Avant-propos |

Le mouvement politique Territoires de Progrès, parrainé par Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères et Olivier Dussopt, ministre délégué aux Comptes publics, s’est constitué à Pantin le 1er février 2020.

C’est un Mouvement politique indépendant, largement ouvert à toutes les générations qui se retrouvent dans la clarification et la cohérence politique qu’il revendique à gauche, et qui s’inscrit dans la filiation de la social-démocratie européenne et dans celle de la gauche de gouvernement française.

Nous voulons offrir à l’électorat de gauche qui a permis l’élection d’Emmanuel Macron, une représentation distincte des autres formations de la majorité susceptible de peser sur les orientations gouvernementales futures.  

Territoires de Progrès veut incarner une Gauche de proposition et d’action et faire entendre une voix constructive, indépendante et exigeante, au service de l’intérêt du pays plutôt que d’intérêts d’appareils.

Né dans les territoires, enraciné dans les collectivités locales, il milite pour un rééquilibrage des pouvoirs et une décentralisation approfondie et clarifiée sur la base des principes de subsidiarité, de spécialisation des compétences et des moyens, et de responsabilité politique assumée, dans le respect des compétences législatives et régaliennes de l’Etat.

Il considère que la démocratie locale et l’exercice des pouvoirs locaux, peuvent constituer un modèle de référence pour un exercice démocratique apaisé et collaboratif sur l’essentiel au-delà des sensibilités partisanes. Rien, hormis des calculs d’ambitions et des postures politiques, ne justifie que des républicains d’horizons divers qui gèrent ensemble des Territoires ne puissent s’accorder à gérer le pays sur des contrats de gouvernement clairs et transparents.

L’engagement dans Territoires de Progrès est compatible avec d’autres apparentements politiques ou associatifs, à condition d’adhérer aux valeurs républicaines, démocratiques, sociales et européennes exprimées dans son Manifeste fondateur.

Territoire de Progrès défend un projet de société, libre mais plus participative et plus respectueuse du « vivre ensemble », diverse mais plus juste, correctrice des inégalités de cadre de vie mais porteuse de droits et de devoirs individuels, dotée de protections universelles contre les aléas de la vie, inclusive de toutes les composantes de la société française, favorable à la protection des grands équilibres écologiques et climatiques.

Notre positionnement politique général

Faire face au national-populisme à l’extérieur et à l’intérieur du pays.

Territoires de Progrès souhaite répondre à la profonde défiance populaire qui s’exprime à l’encontre de la démocratie représentative, de ses institutions et des partis politiques.

Le développement de l’Internet et des réseaux sociaux a certes spectaculairement démocratisé l’accès à l’information, mais a également déverticalisé et désintermédié la vie politique aux dépens des fonctions d’encadrement traditionnelles des partis et des corps intermédiaires. Cette « ubérisation » de la politique se prête à de dangereuses manipulations de l’information, à la diffusion de désinformations complotistes, ainsi qu’à des visées déstabilisatrices intérieures ou extérieures redoutables.    

Territoires de Progrès observe que ce progrès technologique coïncide avec la banalisation des idées nationales-populistes et la montée de radicalités politiques violentes qui ne cessent de progresser dans les esprits et de se manifester.

Mais l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes peut être également analysée comme la révolte d’une France périphérique négligée de longue date par les politiques, les élites et les classes supérieures plus à l’aise dans  mondialisation. Elle signe le retour fracassant et intempestif dans l’espace public de classes populaires oubliées et en mal de représentation politique ainsi que leur instrumentalisation par des minorités activistes radicales et violentes.

En ce moment d’érosion du pacte civique et républicain et de rupture de consensus démocratique, nous ne voulons pas nous tromper d’adversaire et faire du Président de la République le bouc émissaire d’une crise politique profonde et ancienne.

Assumer le réformisme social et la culture de gouvernement de la Gauche.

Nous observons que la gauche de gouvernement refuse de procéder à l’analyse de son naufrage de 2017 et opère tout au plus une conversion écologiste qui ne se distingue pas de l’offre politique des Verts, et la voue à une inéluctable perte d’influence nationale.

Sa stratégie de survie, le repli protestataire ne peut constituer l’horizon de la gauche de gouvernement.

