généralisation du Très-Haut-Débit, la voiture autonome, nous améliorerons la compétitivité globale des villes moyennes. Les utilisations du foncier seront optimisées dans sa capacité naturelle à rendre des services écosystémiques. Par exemple, l’arbre réduit certes l’impact des pollutions mais sa capacité à se substituer à des réseaux classiques pour filtrer l’eau reste encore sous-estimée.

Enfin, des développements industriels locaux doivent être accélérés sur l’hydrogène décarboné et la méthanisation à l’image de nos voisins allemand et portugais.

Nous faisons le pari d’un socle productif pour chaque territoire en nous appuyant sur des relocalisations choisies et des déconcentrations supplémentaires d’administrations centrales. La production de réseaux locaux d’énergies renouvelables entre bourgs et villes moyennes et l’émergence de centrales de grandes tailles (méthanisation, éolienne, agri voltaïque) seront autant de charpentes de la maison France. D’autant plus solides qu’elles seront issues des territoires qui n’ont pas encore déployés tous leurs atouts.

Osons le temps de la ville moyenne, source de relance économique sociale et écologique !

Par Hélène Roques, Jean-Marc Fabius (fondateur de Green LightHouse Développement) et Jean-Marc Pasquet (think tank Novo Ideo), membres du Comité Exécutif de “Territoires de Progrès”

Tribune originale parue dans “La Tribune” du 22 juillet 2020.

Avec notre groupe de travail «L’économie face aux défis de la transition»