Avec le plan de relance, l’Etat signe le plus gros chèque de l’histoire : 100 milliards d’euros pour la transition écologique, l’investissement dans notre appareil productif, et pour la cohésion sociale et territoriale. Ce plan sera un succès s’il répond aux attentes des Français.

Ces attentes sont élevées en matière écologique. Le confinement a montré que nous pouvions vivre en consommant moins, que le quasi-arrêt de l’économie faisait reculer les émissions de gaz à effets de serre et qu’il fallait préserver notre planète. France Relance fait donc le pari d’investir dans l’appareil productif en donnant la priorité aux domaines qui feront l’économie et créeront les emplois de demain. La France de 2030 devra être plus verte et plus respectueuse du climat, l’économie et l’écologie devant aller de concert. Consacrer 30 milliards à la transition énergétique, c’est plus que doubler le montant des investissements de l’Etat dans ce domaine.

On entend dire que ce plan ne serait pas un vrai plan de relance, car, en privilégiant l’offre, il s’inscrit dans le long terme, alors que c’est maintenant que l’économie a besoin d’être soutenue. Il négligerait aussi les salariés au profit des entreprises. C’est oublier que ce plan s’inscrit dans une politique plus globale. Il complète les autres mesures prises par le gouvernement, notamment la prise en charge par l’Etat de 84 % des salaires nets des personnes en chômage partiel. Cela représente une injection de 30 milliards dans l’économie au bénéfice des salariés et constitue une politique clairement « keynésienne » de soutien de la demande.

S’y ajoutent les mesures en faveur des jeunes. Ce sont déjà 700.000 jeunes de moins de 25 ans qui se retrouvent sans activité ! Le plan prévoit des aides qui permettent aux employeurs d’embaucher ceux que certains nomment déjà la « génération Covid ». France Relance offre des mesures d’aide à l’apprentissage (2,7 milliards) et à l’embauche des jeunes (1,1 milliard) ; il cible surtout les catégories de population qui s’intègrent le moins facilement sur le marché du travail ou qui sont les plus fragiles : 1,3 milliard pour l’accompagnement renforcé et personnalisé des jeunes vers l’emploi, ce qui permet de proposer 300.000 parcours d’accompagnement et d’insertion sur mesure.

Malheureusement, certaines entreprises abusent des dispositifs. La ministre du Travail a déjà mis en garde celles qui abusent du chômage partiel ou des accords de performance collective. Ce type d’accord peut parfois masquer un chantage au maintien à l’emploi en « contrepartie » d’une baisse des salaires et faciliter les licenciements à moindre coût : celles et ceux qui n’acceptent pas la ou les modifications de leur contrat de travail perdent leur emploi.

Pour que les Français adhèrent au plan de relance, il est nécessaire d’introduire un minimum de contrôle et de conditionnement des aides aux entreprises. Bruno Le Maire avait exigé que, pour bénéficier des prêts garantis par l’Etat, les entreprises ne versent pas de dividendes à leurs actionnaires et aient leur siège social en France. Faut-il alors demander aux entreprises des contreparties à la baisse des impôts de production ? Evitons les décisions venues d’en haut. Faisons confiance aux partenaires sociaux sur le terrain. Il pourrait être prévu un avis conforme du comité social et économique sur l’utilisation des aides versées aux entreprises.

La relance française avance, mais ne réussira que si on adopte la bonne méthode, celle de la concertation avec les territoires et les partenaires sociaux. Pour réussir, le plan de relance doit redonner confiance aux acteurs économiques et sociaux, aux entreprises, aux salariés, aux investisseurs, aux consommateurs.

Par Aude de Castet, Dominique Villemot et Jacky Bontems, membres du Comité Exécutif TdP et du think tank Démocratie Vivante.

Tribune originale dans “Les Echos”, 19 octobre 2020

 

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