Le gouvernement a décidé de ne pas rendre la vaccination obligatoire pour maintenir un équilibre entre la préservation des libertés individuelles et la défense de l’ordre public sanitaire. Mais l’instauration d’un passe sanitaire, indispensable à certaines activités, culturelles, économiques ou tout simplement sociales, apparaît à certains de nos concitoyens comme une obligation vaccinale déguisée et donc comme une atteinte à leur liberté individuelle. Cet « entre-deux » a selon eux transformé une incitation à la vaccination volontaire en une obligation qui ne veut pas dire son nom.

En réalité, le variant Delta a changé la donne. L’arrivée d’une quatrième vague épidémique est venue troubler la stratégie vaccinale du gouvernement qui se voulait, au départ, plus consensuelle. Le passe sanitaire, qui se limitait dans un premier temps à l’accès aux grands rassemblements, est devenu, par son extension, liberticide aux yeux de certains Français. Dans ce contexte, des hommes politiques irresponsables ont agité des peurs provoquées par un virus paraissant indomptable pour tenter d’imposer par la rue ce qu’ils n’ont pu gagner dans les urnes.« Le gouvernement doit être clair dans ses intentions, dans ses options et dans ses explications. »

Les récentes manifestations contre le passe sanitaire mêlant des Français en proie aux doutes, des complotistes anti-vaccination, des gilets jaunes cherchant à faire renaître un mouvement essoufflé, des opposants à une réforme des retraites aujourd’hui suspendue, et la vieille extrême droite toujours prête à renaître de ses cendres, sont trop hétérogènes pour représenter une opposition organisée et donc crédible. Il faut néanmoins y prendre garde et ne pas laisser un mouvement prendre de l’ampleur au nom d’une opposition à une prétendue « dictature sanitaire » alors que ces manifestations démontrent par leur existence que la France n’est pas la dictature qu’elles prétendent dénoncer.

Elles prouvent cependant que le gouvernement doit être clair dans ses intentions, dans ses options et dans ses explications s’il veut éviter une rentrée sociale, et notamment scolaire, explosive. Aussi, il est important de convaincre les Français récalcitrants ou attentistes d’accompagner les plus vulnérables souvent éloignés des centres de vaccination, et enfin de répondre aux questions légitimes de parents inquiets des répercussions de la vaccination sur leurs enfants.

La défense de l’intérêt général se posera au moment de la rentrée scolaire. La France est le pays qui a scolarisé le plus d’élèves malgré les vagues successives de Covid. Il faut s’en réjouir, et les enseignants, toutes catégories confondues, ont assumé le service public parfois au-delà même de leur propre sécurité sanitaire. Les partis d’opposition, quand ils sont républicains, ont su globalement trouver un consensus autour de l’école. Il serait bon que le mois d’août soit mis à profit pour construire un même consensus autour des conditions de la rentrée scolaire de septembre prochain. Ce consensus ne peut se réaliser que par l’affirmation partagée et la mise en œuvre concertée de principes clairs.« C’est une obligation qui est un gage de liberté car elle ouvre la même possibilité de libre arbitre à tous »

Le premier est celui de l’obligation scolaire, qui se pratique avant tout à l’école et dans la classe. Si la Constitution reconnaît la liberté de l’enseignement, la loi récemment votée « consolidant les principes républicains » a opportunément encadré les possibilités d’enseignement à domicile, ce qui privilégie ainsi l’enseignement à l’école, au collège et au lycée, où s’acquièrent les apprentissages mais aussi les règles de vie en société sans lesquelles il n’y a pas de citoyenneté.

L’enseignement à distance, rendu nécessaire en raison des conditions sanitaires, a montré ses limites. La classe, par les contacts personnels qu’elle offre avec les enseignants comme avec les autres élèves, est le lieu de vie et de savoir dont les élèves manifestent eux-mêmes le besoin. Les Français, pour cela aussi, sont attachés à leur école. L’obligation scolaire s’adresse aux familles mais s’impose aussi à la République qui doit offrir à tous les enfants le même nombre d’heures d’enseignement. C’est donc une obligation qui est un gage de liberté car elle ouvre la même possibilité de libre arbitre à tous.

Le second principe est celui de l’obligation de santé publique. C’est ce principe qui impose aux familles de faire vacciner leur enfant pour entrer à l’école. C’est une autre obligation qui est gage de responsabilité et de respect de l’autre, celle donnée aux autres enfants de ne pas être contaminés.

Il appartient à l’État de faire respecter ces obligations imposées à tous parce qu’elles sont la condition de la liberté de chacun. L’opposition entre obligation et liberté individuelle est instrumentalisée par des opposants qui utilisent la crise sanitaire pour instaurer un débat fallacieux. Tous les médecins sérieux s’accordent sur la nécessité de vacciner le maximum de Français à partir de 12 ans pour combattre efficacement la pandémie. Il est donc normal que les pouvoirs publics exigent cette vaccination pour rester en classe quand un cas de contamination s’y présente. On pourrait même considérer que cette vaccination devrait être exigée pour entrer en classe, mais on tomberait du même coup dans le travers de l’obligation que le gouvernement veut aujourd’hui éviter.« Les Français ont depuis le début de cette pandémie majoritairement fait preuve de responsabilité : ils méritent de la transparence et de la pédagogie. »

Et pourtant, les choses seraient plus simples, donc plus facilement acceptées, si c’était le cas. Lors du débat parlementaire pour faire adopter le passe sanitaire, le ministre de la Santé, lui-même favorable à la vaccination obligatoire, a déclaré que le passe sanitaire n’était qu’une étape temporaire. Souhaitons qu’elle soit la plus brève possible et que la clarté l’emporte sur l‘ambiguïté car les Français ont depuis le début de cette pandémie majoritairement fait preuve de responsabilité : ils méritent de la transparence et de la pédagogie. C’est ainsi qu’ils seront convaincus que les obligations sanitaires qui s’abattent sur eux, sont des conditions nécessaires de liberté et de sécurité.

– Par Najwa El Haïté, déléguée nationale adjointe TdP et Yves Durand, président du Conseil national TdP

Tribune originale parue dans “Marianne” | 2 août 2021

2 réponses
  1. david
    david dit :

    la liberté invoquée contre le pass sanitaire est usurpée. C’est une vue individualiste qui oublie “l’autre”. : La liberte de chacun s’arrête là ou commence celle du prochain. Lorsqu’on risque d’être contagieux, et cette situation est davantage possible lorsqu’on n’est pas vacciné, on a le devoir de faire le maximum pour ne pas risquer de contaminer d’autres personnes en particulier des personnes affaiblies (ehpads, hopitaux, parents….).

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