La leçon la plus importante de l’élection présidentielle américaine est la confirmation de l’opposition entre progressistes et populistes qui était apparue en 2016. Cette opposition s’est installée progressivement aux Etats-Unis à compter des années 1980. Ronald Reagan avait déporté le Parti républicain sur la droite et avait attiré une partie de l’électorat populaire qui votait jusque-là pour les démocrates. Cette double tendance s’est accentuée au début des années 2000 sous l’influence du Tea Party, puis de Donald Trump.

Parallèlement le Parti démocrate s’est recentré (on se souvient qu’en 1972, face à Nixon, républicain centriste, le candidat démocrate était McGovern, positionné très à gauche). Cela s’est fait sous l’impulsion de Bill Clinton, adepte de la troisième voie comme Tony Blair et Gerhard Schröder, proche de la position d’Emmanuel Macron aujourd’hui. Ce recentrage a été confirmé par Barack Obama puis par Joe Biden face à Bernie Sanders.

Cela annonce-t-il la répétition en France en 2022 de l’opposition de 2017 entre progressistes et populistes ? Une confirmation d’un nouveau second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, comme l’annoncent les sondages ?

On est frappé par le parallélisme de l’évolution du paysage politique français avec celui des Etats-Unis. C’est aussi au milieu des années 1980 que le Front national est devenu un courant de la droite incontournable et c’est aussi durant les années 2000 que cette évolution s’est amplifiée avec la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002. Parallèlement le PS s’est recentré, avec Michel Rocard, qui gouverna avec les centristes, puis avec Lionel Jospin, qui privatisa massivement les entreprises publiques et abaissa les taux de l’impôt sur le revenu et, enfin, avec François Hollande, qui baissa les charges des entreprises et simplifia le Code du travail jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron séduise en 2017 les électeurs centristes du PS.

Il est intéressant de voir que l’Italie a connu la même évolution avec l’opposition entre le Parti démocrate et la Ligue du Nord et que le Royaume-Uni en prend le chemin depuis la mainmise de Boris Johnson sur le Parti conservateur et le recentrage du Parti travailliste avec le départ de Jeremy Corbyn. S’agit-il d’un effacement du clivage droite-gauche ? Est-ce nouveau ?

Il est plus juste de parler d’un déplacement vers la droite de la classe politique, déplacement entamé au début des années 1980. Les populistes sont en effet à droite, même s’ils se différencient fortement de la droite classique et sont plus proches de l’extrême droite. Quant aux progressistes ils viennent de la gauche et peuvent être classés au centre-gauche. La France avait connu un certain dépassement du clivage droite-gauche dans les années 1960 quand Malraux, parlant des gaullistes, disait « entre nous et les communistes il n’y a rien ». Le rassemblement gaulliste avait son centre de gravité au centre-droit et le Parti communiste se positionnait quasiment à l’extrême gauche. Charles de Gaulle, dont nous venons de célébrer le cinquantième anniversaire de la disparition, voulait dépasser le clivage droite-gauche, comme Emmanuel Macron aujourd’hui.

Dernière leçon : quand les progressistes se mobilisent et remobilisent l’électorat ouvrier et populaire, comme l’a fait Joe Biden, les populistes sont battus.

Mais il reste une grosse différence entre les Etats-Unis et la France : en 2020 aux Etats-Unis le sortant était populiste ; en 2022 en France le sortant sera progressiste.

Par Dominique Villemot est avocat, président du think tank Démocratie vivante, auteur de « La gauche qui gouverne » (Privat).

Tribune originale parue dans “Les Echos”, 18 novembre 2020

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