Un parti de gouvernement dans un pays comme la France doit savoir proposer et se confronter aux problématiques économiques, sociales, éducatives, scientifiques, culturelles, territoriales, démocratiques, sécuritaires, européennes et internationales.

Moderniser la social-démocratie par un réformisme écologique.

Nous voulons participer à l’édification d’une République apaisée, inclusive et écologiquement exemplaire, représenter une gauche ouverte aux aspirations et aux réalités de son temps, sans déni ni double discours, sans tabou ni complexe, départie de tout aveuglement ou enfermement sectaire ou dogmatique. Nous militons pour une conciliation de l’économie qui assure la préservation de notre niveau de vie et la solvabilité de notre modèle social, du social qui est au cœur de la dignité humaine, de la quête d’égalité qui fonde le pacte républicain, et de l’écologie qui constitue l’un des plus grands défis du XXIè siècle !

Mais nous privilégions un réformisme écologique associant les partenaires sociaux à travers le CESE et les CESER, et une écologie d’innovations technologiques et d’accompagnement social sur une écologie de rupture porteuse de déclassement national et de chômage de masse.

Nous nous situons dans la filiation assumée de la social-démocratie avec la volonté de l’adapter à un social-réformisme de notre époque.

Une République plus démocratique et plus inclusive

Pour Territoires de Progrès, la défiance à l’égard du politique ainsi que la gravité des menaces qui pèsent sur les fondements de notre République et de notre démocratie, nécessitent un ressaisissement républicain vigoureux, une réforme des institutions et un réinvestissement territorial de l’Etat, garant de l’unité de la nation, de l’exercice universel des fonctions régaliennes au service de tous les Français, et de la présence territoriale équitable des grands services publics.

Pour retrouver le consensus républicain, il faut notamment investir dans l’école et préserver la laïcité.

Pour une meilleure égalité en matière d’accès à l’éducation, et une modernisation de l’école, nous pensons que de nouvelles formations sont nécessaires pour les enseignants, en s’inspirant de modèles qui ont fait leur preuve, dans des pays du Nord de l’Europe.

Mais pour rétablir fermement nos principes républicains, nous devons être clairs sur la laïcité, qui doit être réaffirmée, comme doivent l’être la loi, et l’état de droit. En parallèle, nous devons réformer la justice pour qu’elle soit plus réactive, et plus largement garantir la justice sociale, le refus des discriminations, le respect de la dignité humaine. Nous pensons indispensable la reconnaissance pleine et entière du syndicalisme pour entretenir un dialogue social à tous niveaux. Enfin nous devons mieux réguler les réseaux sociaux.

Nous militons pour une restauration de l’autorité publique par une augmentation des moyens de la justice, une exécution et une diversification des sanctions dans un souci de lutte contre la récidive et d’augmentation des chances de  réinsertion. 

Nos institutions doivent être modernisées.

Nous faisons le constat que la Vè République est fatiguée, et proposons de réformer nos institutions, pour rompre avec le régime hyper présidentiel de fait, et redonner un réel pouvoir au Parlement. Notre mouvement prône une décentralisation plus audacieuse qui sera capable de rapprocher l’action publique des citoyens.

Nous croyons  que la participation citoyenne doit être un enrichissement pour la démocratie représentative, plutôt qu’une fragmentation du principe démocratique, et nous prônons l’instauration du  vote obligatoire, et de procédures de votations encadrées selon le principe de subsidiarité.

La République doit assurer une plus grande égalité d’accès à la  qualité de vie dans les territoires.  

Cela implique de reconquérir nos quartiers d’habitat social. Nous devons permettre le retour de la République sur ces « territoires perdus de la République », à commencer par un retour de la tranquillité publique, de l’école et de conditions décentes de logement. Cela suppose de restaurer un sentiment de justice et un climat de respect à l’égard des populations de toutes origines, ainsi que des forces de police de proximité formées.

Si 5% des ruraux ne désirent pas quitter leur lieux de résidence , ils déplorent un déclin économique des petites villes et des villes moyennes et manifestent très majoritairement un sentiment d’abandon qui vise très précisément l’Etat.

