Préparer dès aujourd’hui notre société au vieillissement de la population est une nécessité absolue. D’ici 2025, notre pays comptera un million de personnes âgées de plus de 75 ans supplémentaires. Si l’accroissement de l’espérance de vie est l’un des plus grands progrès du XXe siècle, nous basculons progressivement vers une société de la longévité non sans soulever de nombreux défis.

Force est de constater que les enjeux liés à cette transformation sociétale n’ont jamais fait l’objet d’une approche globale. Les politiques de l’autonomie se sont ainsi construites par strates technocratiques successives, perdant de vue l’essentiel : l’adaptation de la société au vieillissement est un sujet résolument humain et social. Il nous appartient désormais de se saisir des questions du grand âge et de la perte d’autonomie, en respectant cette double exigence d’humanité et de continuité du « faire société ».

La création récente de la cinquième branche de la Sécurité sociale constitue une première étape historique dans la construction d’un nouveau pilier de notre protection sociale. Son ambition est forte : prévenir et accompagner la perte d’autonomie de nos compatriotes, qu’elle soit liée à l’âge ou à une situation de handicap. Cette branche doit désormais être enrichie afin de constituer le réceptacle de nouvelles solidarités auxquelles nous devons collectivement donner corps. Notre priorité est de permettre à chacun de vieillir le plus longtemps possible « chez soi ».

Ce virage domiciliaire, souhaité par la grande majorité de nos compatriotes, reposera d’une part sur la revalorisation et l’attractivité des métiers du Grand âge, et d’autre part sur la valorisation de solutions alternatives d’habitat telles que l’habitat inclusif ou le logement intergénérationnel.

L’enjeu de l’« Ehpad de demain » sera aussi au cœur de ce beau chantier : modernisé et ouvert, vrai pôle de ressources pour les territoires et dans lequel la personne âgée n’est plus considérée seulement comme un objet de soins mais comme un sujet de droits à part entière.

Des millions de Français accompagnent au quotidien un parent, un conjoint ou un enfant confronté à la perte d’autonomie. Cet engagement doit être davantage reconnu par la société et l’indemnisation du congé de proche aidant, depuis le mois d’octobre, y participe. C’est une réalité qui devra aussi être davantage prise en compte dans le cadre professionnel, et les partenaires sociaux y travaillent déjà.Nous ne réussirons qu’en mobilisant toute la société. Garantir l’autonomie, c’est avant tout adapter l’ensemble de notre cadre de vie : transports, espaces urbains, habitats, etc.

L’Etat sera aux côtés des collectivités pour qu’elles deviennent les fers de lance du « vieillissement actif », ce qui implique de réfléchir ensemble à la manière dont les politiques de proximité peuvent être mieux coordonnées pour accroître la participation des aînés à la vie sociale et citoyenne.

L’Etat va aussi amplifier l’accompagnement des acteurs de la silver économie, entreprises et associations, qui jouent un rôle crucial pour proposer des réponses graduées aux parcours de vie. Plus encore, cette économie de l’innovation au service du bien vieillir est un vrai levier de croissance et de création d’emplois non délocalisables pour le pays.

Les crédits du plan France Relance et les plans d’investissements prévus par le Ségur de la Santé y contribueront dès 2021.

Tribune originale de Brigitte Bourguignon parue dans “L’Opinion” (24 novembre)

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