Dans le cadre de la campagne des élections 2021, Emmanuelle Wargon propose un revenu d’urgence pour les jeunes précaires. Candidate #TdP dans le Val-de-Marne, elle met sur la table une «expérimentation» en Ile-de-France : 500€/mois pendant quelques mois pour les 18-25 ans en grande difficulté sociale.

Pourquoi un revenu d’urgence pour les jeunes ?
> Pour aider les jeunes les plus en galère, les quelques mois avant l’entrée dans les dispositifs d’insertion.
> Parce que c’est le maillon manquant de la couverture de protection sociale que nous leur devons.

Interview d’Emmanuelle Wargon dans Libé | 6 mai 2021

Opposée à l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans, Emmanuelle Wargon, ministre du Logement et candidate aux élections régionales en Ile-de-France, veut expérimenter une aide exceptionnelle et temporaire de 500 euros pour les jeunes précaires franciliens.

La situation des jeunes est préoccupante. Pourquoi refuser l’idée d’un «RSA jeunes» ?

Je suis opposée au RSA jeunes. Pour avoir contribué à sa création, je sais que le RSA est un revenu avant d’être un accompagnement, et ce malgré toute la bonne volonté qu’y mettent les acteurs de l’insertion. C’est un filet de sécurité avant d’être un vrai tremplin vers l’emploi, l’activité ou l’insertion.

Vous iriez, comme Valérie Pécresse, jusqu’à parler «d’assistanat» ?

Ce mot me déplaît fondamentalement. Nous sommes là pour aider les personnes en grande difficulté à vivre ou à survivre. En revanche, en particulier pour les jeunes, le revenu que l’on verse doit être une conséquence d’un parcours d’accompagnement : professionnel, d’insertion, d’accès à la formation, aux études…

Une «conséquence» ou une condition ?

Un complément je dirais. J’ai créé la garantie jeunes – et j’en suis très fière – lorsque j’étais déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle [de 2012 à 2015, ndlr] sur la base d’une commande faite par le Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault. La question posée était la même : comment aider des jeunes sans ressources, sans parcours, sans insertion, sans projet. J’ai négocié à l’époque un forfait de 1 600 euros par an et par jeune pour financer l’accompagnement par les missions locales.A lire aussi

Aujourd’hui le gouvernement poursuit les mêmes objectifs avec le plan «Un jeune, une solution» et l’extension de la garantie jeunes. Mais entrer dans un tel parcours peut être long : la prise en charge personnelle, administrative, prend du temps, tout comme vérifier que la personne est motivée pour un accompagnement personnel. Cela peut prendre plusieurs mois. Or on a des jeunes dans la rue, qui dorment dans leur voiture, qui sont hébergés dans de mauvaises conditions, qui font la queue aux distributions des banques alimentaires… Ils ont besoin d’un revenu tout de suite.

Que proposez-vous ?

D’expérimenter en Ile-de-France un revenu d’urgence de 500 euros par mois versé rapidement, sans conditions et avec une simple déclaration sur l’honneur attestant de l’absence de ressources pour vivre, pendant trois ou six mois, le temps de s’articuler avec une solution contenant un accompagnement.

Une seule fois entre 18 et 25 ans ?

Oui, c’est en tout cas ce que je propose d’expérimenter.

C’est une simple solution tampon…

Je dirais plutôt un tremplin pour une vraie prise en charge. Cela permettrait de répondre dignement à la question qui moi, comme tout le monde, me choque : que fait-on pour ces jeunes en très grande difficulté qui ne savent pas où ils vont dormir ni comment ils vont manger demain ? Ce revenu d’urgence pourrait être versé soit par les associations de lutte contre l’exclusion ou par d’autres guichets.

Pourquoi ne pas renforcer simplement l’accompagnement d’un RSA qu’on proposerait aux jeunes ?

Pour les jeunes, on a maintenant un système qui marche bien autour du plan «Un jeune, une solution», avec l’extension progressive de la garantie jeunes qui est maintenant à 100 000, et va passer à 200 000 rapidement, voire plus au final. Il suffit donc d’y brancher ce revenu d’urgence.

Avez-vous chiffré le coût éventuel d’une telle mesure ?

Pour la région Ile-de-France, aider entre 20 000 et 50 000 jeunes pendant en moyenne quatre mois, représenterait une dépense comprise entre 40 et 100 millions d’euros.

Pourquoi vouloir l’expérimenter en Ile-de-France – vous avez peu de chances de l’emporter face à Valérie Pécresse – et non au plan national puisque vous êtes membre du gouvernement ?

Je suis ministre du Logement et ce n’est pas une proposition «logement»… C’est une proposition de femme politique engagée que je fais à l’intérieur de la campagne pour les régionales, derrière Laurent Saint-Martin [la tête de liste LREM en Ile-de-France, ndlr] et sous la bannière Territoires de progrès. La région est compétente en matière de développement économique et d’insertion. Et il est intéressant de commencer par un territoire d’expérimentation, comme on l’avait fait pour la garantie jeunes et le RSA. Rien n’interdit d’élargir ensuite au plan national.

Vous en avez parlé à Jean Castex et Emmanuel Macron ?

C’est un sujet que j’ai eu l’occasion d’aborder en réunion interministérielle. Le Président et le Premier ministre accordent beaucoup d’importance à la question des jeunes.

La métropole de Lyon lance aussi une expérimentation. Certaines métropoles ont des propositions. Est-ce aux collectivités de mener cette politique et non plus à l’Etat ?

C’est un sujet de proximité. Mais toutes les solutions sur la table ne se valent pas. Celle de la métropole de Lyon, c’est un revenu de 400 euros – donc moins que le RSA – perçu pendant vingt-quatre mois et sans accompagnement. Dans l’autre sens, Valérie Pécresse a promis il y a trois mois un revenu jeune actif qui est, en fait, le repackaging de la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle… dont la revalorisation avait déjà été décidée.

Mais pourquoi une aide qu’on ne pourrait avoir qu’une seule fois quand on sait que ces publics pourraient en avoir besoin à plusieurs reprises ?

Testons-le ! Et si on constate que des personnes en ont besoin plusieurs fois entre 18 et 25 ans, alors revoyons le dispositif. Je veux surtout éviter la solution de facilité, le renoncement, de garantir un revenu mais de dire à ces jeunes, «pour l’accompagnement, écoutez on verra ce qu’on peut faire…» Il faut inverser la logique.

La demande se fera sur simple déclaration sur l’honneur. Ne craignez-vous pas de rater votre cible ?

Ça aussi, ça se teste. Mais je ne crois pas que des gens bien installés dans la vie iront faire ça pour aller chercher trois fois 500 euros. Ce serait se priver d’une espèce d’assurance anti-accident pour la suite. J’ai toujours plus peur du non-recours que de la fraude.

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