Nous considérons que les politiques de développement local doivent procéder de la mobilisation des énergies et des initiatives individuelles avec le concours des collectivités locales, mais il appartient à l’Etat de revenir sur ses territoires en garantissant une proximité de  ses services publics administratifs à travers le réseau des sous-préfectures, un accès aux soins de proximité et des infrastructures et services ferroviaires de qualité susceptibles de désenclaver les territoires et de se substituer à l’automobile sur les grands axes.

Nous proposons de renforcer la présence territoriale de l’État des grands services publics et des réseaux d’infrastructures nationaux.

Nous soutenons une meilleure coordination de l’action territoriale de l’Etat autour de Préfets aux pouvoirs renforcés qui répondront directement au Premier ministre et à chacun des ministres des résultats obtenus dans les politiques prioritaires du gouvernement, mais aussi à un maintien des sous-préfectures et un réinvestissement de leurs services.

Enfin nous misons sur une meilleure attention aux villes moyennes et aux petites villes, qui pourraient correspondre aux nouvelles aspirations à une vie plus apaisée chez les jeunes générations, pourvu que toutes les conditions de l’attractivité soient réunies, notamment dans les domaines économique et culturel.

Le choix du réformisme écologique plutôt que la rupture autoritaire : agir local et agir global !

Territoires de Progrès se retrouve pleinement dans l’impératif écologique, ses enjeux vitaux pour l’humanité, et la critique fondamentale des excès du productivisme et du consumérisme. Notre vision de cet impératif écologique est qu’il doit devenir un humanisme, un but universaliste et global, porteur d’espoir et de bien-être.

Nous voulons intégrer cet impératif dans un projet de société réaliste, non régressif, mais plus égalitaire, dans un monde de blocs et de nations concurrentes, condition de la pérennisation de notre modèle social et de nos marges d’indépendance nationale.

Territoires de Progrès considère que ce défi doit être relevé « par les deux bouts » : local et international.

Nous croyons aux progrès de la science et de la technologie pour faire face aux grands défis technologiques.

Les transitions écologiques, énergétiques et climatiques exigent une prise de conscience et des incitations de nature comportementale afin de faire émerger un civisme écologique. Ce dernier est d’ores et déjà en germe au sein des jeunes générations des pays riches.

Pour autant la nature planétaire de l’enjeu écologique comme la nécessité de préserver nos libertés individuelles ne garantissent pas une unanimité politique des gouvernements, pas plus que des comportements adaptés aux niveaux de développement et aux besoins des peuples.

Nous pensons que l’intelligence humaine et les progrès de la science doivent être mobilisés pour trouver des solutions universelles de rupture technologique à nos objectifs et nécessités écologiques.  

Mobiliser l’intelligence et la diversité locales.

Nous croyons en l’éducation, la science, la contribution de la technologie et de l’innovation. C’est pourquoi nous proposons des mesures (comme des contrats territoriaux de développement écologique et climatique), pour mobiliser l’intelligence et la diversité locales autour des sujets d’intérêt locaux et de conversion écologique et énergétique.

Placer la France à l’avant-garde des nations en matière de sauvegarde de la planète.

Nous proposons la constitution d’une Organisation Mondiale de l’Environnement au sein de l’ONU (avec prérogatives normatives et procédures contentieuses).

Nous proposons aussi que les organismes internationaux comme le FMI, la Banque Mondiale, ou tous autres organismes d’aide au développement, conditionnent systématiquement des objectifs écologiques à leurs interventions. Dans l’attente d’un accord international en ce sens, la France doit en porter l’exigence au sein de l’Union Européenne qui a vocation à constituer l’avant-garde mondiale de l’enjeu écologique et climatique.

Nous assumons de choisir nos batailles prioritaires en matière d’écologie.

Les efforts essentiels doivent porter sur la conversion énergétique, la préservation de la biodiversité, la lutte contre les pollutions de l’air, de l’eau et des sols, sur la réservation de la santé humaine, (notamment à travers l’alimentation, la pratique sportive) et sur le bien-être animal. Pour la conversion énergétique la priorité est l’abandon progressif des énergies fossiles et la maîtrise des consommations énergétiques ce qui suppose une large refonte des aides pour les entreprises, pour les ménages, dans les territoires ruraux comme dans les territoires urbains. Le développement des énergies renouvelables en constitue un enjeu essentiel qui doit être mis en œuvre sur un mode décentralisé de « circuit court énergétique ».

