Comme l’écrit l’OMS, « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. ».

L’approche de la santé mentale regroupe les troubles psychiatriques graves et sévères, la détresse psychologique qui correspond aux situations éprouvantes et aux difficultés existentielles et le registre plus récent de la « santé mentale positive » qui attache une attention particulière à l’affirmation de l’épanouissement personnel avec la dimension du bien-être qui doit être égal pour tous[4].

Le rapport de l’OMS pointe la nécessité d’intervenir sur plusieurs secteurs : éducatif, social et santé pour que les services soient efficaces.

Etape 1 : Récolter et synthétiser des données

Il convient d’interroger certaines évolutions de notre société comme facteurs explicatifs de la vulnérabilité des jeunes et de leurs comportements suicidaires[5]. Isolement, addictions, accessibilité des contenus violents et anxiogènes sur Internet, crise économique et sociale – autant de facteurs qui impactent la vie de la jeunesse française aujourd’hui, et leur santé mentale.

S’agissant du bien-être, une enquête française montre que 10 à 15 % des jeunes ont des moments très difficiles qui peuvent être exacerbés par des conditions de vie personnelle ou une scolarité compliquée. Entre 15 et 17 % de jeunes connaît un épisode dépressif caractérisé entre 16 et 25 ans (et selon les études avec une prédominance féminine). Moins de 10 % des adolescents déclarent avoir consulté un psychologue ou un psychiatre en France. (Ce n’est pas assez. La consultation psychothérapeutique ou psychiatrique devrait être plus fréquente.)

En France, le suicide est la 2e cause de mortalité chez les jeunes[6]. Près de 7,8 % des 15 000 ados de 13 à 18 ans interrogés en 2013 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) indiquaient avoir déjà tenté de se suicider, contre 6,5 % en 1993.

  • Le 3e rapport de l’Observatoire nationale du suicide relève « le possible impact de la dépénalisation de la mort volontaire assistée sur la perception du suicide dans les pays concernés mérite d’être étudié, surtout lorsqu’elle est appelée « suicide médicalement assisté ». Des travaux de recherche permettraient ainsi d’évaluer les répercussions de l’autorisation de la mort volontaire assistée sur le nombre de suicides dans les pays qui l’ont mis en œuvre. »

Plus généralement, comment pourrions-nous nous positionner sur cette question du « droit à mourir dans la dignité » ? Il m’apparaît que ce serait un progrès. D’autant que la désacralisation du geste par sa médicalisation réduirait vraisemblablement les taux de suicide.

Etape 2 : Alliance Education-Santé : Repérer ceux qui vont mal

  • Mieux orienter les jeunes vers les systèmes de soin: utilisation d’auto-questionnaires à diffuser dans les établissements, à former des personnes « sentinelles », notamment parmi le personnel scolaire, capables d’identifier les jeunes à risque.
  • Aide à la parentalité. En lien avec les municipalités, développer des programmes d’aide à la parentalité, recueil de bonnes pratiques, plateformes d’échanges et d’informations sur l’éducation des enfants et les risques auxquels ils sont exposés (harcèlement, comportements à risques, toxicomanie).
  • Lutter contre les inégalités territoriales en matière d’accès aux soins de santé mentale : des programmes innovants ont été lancés en Finlande qui mettent à la disposition des personnes une aide psychologique via des vidéos pour aider les médecins généralistes.

A reprendre et à valoriser : le dispositif Ecout’Emoi est une expérimentation portée par la Direction Générale de la Santé (DGS), la Fédération Française de psychiatrie (FFP), la Direction Générale de l’Enseignement scolaire (DGESCO) et la Direction Générale de l’Enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle Elle a pour objectif principal de mieux repérer des jeunes présentant des signes de souffrance psychique et de leur proposer une prise en charge adaptée et facilitée. Le dispositif prévoit une consultation médicale d’évaluation et la prescription d’un forfait de prise en charge auprès d’un psychologue libéral (sur la base d’un forfait de 12 séances pour le jeune et/ou les titulaires de l’autorité parentale). Le renforcement de la formation en santé mentale, pour les professionnels, et l’inclusion dans un parcours de soins, pour les jeunes, sont coordonnés par les Maisons des Adolescents (MDA) de chaque territoire concerné[7].

