La troisième allocution télévisée du président de la République depuis la crise du coronavirus s’est voulue humble et rassurante à la fois. Pour la première fois, elle entrouvre une perspective de sortie progressive du confinement fixée au 11 mai, à la fois lointaine mais tangible, et assortie de la montée en puissance de nouvelles mesures comme la quarantaine pour les contaminés, ou le dépistage systématique.

Initialement mis en place pour gérer en catastrophe l’adaptation de nos capacités de réanimation au flux massif de patients en détresse respiratoire, l’objectif du confinement évolue afin de ménager le temps nécessaire pour produire des masques, des réactifs de test et, si possible, des traitements efficaces.

L’enseignement majeur du coronavirus ne tient pas tant à l’insuffisance de stocks de matériels et de médicaments pour faire face à un virus inconnu, qui est loin d’avoir livré tous ses mystères, mais à notre incapacité à les produire chez nous sans s’exposer aux contingences chaotiques d’approvisionnements extérieurs en période trouble.

Les Français l’ont compris et le gouvernement aurait intérêt à faire toute la lumière, d’hier et d’aujourd’hui, sur ses déboires comme sur ses failles d’approvisionnement en masques, plutôt que de laisser à des procureurs, plus ou moins honnêtes et sincères, le soin d’en instruire un procès à charge. Nul n’est infaillible et, après tout, on se félicite plutôt d’avoir Macron aux manettes dans de telles périodes que les stars du national populisme international.

Abnégation réconfortante. Car dans notre malheur, qui est celui de la planète entière, la réaction des Français, dont on se prêtait à désespérer du sens collectif, et l’admirable abnégation dont font preuve les professionnels les plus exposés, comme celle de l’Etat en général et de l’hôpital en particulier, qui ont manifesté une capacité d’adaptation et de réaction insoupçonnable, constituent les deux grands réconforts de cette terrible épreuve.

A cette crise sanitaire va succéder une crise économique et sociale moins morbide, mais aux conséquences durablement délétères. Le Président a avoué y trouver l’occasion de profondes remises en cause collective et personnelle de notre modèle de société et de l’orientation de nos politiques publiques, et a appelé au maintien du semblant d’union nationale qui entoure la crise sanitaire.

Il est hélas peu probable qu’elle perdure, tellement de misérables haines revanchardes habitent la classe politique et syndicale à son égard, qui trouveront un terrain propice à ressurgir dans un contexte d’argent public à guichets ouverts et à alimenter une lutte des classes auto aggravante. De ce point de vue, les appels du Medef à des sacrifices unilatéraux des travailleurs pour redresser notre économie sont des plus déplacés.

Dans ces conditions, Macron ne rétablira pas le minimum d’adhésion au combat économique et social qui s’annonce sans un geste fort de justice fiscale et de contribution des mieux nantis à l’effort collectif. C’est à cette seule condition qu’à défaut d’union nationale, il trouvera des bonnes volontés de toutes parts, pour l’aider dans sa redoutable tâche.

S’il veut vraiment changer de logiciel politique, il doit commencer par là.

Gilles Savary, délégué national de “Territoires de Progrès” dans sa tribune bimensuelle dans le journal l’Opinion

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