Parce que nous croyons que l’urgence est de diminuer rapidement les gaz à effet de serre, son calendrier doit primer sur celui de la sortie du nucléaire.

Pour ce faire nous pensons qu’il faut régionaliser certaines politiques en matière d’énergie renouvelables, de biodiversité, de protection des sites naturels ; qu’il faut donner des pouvoirs réglementaires et de police à des collectivités locales ; qu’il est nécessaire d’impliquer les corps intermédiaires, en utilisant les CESE et les CESER comme lieu de débat sur ces politiques.

Une économie de l’avenir, forte de son respect des exigences sociales et environnementales

Refusant la spécialisation politique implicite qui a longtemps enfermé la gauche dans le social laissant l’économie à la droite, nous considérons que l’économie est la condition première de notre indépendance et du financement de notre modèle social. Cependant nous sommes favorables à une économie sociale de marché, à la fois suffisamment libre et flexible pour rester créative et attractive, mais suffisamment encadrée par l’Etat et les conventions internationales pour être mise au service de finalités sociales et collectives.

Réaffirmer le rôle de stratège économique et scientifique de l’Etat.

Nous considérons nécessaire d’affirmer le rôle de stratège économique de l’Etat et d’inscrire ce rôle dans son budget, et dans la discussion budgétaire parlementaire, pour muscler l’économie française à une triple fin : engager une réindustrialisation stratégique nationale et européenne, garantir la solvabilité et la transmission de notre modèle social exemplaire mais qui nécessite d’importantes recettes, et mieux aligner les économies françaises et allemandes.

Poursuivre les réformes structurelles en y intégrant la dimension environnementale.

Pour accéder à une nouvelle économie, nous sommes favorables à des réformes structurelles de l’économie française en y introduisant la dimension environnementale : la crise sanitaire qui nous frappe empêche d’accorder une priorité aux politiques de l’offre engagées sous la mandature de
François Hollande, et approfondies depuis 2017. Elle oblige à en passer par une politique conjoncturelle de relance, pour laquelle nous proposons des mesures complémentaires au plan de relance, pour soutenir la demande tout en poursuivant la transition écologique. Mais au-delà de ces impératifs, Territoires de Progrès poursuit l’objectif fondamental d’accéder à une nouvelle économie, plus respectueuse du travail et de l’environnement dont la France pourrait être un des fers de lance à l’échelle européenne et internationale.

Impliquer les partenaires sociaux et la négociation sociale dans la transition écologique

Territoires de Progrès ambitionne de développer et moderniser la négociation sociale : nous situons clairement notre approche de l’économie dans la tradition sociale-démocrate, de compromis négociés entre patrons et salariés, au service du progrès social et du bien commun. Faute de compromis, nous restons attachés au recours par défaut à un Etat arbitre, et à un Etat législateur si nécessaire.

Le travail se métamorphose, mais nous croyons qu’il restera un vecteur privilégié de socialisation humaine. Nous voulons favoriser le retour de l’ascenseur social par une plus grande valorisation du mérite individuel et de l’utilité sociale des métiers par rapport aux statuts et aux diplômes. Nous aspirons à renforcer les reconversions professionnelles des travailleurs des secteurs privés les plus exposés aux aléas de la concurrence et du chômage technologique.

 Pour faire face à la crise économique et sociale consécutive à la crise sanitaire, nous en appelons à un programme national de sortie de crise négocié avec les partenaires sociaux pour redresser l’économie, lutter contre le chômage et doter notre pays d’un nouveau pacte social et politique intégrant l’impératif écologique et les nouvelles donnes économiques européennes et internationales.

Nous proposons d’associer systématiquement les partenaires sociaux à la définition et au suivi des politiques écologiques et de transition énergétique en en confiant la responsabilité au CESE et aux CESER.

L’égalité des chances et la qualité de vie pour tous au cœur de notre modèle social

Pour Territoires de Progrès, la question sociale est composée de la réduction des inégalités, de la promotion de l’autonomie personnelle, de l’émancipation, et de la lutte contre toutes les discriminations.

