Chers camarades ! Je suis heureux de vous retrouver ici. D’abord mes collègues ministres mais aussi vous tous.

Nous avions un premier rendez-vous en février, le virus a interrompu, en partie, pas totalement, nos travaux, surtout notre visibilité publique et nous nous retrouvons. Je dis « camarades » parce que nous sommes de gauche. Nous sommes de la gauche de l’action, nous ne sommes pas de la gauche de la leçon. Nous ne disons pas entre nous ‘nous venons de la gauche’, nous sommes de gauche dans le mouvement de transformation sociale et d’émancipation qu’a initié le président de la République. Nous sommes de gauche dans le « en même temps ». C’est la raison pour laquelle je disais que la social-démocratie avait déménagé. Elle était maintenant dans le « en même temps » et dans le mouvement de transformation, en permettant le dépassement dont a parlé Florence, mais en gardant nos propres valeurs. Nous avons déménagé, je le dis pour Emmanuelle (Wargon) : le logement ça va, nous sommes assez bien dans ce nouveau logement, d’autant mieux que toute une série d’initiatives que nous avions avant, ont pu aboutir au cours des trois dernières années alors qu’on en a pas assez parlé, mais c’était des mesures de gauche. Lorsqu’on voit l’ampleur des actions de transformation sur l’Ecole, les mesures de protection sociale qu’a évoqué Olivier, lorsqu’on voit l’engagement du projet européen qu’a évoqué Florence, lorsqu’on voit le tournant de la transition écologique que nous avons initiée, tout cela c’est du matériau de gauche où je ne m’y connais pas ! C’est ce que nous portions avant que nous continuons à porter. Nous sommes de gauche dans une social-démocratie qui a déménagé.

Peut-être, Emmanuelle, un appartement un peu plus grand pour l’avenir dans la maison commune ! Mais même dans la maison commune, un appartement un peu plus grand, et pour l’avoir, il faut arriver avec des meubles pour que ça remplisse et que ça donne du sens. C’est l’objet du travail que vous avez initié les uns et les autres autour de Gilles en particulier. Je salue tout le travail de propositions et de réflexions qui a été engagé qui fera l’objet de cette plateforme, c’est, d’une certaine manière, nos meubles dans notre nouveau logement. Cela montre aussi la force de notre détermination et la qualité de nos propositions. C’est aussi un peu une anticipation, une production à la française du compromis politique.

Toutes les mesures prises ces trois dernières années ne sont pas toutes des mesures de gauche. Mais, parce que nous étions dans ce mouvement, nous avons pu soutenir, faire passer, initier, concrétiser tout un paquet d’initiatives et de valeurs que nous voulions mettre à l’œuvre et qui se concrétisent aujourd’hui. C’est cela le compromis. Dans d’autres pays, ça se passe autrement, mais la tradition historique en France n’a pas permis cela et nous le faisons là, si j’ose dire, en marchant.

Devant nous maintenant, pour la préparation de cette plateforme, nous devons, à mon sens, remplir 2 rôles :

Garder cette vocation de vigie à la fois bienveillante et exigeante de nos valeurs de gauche. Veiller en permanence que, ce à quoi nous croyons, soit pris en compte, peut-être pas totalement ; et d’autre part, parallèlement, garder un rôle d’aiguillon progressiste et propositionnel indispensable à notre majorité présidentielle.

Il faut mener ce double rôle sur nos fondamentaux, sur ce que fait notre histoire et notre culture communes. Donc, investir en priorité dans notre réflexion et dans la plateforme sur ce qui fait notre originalité dans ce débat. Je vais fixer quatre thèmes essentiels pour nos apports de vigie et d’aiguillon :

