L’équation politique d’Emmanuel Macron s’est compliquée à l’occasion des élections régionales. Ce sont précisément les formations des deux favoris pour la finale de la présidentielle de l’an prochain qui ont subi les revers les plus spectaculaires.

Pour ce qui concerne le RN, c’est une alerte sans précédent sur la mobilisation de son électorat, que l’on pouvait penser animé d’une combativité à toute épreuve après des décennies d’une progression électorale opiniâtre et constante. La majorité présidentielle touche les dividendes de sa stratégie de clarté en Sud-Provence Côté d’Azur, mais confirme l’attrition considérable de son périmètre électoral par rapport à la présidentielle de 2017.

On objectera que des circonstances sanitaires exceptionnelles ont plombé ces élections intermédiaires, qui ont confirmé tous les sortants de 2015 plutôt que leurs partis politiques. Pour autant, toute élection crée du sens et s’imprime dans le paysage politique, même au rabais de la participation électorale. En tout cas, l’échantillon des votants, fût-il très incomplet, est toujours plus significatif que celui d’un sondage.

Ce n’est pas tant la prime aux sortants qui constitue la surprise de ces élections, que la renaissance de LR et surtout la manière dont Xavier Bertrand s’est imposé dans le jeu présidentiel de l’an prochain, avec le concours d’une stratégie erronée de la majorité. Cinq années d’efforts de fracturation de la droite s’en trouvent compromises.

Le président du groupe macroniste au Sénat, François Patriat, a raison de relever que la présidentielle 2022 sera un tout autre match que ces élections territoriales, mais les actes de foi ne doivent pas dispenser de lucidité. Après les municipales de l’an dernier, ces élections régionales et départementales ont, à dix mois de la présidentielle, validé la stratégie de repolarisation de la vie politique française poursuivie par les partis de droite comme de gauche, en refusant obstinément – sauf en PACA au prix d’une crise de nerfs – toute alliance avec la majorité présidentielle.

C’est surtout un tout autre match que la finale annoncée Macron-Le Pen que ces élections réintroduisent. Pour le confirmer, il reste à la droite ressuscitée à se choisir un candidat unique, dans un contexte de droitisation du pays qui peut exacerber les ambitions de l’excès de présidentiables dont elle se trouve subitement dotée.

L’alternative qui s’offre à la gauche, entre une multiplication de candidatures de témoignage et une union baroque qui confirme en Pays-de-la-Loire et en Ile-de-France qu’elle ne s’additionne pas, ne règle pas son problème de qualification pour le second tour, mais sa stratégie du « tout sauf Macron » lui permet d’envisager de retrouver une bonne part de ses électorats au premier tour.

Nonobstant les sondages qui placent le Président à des niveaux de popularité et de satisfaction très supérieurs à ceux de Hollande en 2016 et de Sarkozy en 2011, ces élections territoriales déplacent l’enjeu de l’élection présidentielle sur le premier tour. Jamais un président sortant ne l’abordera avec un parti aussi faible qu’Emmanuel Macron, s’il se représente. Mais ces élections ont aussi confirmé que la société politique était devenue très minoritaire au sein de la société française.

Cette situation n’est sans doute pas pour déplaire à Emmanuel Macron, mais elle n’est pas sans péril et interroge surtout la majorité parlementaire qu’il sera en mesure de fédérer autour de lui. Une chose est sûre : Macron 2 ne sera pas la réplique de Macron 1.

– Par Gilles Savary, délégué général de Territoires de Progrès

Analyse parue originellement dans L’Opinion | 29 juin 2021

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