Nous voulons restaurer les valeurs d’effort et de sélection des talents mais aussi, de dignité et de valorisation de tous les métiers ; d’ascension sociale par le mérite, ce qui a inspiré et guidé les premiers républicains ; enfin de solidarité pour les plus vulnérables.

La protection sociale est une exigence de cohésion nationale.

Nous militons pour une protection professionnelle universelle (PPU), accessible de la même façon à tous les actifs, et pour que chaque citoyen puisse commencer à accumuler des droits dès la première heure travaillée. Nous sommes attentifs aux populations les plus fragiles, à la jeunesse, à nos aînés.

 Nous proposons la mise en place d’une allocation jeunes dès 18 ans sous conditions d’obligation alimentaire des parents à proportion de l’aisance économique des familles. Nous sommes plus que jamais attentifs à l’adaptation de notre société au vieillissement, qui impacte tous ses segments de la société. Nous devons penser cette adaptation dans toutes ses dimensions afin de rendre la société plus humaine et plus inclusive à l’égard de nos aînés comme de nos jeunes.

Il faut garantir la soutenabilité de notre système de santé.

Nous proposons diverses mesures pour garantir la soutenabilité de notre système de santé, globalement performant, mais qui manifeste des carences importantes. Nous militons pour une meilleure couverture territoriale avec des réseaux de médecine générale, des dispensaires médicaux dans les zones carentielles en médecins, pour favoriser la fin de vie à domicile, pour développer la télémédecine sur l’ensemble du territoire, pour réévaluer le salaire de nos professionnels de santé, revaloriser la médecine générale dans nos Universités et CHU, créer des passerelles de promotion professionnelle. et développer des efforts massifs de prévention des maladies.

Mieux former aux métiers pour sortir de la fatalité française du chômage de masse.

Nous ne pensons pas que la gauche a épuisé toutes les solutions pour combattre et vaincre les inégalités de destin et de conditions. Nous croyons que la compétence est la première protection contre le chômage. Nous pensons que le levier de la formation doit être réinvesti. C’est pourquoi nous sommes favorables à un pilotage par les régions des questions de formation avec un dialogue quadripartite (État/Région/partenaires sociaux salariés et employeurs).

S’adapter au contexte du travail post COVID-19.

La crise de la Covid-19 aura des effets dramatiques et différenciés sur l’emploi, accentuant les inégalités. Il faut s’y adapter. L’emploi et le maintien du pouvoir d’achat constituent une préoccupation prioritaire et les réponses apportées un marqueur de notre ambition sociale réformiste, tant sur leur contenu que sur leur élaboration, en y associant étroitement les partenaires sociaux.

Il faut notamment prendre en compte les enjeux sociaux et économiques du télétravail (5 millions de télétravailleurs sur le territoire) et accompagner cette évolution, bien que nous ne soyons pas favorables à la généralisation du télétravail en alternant, par exemple, journées de télétravail et journées au bureau.

Construire une société de respect : combattre toutes les discriminations, retrouver une dignité de l’asile, faciliter l’autonomie de notre jeunesse

L’égalité homme-femmes reste l’une des discriminations les plus fréquentes et le genre peut faire perdre des chances. Nous pensons que le combat universel pour l’émancipation et la protection des femmes contre toutes les formes d’agression est à la fois un devoir éducatif et moral, mais aussi un enjeu démographique de tout premier ordre pour l’avenir de la planète, dont l’amélioration de la condition féminine constitue une clef majeure.

Nous souhaitons améliorer l’égalité homme-femme en matière d’accès à l’emploi, de salaires, d’équilibre des charges de parentalité, par le développement d’accompagnements sociaux. Cela passe par l’augmentation des places de crèches mais également par les aides à la prise en charge de certains types de handicaps. Nous sommes favorables à l’augmentation de la durée du congé de parentalité au bénéfice du conjoint.

Nous en appelons à un renforcement des préventions et à un durcissement des sanctions contre les violences et agressions sexistes.

