Il est de bon ton de dire qu’élu par la gauche, Emmanuel Macron aurait ensuite glissé vers la droite, que de ministre d’un gouvernement de gauche de François Hollande, il serait devenu un président de droite. En témoigne, notamment, l’évolution des socialistes qui ont été plusieurs à le soutenir en 2017 et qui le dénoncent aujourd’hui de manière quasi unanime comme un libéral, ce qui veut dire, dans la terminologie politique française de gauche, un homme de droite. Son électorat aurait aussi mué, les électeurs socialistes de 2017 ayant été remplacés par des électeurs de droite.

Un sondage IFOP, paru dans le numéro du Journal du dimanche (JDDdu 6 septembre, confirmerait cette évolution. En effet, sur un axe allant de 0 (extrême gauche) à 10 (extrême droite), Emmanuel Macron est jugé à droite (7 à 10) par 43 % des Français, au centre (4 à 6) par 32 % et à gauche (0 à 3) par 16 % d’entre eux. Ce sondage confirmerait donc le glissement à droite d’Emmanuel Macron dans l’électorat.

Mais l’éclairage le plus important de ce sondage est le positionnement politique des Français eux-mêmes.

Interrogés sur leur propre positionnement, les sondés se positionnent en effet en majorité à droite (33 %) et au centre (36 %) et ne sont que 16 % à se placer à gauche.

Ce chiffre de 16 % est extrêmement bas. Très peu de Français se disent donc de gauche et très peu positionnent Emmanuel Macron à gauche. La relation entre ces deux affirmations est évidente. Certes les 16 % de Français qui se positionnent à gauche et les 16 % qui placent Emmanuel Macron à gauche ne sont probablement pas les mêmes : on peut penser que ce sont les Français les plus à droite qui placent le président à gauche et que ceux qui se positionnent à gauche le placent à droite.

Ce score de 16 % confirme que la gauche n’a pratiquement aucune chance d’être présente au second tour de l’élection présidentielle de 2022. Mais comment expliquer la faiblesse de ce score ? Tout simplement par le discours tenu par une bonne partie de la gauche, à savoir que François Hollande n’a pas mené une politique de gauche mais une politique de droite, et qu’il en est de même d’Emmanuel Macron.

Et Lionel Jospin va dans le même sens quand il dénonce la dérive libérale de François Hollande et voit en Emmanuel Macron un néolibéral, ou quand il va jusqu’à voir en Jean-Luc Mélenchon un possible candidat d’union de la gauche. Ce dernier a d’ailleurs immédiatement rappelé son respect pour Lionel Jospin.

En prétendant être la seule vraie gauche, La France insoumise et les ex-frondeurs du PS ont conduit la majorité des anciens électeurs socialistes à ne plus se définir comme de gauche mais comme du centre et à se reconnaître dans des ministres issus de la gauche, comme Jean-Yves Le Drian, Annick Girardin ou Olivier Dussopt. Finalement, Olivier Faure est réaliste quand il dit que le PS devra s’effacer devant une candidature écologiste ; il a en effet perdu ses électeurs.

Si on revient au sondage de l’IFOP pour Le JDD on constate que la moyenne du positionnement d’Emmanuel Macron par les Français est de 5,9, soit dans la fourchette du centre (4 à 6), mais proche de la droite. Les Français positionnent donc Emmanuel Macron au centre droit, ce qui correspond aussi à leur positionnement moyen.

Positionné au centre droit, aidé par les comportements suicidaires de LR et du PS, Emmanuel Macron attire donc des électeurs du centre gauche social-démocrate comme des électeurs de la droite libérale. Il lui faut tenir sur ce créneau jusqu’à 2022.

Signataires, membres du Comité Exécutif de Territoires de Progrès : Dominique Villemot, avocat, président du club de réflexions Démocratie vivante ; Jacky Bontems, président du groupe des personnalités qualifiées du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et Aude de Castet, élue locale, vice-présidents de Démocratie vivante.

Tribune originale parue dans “Le Monde”, 11 septembre 2020

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