En Paca, le ralliement de la majorité présidentielle à la candidature de Renaud Muselier apparaissait comme une fatalité face à la menace, plus aiguë que jamais, de victoire du Rassemblement national à la prochaine élection régionale.

Il y a cinq ans déjà, le Parti socialiste lui avait laissé le champ libre au second tour en se retirant du scrutin, au prix de sa disparition de l’assemblée régionale. Si la gauche se montre désormais plus fluctuante en matière de stratégie de front républicain face au RN, le « dépassement » que poursuit Emmanuel Macron porte naturellement sa majorité à la reprendre à son compte, toutes les fois et partout où le RN peut menacer une majorité républicaine, de gauche ou de droite.

C’est pourtant à une tragicomédie politique totalement inédite à laquelle on a assisté depuis ce week-end en Région Sud. Désignée par la majorité présidentielle pour conduire sa liste dans cette région, Sophie Cluzel rassemblait sans difficultés ses diverses composantes et était créditée par les premiers sondages d’un étiage de départ plus qu’honorable, lui permettant d’envisager de relancer significativement la campagne de Renaud Muselier au second tour face au danger RN.

Après les préliminaires d’une étrange parade nuptiale qui voyait Renaud Muselier repousser les avances de Christophe Castaner et les conseils d’amis de Christian Estrosi en faveur d’une union avec la majorité présidentielle dès le premier tour, il y a finalement consenti la semaine dernière. En réponse à cet appel du pied, l’annonce du ralliement de la liste Cluzel dès le premier tour ne s’est pas fait attendre. C’est le Premier ministre lui-même qui s’en est chargé, histoire de mettre la majorité devant le fait accompli et de lui signifier que cette décision venait de haut.

Entre rallier Renaud Muselier au second tour ou au premier, il n’y avait qu’un petit pas à franchir pour Emmanuel Macron en regard de l’aubaine de poser un coin supplémentaire au sein de la droite, et de s’accorder d’un coup les « prises de guerre » Christian Estrosi, Hubert Falco et Renaud Muselier dans la perspective de l’élection présidentielle de l’an prochain.

Le secrétaire général de LR, Christian Jacob, a foncé tête baissée sur le chiffon rouge, en annonçant derechef que Les Républicains retiraient leur investiture à Renaud Muselier, plaçant son parti devant un dilemme : s’effacer de l’élection comme le PS en 2015 ou présenter une liste LR alternative au risque d’ouvrir une voie royale à la victoire de Thierry Mariani.

Cette crise de nerfs extravagante de LR à l’annonce du retrait de Sophie Cluzel en sa faveur n’a trouvé de « sauve-qui-peut » qu’au prix d’un tête à queue spectaculaire de Renaud Muselier, contraint par l’appareil de rejeter toute perspective d’un ralliement qu’il avait lui-même proposé. Le plus logique, en regard du risque RN, eut été que LR accueille favorablement ce renfort républicain.

Cette séquence de « vieille politique » serait anecdotique si elle n’avait pour conséquences de ridiculiser R. Muselier et de mettre LREM hors jeu, au profit d’une désormais probable victoire RN de Thierry Mariani. Elle révèle combien le « tout sauf Macron » a pris le pas sur le « tout sauf Le Pen » dans les esprits LR. Elle constitue une sérieuse alerte pour le pays sur les conséquences que pourrait avoir, l’an prochain, cette ligne politique des vieux partis, entretenue depuis 2017 à gauche et à droite.

Par Gilles Savary, délégué général TdP

Tribune originale dans L’Opinion (5 mai 2021)

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