La lutte pour les droits des femmes ne doit cependant pas cacher les autres enjeux de la lutte contre les discriminations. Aujourd’hui, dans l’entreprise, dans les administrations, dans les professions libérales, il reste trop rare que des salariés issus de minorités visibles accèdent à des postes de responsabilité. Notre conviction est que les jeunes travailleurs issus de la deuxième ou de la troisième génération de l’immigration représentent un potentiel d’expertise, d’énergie, de participation à la vie citoyenne encore largement sous-estimé. Il existe trop souvent pour eux un plafond de verre.

Nous proposons un suivi renforcé des discriminations à l’emploi en utilisant plus systématiquement des statistiques adaptées, sous le contrôle de la CNIL, et en prévoyant que les employeurs publics et privés rendent compte des progrès accomplis en ce domaine dans leur rapport social annuel.

Nous dénonçons et combattons toutes les manifestations d’intolérance, de pressions psychologiques, d’ostracisme ou de discrimination dont sont victimes des personnes en considération de leur origine, de leurs- conditions- sociales-, de leurs choix de vie ou de leurs orientations personnelles dès lors qu’elles ne nuisent pas à la tranquillité publique et n’empiètent pas sur la vie privée d’autrui.

Nous considérons la vie privée comme inviolable et en appelons à un renforcement des préventions et des sanctions publiques contre toutes les formes d’atteinte à la vie privée et à la dignité des personnes, y compris en matière judiciaire et carcérale.

Nous soutenons les droits des personnes lesbiennes, gay, bi- ou transsexuelles, notamment, à être reconnues comme des sujets de droit à part entière, respectées dans leurs différences et protégées de tout ostracisme. Nous nous associons à leurs revendications de prise en compte et de normalisation juridique de leurs différences.

Si l’État doit être strictement laïque, c’est-à-dire ne reconnaître ou ne privilégier aucun culte particulier, il doit garantir la liberté de conscience et d’opinion, y compris religieuse, laquelle ne va pas sans la liberté d’expression.

Sur ce terrain complexe, nous pensons qu’il faut avancer sans naïveté, en interdisant et réprimant les visées et manœuvres séparatistes contre notre modèle républicain, mais en acceptant la diversité des croyances et des héritages et habitus culturels librement consentis.

Dès lors qu’elles n’empiètent pas sur la liberté des autres citoyens et ne manifestent aucun prosélytisme contraire aux principes républicains, des pratiques diverses sont acceptables, qu’elles soient alimentaires, vestimentaires, corporelles ou sociales.

L’État doit faire en sorte qu’elles puissent coexister librement dans l’espace public. Pour autant, des règles particulières s’imposent aux agents publics dans l’exercice de leurs fonctions, garantissant la neutralité effective des services de l’État et des collectivités territoriales.

Retrouver la dignité de l’asile.

Dans le grand maelström de la mondialisation et de la construction européenne, mais aussi des inégalités locales et des répressions politiques, l’accélération prodigieuse des facilités de déplacement et l’ouverture des frontières ont accentué les pressions migratoires sur les pays stables, démocratiques et prospères comme le nôtre.

Michel Rocard avertissait : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. ». Il précisait : la France devait aussi au choix «prendre sa part» ou «s’y efforcer».

Force est de constater que notre relative générosité d’accueil ne s’est pas traduite par une intégration sans difficultés de ces populations, qui sont victimes de discriminations de tous ordres.

Les mouvements nationalistes et populistes y ont trouvé l’aubaine politique de jeter de l’huile sur le feu en faisant de l’immigration un marqueur politique qui trouve un large écho électoral.

Pour autant nous pensons que la France a le devoir de permettre l’intégration républicaine des populations issues de l’immigration qui vivent sur son sol.

Faciliter l’autonomie de notre jeunesse.

Il n’est pas suffisant d’éviter toute discrimination, il faut aussi que notre pays sache offrir des opportunités afin que chacun puisse aller jusqu’au bout de ses possibilités et contribuer à la vie sociale.

Nous voulons d’abord nous adresser à la jeunesse. Une éducation d’excellent niveau est la première des opportunités que la société doit offrir à nos jeunes, mais ce n’est pas la seule.

Beaucoup de jeunes ne profitent pas pleinement des possibilités que leur fournit leur première éducation, pour des raisons diverses, familiales ou liées à leur environnement. À ceux-là, nous pensons que la société doit offrir une deuxième chance éducative.