Etape 3 : Développer un nouveau langage

  • Briser le tabou du « psy » et des questions de santé mentale. Il n’y a pas de honte à se sentir angoissé ou déprimé : lancer une campagne de communication massive sur le registre de la santé mentale positive et l’accès au bien-être pour tous à destination des jeunes. Cette campagne ambitionne d’améliorer la réactivité et la bienveillance des élèves face à leur propre souffrance ou à celle de leurs camarades et à renforcer leur disposition à en référer à des adultes (comme le relève le 3e rapport de l’Observatoire nationale du suicide)

Exemple : En Irlande du Nord, le programme « Express Yourself » pour les jeunes âgés de 14 à 18 ans permet à des professionnels de la santé mentale et du bien-être de dispenser des formations dans les établissements scolaires. Les participants reçoivent une certification de premiers secours en santé mentale. Cette approche vise à permettre aux enseignants et également aux élèves de devenir des « Défenseurs de la santé mentale » dans leur école en mettant en pratique ce qu’ils ont appris à l’école.[8]

  • Développement d’approches spécifiques par le biais d’applications connectées. Idée d’adapter les moyens de communication et de les rendre le plus accessibles et parlant possibles aux jeunes.

Etape 4 : La nécessité d’un nouvel effort public pour la santé mentale des jeunes

La jeunesse doit être une priorité politique.

  • Développement du Pass Santé Jeunes suggéré dans le rapport de la « Mission Bien-être et santé » à l’échelle nationale. En faire une appli. Les établissement scolaires pourront en faire la promotion. (Aujourd’hui ce pass est développé par les ARS dans certaines régions uniquement. Il est méconnu.).
  • Suggéré dans le rapport de la « Mission Bien-être et santé » un Institut National pour la Santé des Jeunes. Objectif : favoriser la coordination des travaux dans tous les champs qui traitent de la santé des jeunes et accroître les compétences de tous ceux dont l’action contribue au bien-être et à la santé des jeunes.
  • Dispositif d’écoute: création de permanences téléphoniques à destination des adolescents et jeunes adultes en difficultés psychologiques
  • Augmentation des ressources pour la psychiatrie des enfants et des adolescents.
Par Charlotte Rault, conseillère municipale et adhérente #TdP

Rapport public [2] : « Mission bien-être et santé des jeunes » remis en 2016. Auteurs : Marie-Rose Moro et Jean-Louis Brison[3]. Ils écrivent « L’éducation à la santé, les campagnes de prévention des risques, le repérage des souffrances et la mise en œuvre des soins, s’inscrivent dans le projet national de justice et d’égalité des chances porté en grande partie par l’École républicaine. Certes, quand la société est soumise au chômage de masse, la réussite scolaire se mesure d’abord à l’aune de l’insertion professionnelle. Pour autant, est-ce à dire que le plein emploi serait la garantie de la réussite de tous ? Ne fait-on pas injure à la jeunesse elle-même en la réduisant au seul statut d’acteur économique dans un avenir complexe et incertain ? »

[1] https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/094000427.pdf, Chapitre 2 « Qualité de vie », 2009.

[2] https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/164000747.pdf

[3] https://www.vie-publique.fr/rapport/36127-mission-bien-etre-et-sante-des-jeunes#:~:text=Jean%2DLouis%20Brison%2C%20destinataires%20de,am%C3%A9liorer%20les%20prises%20en%20charge.

[4] European Network of Ombudspersons for Children (ENOC), Rapport de synthèse, « La santé mentale des enfants et des adolescents en Europe », 2018. https://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/rapport-enoc-fr-num-28.09.18.pdf

[5] Observatoire nationale du suicide, 3e rapport, https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/ons3.pdf

[6] https://www.lepoint.fr/societe/suicide-il-y-a-de-plus-en-plus-de-jeunes-en-detresse-10-09-2019-2334729_23.php

[7] Ile de France, Agence régionale de santé, Description du dispositif Ecout’Emoi, https://www.iledefrance.ars.sante.fr/jeunes-en-souffrance-psychique-lancement-de-lexperimentation-ecoutemoi-en-ile-de-france

[8] European Network of Ombudspersons for Children (ENOC), Rapport de synthèse, « La santé mentale des enfants et des adolescents en Europe », 2018.

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