LE FIGARO. – Territoires de Progrès se confronte pour la première fois à un scrutin. Qu’attendez-vous de ces élections régionales ?

Gilles SAVARY. – Nous sommes aujourd’hui 1800 adhérents. Nous avons une centaine de candidats aux élections régionales, dont trois têtes de liste. Nous avons réussi en très peu de temps une percée politique non négligeable. Nous avons préparé ce scrutin avec loyauté et en très grande confiance avec Stanislas Guerini, Franck Riester et Marc Fesneau. Mais il faut admettre que sur le terrain, ça n’a pas toujours été le cas. Le MoDem et Agir ont parfois un pied à droite et un pied dans la majorité. Et nous, on a tenté parfois de jouer de notre double appartenance parlementaire pour nous imposer des candidatures plus proches de LREM que de notre mouvement. Il faudra en évaluer les résultats à l’aune des élections régionales, mais si l’on observe un retour des identités politiques, il faudra que la maison commune soit revisitée et loyale avec toutes ses composantes. Le dépassement ce ne pourra plus être la dilution dans un parti unique idéologiquement composite. Je pense à l’inverse que les partis servent de ciment idéologique et qu’il faudra poursuivre le dépassement à travers des coalitions.

Pensez-vous, comme Stéphane Séjourné, que le front républicain est «presque mort» ?

GS : J’espère que ce n’est pas une façon de préparer les esprits au maintien à tout prix du candidat de la majorité présidentielle face à Xavier Bertrand. Le front républicain fonctionne effectivement mal mais c’est un devoir moral de ne prendre aucun risque contre le RN.

Il suggère une fusion technique au candidat arrivé en tête pour garantir la présence d’élus de l’opposition…

GS : Une assemblée monocolore, ce n’est pas sain. Il a donc raison de faire cette proposition. Mais ça ne doit pas être une condition absolue au retrait de notre liste. On ne joue pas avec le RN.

Que vous inspire la situation en Paca ?

GS : Territoires de Progrès y a retiré ses candidats au premier tour. Nous pensons que ça ne sert pas Renaud Muselier d’avoir une alliance de premier tour avec la majorité. Un ralliement de second tour aurait été plus efficace. Renaud Muselier n’aurait pas perdu les LR les plus à droite. Je ne comprends pas cette stratégie, tant de la part de Renaud Muselier que de LREM, du MoDem et d’Agir. J’espère sincèrement que les faits nous démentiront. En tout cas j’observe avec dépit que la majorité présidentielle s’est mise hors jeu du second tour, et que le sort de Renaud Muselier et des Républicains est désormais dans les mains de la liste de gauche.

Quel est l’état de la gauche ? Pourriez-vous recruter quelques socialistes en 2022 ?

GS : La gauche, faute d’idées neuves, n’a qu’un slogan pavlovien : l’union. C’est l’alliance du communautarisme nationaliste mélenchonien devenu complotiste, avec le catastrophisme et la contrition des Verts décroissants. Le PS veut sauver ses positions locales avec ces unions improbables, mais en renonçant à son identité, en surenchérissant avec les Verts, il va y perdre toute influence nationale. Il se met sur la trajectoire des Radicaux et du PC qui ont dominé la gauche pendant des décennies tout en conservant encore aujourd’hui des positions locales en peau de chagrin. Des Rousset, Delga, Bonneau, Dufay, Cazeneuve et bien d’autres sont plus proches de nous que de Mélenchon ou de Bayou, mais ils sont prisonniers de la tactique unioniste du PS ou de rancœurs et de rancunes personnelles qui les conduit à faire d’Emmanuel Macron l’ennemi public numéro un. Au risque de faire le lit de Marine Le Pen. Si ce choix se présente l’an prochain, nous ne voulons pas jouer ce jeu-là.

Vous ressentez une résistance de la gauche à soutenir in fine le chef de l’État ?

GS : La gauche a réussi une stigmatisation droitière de Macron. Certes, il joue avec la droite sur le plan tactique. Mais en termes de politique menée, il a un bilan de gauche. Il faut vraiment être des enfants gâtés pour ne pas se rendre compte que l’État a offert une protection sociale solide pendant la crise sanitaire. Bien plus que dans nombre de pays dirigés par la gauche… Le reste à charge zéro euro pour les prothèses auditives et les lunettes, c’est aussi ce gouvernement. La réforme des pensions alimentaires, c’est lui aussi. L’augmentation de 12 % des minima sociaux, encore lui. Le droit au chômage pour les professions indépendantes, les mutuelles pour les fonctionnaires, le plan 1 jeune 1 solution, tout ça c’est ce gouvernement. Dire le contraire, c’est mener un mauvais procès en sorcellerie. Sans parler de la clarté et de la sincérité de son engagement européen et de l’accord historique du 21 juillet 2021 sur l’emprunt européen, que Mitterrand n’aurait probablement pas renié.

La présidentielle perce déjà dans les débats. Croyez-vous au match Macron-Le Pen ?

GS : La réélection d’Emmanuel Macron n’est pas jouée. S’il est réélu face à Marine Le Pen, il y aura un grand malaise dans le pays car ce n’est pas le second tour espéré par les Français. Je pense que le président de la République sera réélu car il a montré ses capacités d’homme d’État. Je mets en garde mes amis de gauche qui disent “ras le bol des libéraux”. Ils me disent que si Marine Le Pen est élue, ils l’empêcheront de gouverner grâce à la rue. Comme aux États-Unis, ils pensent passer par Trump pour avoir Biden… Mais je suis persuadé que si Marine Le Pen était contredite par la rue, le pays trouverait une certaine légitimité à ce qu’elle en appelle aux militaires. Ça commence toujours comme ça l’extrême droite. La tribune des militaires nous en donne un aperçu. J’ai vu comment ce texte a été perçu par les masses populaires. Il y a une poussée vers l’ordre qui est inquiétante.

Faut-il mener la réforme des retraites avant l’élection présidentielle ?

GS : La gauche sait s’arranger avec les grandes inégalités au nom du corporatisme. Quand elle a défilé contre le régime unique de retraite, c’est bien la première fois qu’elle manifestait pour soutenir des inégalités. Il serait dommage de ne pas reproposer cette réforme systémique.

Manuel Valls pourrait-il rejoindre Territoires de Progrès ?

GS : J’ai rencontré Manuel Valls à la suite d’une «indiscrétion» de presse. Notre démarche l’intéresse mais il a d’autres priorités. C’est une personnalité très courageuse et un homme d’Etat. Dans les circonstances difficiles que nous connaissons et alors que la République vacille, il a sa place dans le paysage politique à gauche. Même s’il est très clivant. Mais il n’a pas besoin de nous pour revenir dans le jeu s’il le souhaite.

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