Relancer la France est un objectif qui ne peut se mettre en marche que par l’énergie de sa jeunesse ! Frappée par une crise d’une ampleur inédite, celle-ci ne doit pas être sacrifiée, ni la fracture générationnelle s’installer profondément.

Alors que plus de 700 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, la précarité et le chômage ne sauraient constituer leur seule perspective d’avenir.

Grâce à un plan de relance massif de 100 milliards d’euros, le gouvernement agit pour protéger les jeunes et préparer l’avenir : aides à l’insertion professionnelle, à la formation et à l’apprentissage ; soutien à la transition écologique et à la relocalisation industrielle dans les secteurs stratégiques. Ce sont près de 7 milliards d’euros qui seront spécifiquement investis dans notre jeunesse, avec notamment le plan « 1 jeune, 1 solution ». Nous appelons au lancement d’une grande Convention citoyenne pour la jeunesse, composée de jeunes citoyens tirés au sort, issus de tous horizons, sur le modèle de la récente Convention citoyenne pour le climat qui a porté ses fruits.

Pour relever les défis de la décennie qui s’ouvre, la mobilisation de chacun est primordiale. Plus que jamais, nous souhaitons voir l’engagement de la jeunesse encouragé et valorisé. Cette « Assemblée du Futur » devrait se déployer dans tous les territoires de France, ultramarine et métropolitaine, à travers, par exemple, des conventions régionales pour la jeunesse.

Pour inclure les jeunes durablement dans la relance du pays et la construction de la société de demain, cette Convention citoyenne serait consultée sur l’ensemble des sujets qui concernent la jeunesse, dans une démarche de démocratie délibérative, innovante et moderne. Nous souhaitons que le gouvernement lui soumette certains choix politiques structurants, comme la mise en place d’un revenu jeunes garanti, sous condition d’obligation alimentaire des parents.

La Pax Europeana : un engagement d’identité et d’indépendance

La construction européenne a constitué pour les peuples européens et pour le monde un formidable espoir de liberté, de paix, de prospérité économique, de protection sociale et de démocratie. La monnaie unique nous a assuré un niveau de vie privilégié. Mais aujourd’hui elle est fragilisée.

Territoires de Progrès se situe clairement dans la ligne pro-européenne de l’héritage politique légué par François Mitterrand et Jacques Delors. Nous considérons que nous sommes européens au même titre que français, et que notre identité nationale se nourrit de notre condition d’Européen. Il nous apparait nécessaire de faire cohabiter cette double appartenance dans les esprits et dans les actes, cette double appartenance auprès des jeunes générations.

Nous pensons nécessaire d’assumer le bilan de la construction européenne. Au plan politique d’abord, l’argument de la paix n’est ni négligeable, ni passéiste tellement elle reste fragile, mais il a considérablement perdu de sa force évocatrice pour les jeunes générations. Au plan écologique, l’Europe a été et reste le moteur principal de la production législative protectrice de l’environnement. Au plan social, elle présente probablement le bilan le plus gratifiant dont puisse se prévaloir un tel ensemble de peuples. Au plan économique, elle a assuré, une paix monétaire et un niveau de vie que la plupart de ses Etats membres n’auraient pu garantir à leur peuple face aux bouleversements de la mondialisation, et dans l’amortissement des crises de 2008 et de 2020.  Mais elle n’a pu éviter un creusement des inégalités et des divergences économiques entre Etats-membres.

Pour autant, l’Europe est aujourd’hui confrontée à de nouvelles menaces, à la défiance des peuples européens, et à de nouveaux défis qui nécessitent une réorientation vigoureuse de sa construction.

Plus que jamais, face à la crise climatique face à la mondialisation et à ses menaces économiques et sociales, étatiques et oligopolistiques, aux nouveaux risques politiques et sécuritaires qui se font jour, l’Europe constitue le niveau de réponse et de protection approprié.

Nous pensons que la poursuite et l’approfondissement de la construction européenne constituent, avec la transition écologique, l’une des grandes responsabilités politiques de notre génération, dont nous sommes débiteurs devant les générations futures.

