Ces temps-ci, le pilotage gouvernemental du pays fait irrésistiblement penser à celui du camion du Salaire de la peur, chargé de nitroglycérine et prêt à exploser à la moindre faute de conduite.

Les sordides attentats islamistes qui ont endeuillé l’école publique par la décapitation de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, et ravivé du meurtre de trois innocents à Nice la terrible mémoire du carnage de la promenade des Anglais en 2016, sèment à nouveau l’effroi dans l’opinion publique française.

Sur le front sanitaire, l’intensité inattendue, partout en Europe, de la deuxième vague épidémique de Covid-19, qui contraint les gouvernements à imposer de nouvelles séquences de confinement au début de la morne saison hivernale, jette une ombre de désespoir sur la durée de l’épidémie que rien ne semble devoir démentir.

La conjonction française de ces deux crises, partagée avec l’Autriche également victime d’un attentat islamiste, ferait presque oublier les épreuves économiques, sociales et budgétaires qui nous attendent une fois que l’économie réelle nous réveillera de l’anesthésie de la monnaie hélicoptère des banques centrales.

Ces épreuves, qui paraissent paralyser et neutraliser le débat politique, n’en « travaillent » pas moins en profondeur les consciences de sentiments obscurs et de lourds questionnements sur notre démocratie, qui pèseront le jour venue sur les intentions de votes (ou d’abstention) des Français.

Le soutien ostensiblement illégal apporté par des maires à la fronde des petits commerçants participe de la dépréciation de l’autorité publique et valide le primat des intérêts particuliers sur l’intérêt général

Dans ces deux registres de crise, on a en vue affleurer dans l’espace public de troublantes expressions. D’abord, la revendication éperdue de grands élus de droite de « quitter les lois de la paix » pour pouvoir procéder à des rafles et à des embastillements arbitraires dans des camps, sur simples présomptions, au risque d’exciter un racisme anti-musulman aveugle, infiniment plus redoutable pour le pays que le fanatisme d’individus illuminés par la compétition macabre de Daech et d’al-Qaida.

Ce faisant, ces élus alimentent de leur autorité politique un doute mortifère sur notre régime démocratique et font au total le jeu des populismes illibéraux ou de l’abstention, premier parti de France.

Par ailleurs, le soutien ostensiblement illégal apporté par des maires, pourtant investis par la loi de prérogatives de santé publique, à la fronde des petits commerçants après celle des patrons de bars le mois dernier, participe de la dépréciation de l’autorité publique et valide le primat des intérêts particuliers sur l’intérêt général.

Une chose est, pour un maire, de pétitionner auprès d’un gouvernement pour lui demander de revoir une décision notoirement injuste ; une autre est de se mettre en sécession ouverte avec la loi quand on est censé participer à son application.

La séquence que traverse notre pays est redoutablement difficile, non seulement par la nature des épreuves auxquelles elle le confronte, mais aussi parce qu’elle réactive de profondes fractures françaises et surtout parce qu’elle nourrit un climat de défiance à l’encontre de la démocratie.

Dans de telles circonstances, où de redoutables épreuves rencontrent une profonde fragmentation nationale et même des élus pour mettre du sel sur les plaies, l’appel à l’unité nationale, pour nécessaire qu’il soit, procède de la méthode Coué.

Heureusement, l’Etat tient bon et, que ce soit à travers l’hôpital public ou les forces de l’ordre, manifeste encore un légitimisme républicain réconfortant.

Par Gilles Savary, délégué général de Territoires de Progrès

Tribune originale parue dans l’Opinion (4 novembre 2020)

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