Nous défendons :  une vraie souveraineté européenne dans le cadre des traités actuels, des solidarités budgétaires et fiscales,  une Europe des choix industriels plutôt qu’une Europe des appels d’offres, une Europe des convergences sociales, une Europe qui protège dans un monde dangereux, ainsi que la nécessité d’investir dans la jeunesse européenne.

Document par Gilles Savary et Hélène Roques, déléguée aux questions sociétales & déléguée de Paris

 Vous avez des remarques ? Ecrivez-nous via IdeesTdP@territoiresdeprogres.com ou dans les commentaires !

Présentation “Orientations politiques” par Gilles Savary et Hélène Roques | Samedi 19 septembre, Loft Gambetta, Paris

4 réponses
  1. Jean louis Wathy
    Jean louis Wathy dit :

    Je suis sensible à tous les thèmes développés dans la plate-forme, je retrouve les valeurs qui m’ont incité à m’engager au sein du PS et à soutenir la ligne portée par Michel Rocard, Jacques Delors et leurs descendants…
    Mon engagement est associatif, à ce titre je me permets de vous suggérer quelques ajouts dans les thématiques développées
    Dirigeant au sein d’une organisation qui lutte contre l’isolement des âgés, les Petits Frères des Pauvres, je peux témoigner que l’isolement social est une question majeure pour notre société. Elle concerne les plus âgés mais également toutes les générations. Ce thème n’apparaît pas dans le texte de la plate-forme. Lors du confinement nous avons agi avec la mobilisation Monalisa sur le sujet qui a été inscrit dans le rapport Guedj demandé par Olivier Véran. Nous espérons que des moyens seront proposés dans la loi grand âge autonomie qui est pour nous une loi majeure, très attendue, à plus d’un titre, depuis près de 20 ans et jamais aboutie. Elle le sera !
    Ce thème sur l’isolement social se conjugue avec celui de l’engagement citoyen. Il croise les questions sur les territoires qui sont bien les niveaux où l’engagement doit se mettre en action. Il croise celui sur la jeunesse ou les projets sur le SNU étaient prometteurs quoique à revoir dans leur mise en œuvre… Il faudrait y ajouter des points sur le service civique et les formes de volontariat européen notamment. Il serait aussi possible de joindre des questions sur l’emploi des seniors et l’attention à la fin des vies professionnelles avec le mécénat de compétence. Outre un outil qui permet de bien terminer une carrière il encourage l’engagement à l’heure de la retraite…
    Avec l’engagement la thématique de la participation pourrait être développée. Nous sommes étonné de voir à quel point les concertations sur les territoires et au sein des établissements avec les CVS sont mal vécues… Un vrai travail sur la participation pourrait être facteur de renouveau démocratique.
    La convention sur le climat fut à mon sens une réussite et pourrait inspirer des modes de travail au sein des territoires. Dans ces essais avec l’ensemble du mouvement associatif nous proposons de permettre à toutes les “catégories” de population de pouvoir participer… Deux personnes que notre association accompagne ont participé à la convention sur le climat, leur témoignage est très fort. Les travaux menés avec ATD et Oxford University par une méthode de croisement des savoirs a produit un rapport présenté en mai 19 à l’OCDE. Ce travail est passionnant, il pourrait inspirer de nouvelles méthodes de participation et d’implication des citoyens.
    Ces thématiques isolement et lien social participation des citoyens, attention à tous y compris les plus exclus sont bien pour moi dans l’adn d’une “refondation” de la social démocratie. Je trouvais d’ailleurs dans les grands discours d’Emmanuelle Macron ces thématiques esquissées. Je ne les retrouve pas dans ce texte de plate forme.
    Avec la mobilisation Monalisa nous avons rencontré cette semaine Brigitte Bourguignon qui a été très attentive, intéressée mais qui semblait découvrir le sujet de l’isolement social qui a conduit ces dernières années à la rédactions de plusieurs rapports.
    Je ne sais pas bien comment s’organise la poursuite du travail pour l’enrichissement des questions, n’hésitez pas à me contacter si je peux être utile !
    Merci encore pour ce texte et pour les discours du jour je n’ai pu entendre que celui de Jean Yves le Drian, j’y ai retrouvé un élan dans le sens des principes et des valeurs qui animent mon engagement Merci !

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