  • D’abord la méthode, avec 3 points : nous sommes farouchement décentralisateurs, c’est dans notre histoire, dans notre manière de concevoir la République, parce que nous sommes convaincus que c’est dans les territoires que se trouvent les facteurs de créativité et de solidarité. C’est évidemment une décentralisation plus audacieuse qui s’accompagne d’une déconcentration, d’une différenciation, d’une décomplexification que nous devons soutenir pour empêcher et inverser les fractures territoriales. C’est un rendez-vous important pour Territoires de Progrès.
  • Nous sommes aussi farouchement pour que nous inventions de nouvelles formes de citoyenneté. A chaque étape de son histoire, la République réinvente des formes de participation de citoyenneté et il faut que nous soyons dans la force propositionnelle à cet égard. Je vois dans les rapports que j’ai pu lire qu’on propose des contrats territoriaux de développement écologique pour permettre l’articulation entre l’agir local et l’agir global. Voilà des initiatives, des batailles que nous devons mener parce qu’on sait très bien que la bataille écologique ne peut pas se gagner par l’ordre d’en haut, elle doit être partagée, cela fait partie du paquet de nos propositions de Territoires de Progrès.
  • Nous sommes tout à fait convaincus qu’aucune grande réforme ne doit être entreprise en France sans que les partenaires sociaux y soient pleinement associés et sans que leurs voix ne soient entendues. On ne peut être d’accord avec tout ce qui proposé mais ce mouvement-là, cette maïeutique-là, soit la nôtre et soit celle à laquelle nous soyons très vigilants. Vigie et aiguillon en permanence. Ces trois piliers de la méthode me paraissent tout à fait indispensables pour répondre à l’urgence démocratique et pour inverser les pertes de confiance que nous constatons les uns et les autres dans les territoires.
  • Le 2è point majeur de notre identité : c’est l’exigence républicaine, la bataille républicaine que cela représente, Francis Chouat l’a dit avec beaucoup de force, mais aussi le combat contre le relativisme, le combat contre ceux qui pensent que l’appartenance à une communauté ethnique, religieuse, voire raciale, est l’objectif qu’il faut atteindre alors que cela menace l’adhésion à la communauté nationale. C’est ce combat-là qu’il nous faut mener. Il nous faut le mener sur trois orientations qui font partie du centre du projet de la plateforme que vous avez initié.
  • D’abord, réaffirmer la force de la Loi commune en faisant valoir partout l’Etat de droit en permettant le rétablissement de l’autorité publique, ferme mais irréprochable, et c’est une valeur de gauche que de dire que la sécurité fait partie de la citoyenneté, du bien-être de la République. Il ne faut pas se cacher derrière cela. Car les principales victimes de l’insécurité, ce sont les plus démunis, les plus marginalisés. Ce sont ceux qu’il faut défendre et donc le respect du droit, la force de la Loi doivent être au centre de nos propositions et de notre plateforme. En réaffirmant constamment nos valeurs d’unité et d’indivisibilité de la République. Le projet de loi sera un creuset tout à fait essentiel pour cela. Le 2è aspect de l’exigence républicaine, c’est la laïcité, qui ne tolèrerait ni additif ni accommodement. Elle exige seulement d’être assumée et, dans le débat qui a cours actuellement, la laïcité n’est pas tant un principe qui empêche qu’un principe qui permet, pas tant un principe de restrictions qu’un principe de liberté, n’ayons pas la laïcité honteuse ! Nous devons faire en sorte que ce thème soit une marque de fabrique de Territoires de Progrès. La loi, la sécurité, la laïcité, l’école -Yves Durand a dit tout sur l’école ce qu’il fallait dire. C’est l’élément du thème développé à de nombreuses reprises par le président de la République, sur la nécessaire sortie de l’assignation à résidence – j’aime beaucoup cette formule – l’assignation à résidence territoriale, l’assignation à résidence sociale, on en sort par l’Ecole ! Comme le tryptique de sécurité, laïcité, école, c’est ce que nous devons porter, c’est notre histoire de gauche et c’est, je pense, pour Territoires de Progrès, un élément central.

    Le 3è aspect prioritaire est de faire en sorte que dans la période qui vient, qui va être difficile parce que chacun sent bien l’inquiétude, la peur, le désarroi, une lassitude devant la reprise de la pandémie et ses répercussions sur la vie sociale, collective et amicale. Peur devant les conséquences à venir sur les risques de pertes d’emploi et de démantèlement économique, on le sent bien, cette source d’inquiétude. Et peur aussi devant les conséquences concrètes que pourraient avoir une transition écologique mal gérée, ou gérée de manière brutale, voire autoritaire. Il y a cet ensemble-là qui crée une forme de malaise, qui peut provoquer des grosses difficultés ou peut être le creuset d’un avenir différent. Nous devons, Territoires de Progrès, pour manifester notre témoignage dans cette période, aboutir au fait qu’au-delà des mesures qui ont été prises immédiatement pour juguler les effets de la crise sanitaire, il faut que nous fassions ensemble réussir le plan de relance. C’est un vrai plan de refondation, y compris dans sa dimension écologique. Il faut que nous soyons la vigie et l’aiguillon aussi sur le plan de relance, éviter les effets d’aubaine, éviter que les contreparties soient vilipendées, éviter que la mutation écologique soit autoritaire, faire en sorte que les grandes orientations soient partagées par les territoires et les acteurs sociaux. C’est ce qui est en train de se faire, mais notre vigilance à nous devra être là. C’est ce qui fera aussi le corps de nos propositions dans cette plateforme que nous envisageons de rendre publique bientôt.

Et enfin, je terminerai par l’Europe. Moi je suis assez optimiste sur de l’Europe, c’est peut-être la première fois que je le dis ! Quand on voit d’où on vient, quand on se souvient des sourires, à l’époque un peu plus amicaux qu’ils ne l’auraient été aujourd’hui, qui ont accompagné le discours de la Sorbonne. « Ce doux rêveur, ce grand naïf, mais vaut mieux qu’il pense ça que le contraire, on verra bien, il ne voit pas que tout cela n’est pas possible. » Quand on compare ce qui a été initié, lancé au moment du discours de la Sorbonne, et la réalité d’aujourd’hui, faites les comparaisons, faites le comptage ! L’avancée est considérable, elle est due à l’action du président de la République. Mais l’Europe, c’est aussi nos gènes, à nous les sociaux-démocrates, depuis tout le temps, et il faut que sur ce sujet là aussi que nous soyons la vigie et les aiguillons. Je considère que l’Europe est en train de sortir de son innocence, elle est en train de passer d’une puissance en retrait qui ne voulait pas s’accepter comme telle à une puissance de fait qui commence à être respectée, y compris par les Chinois et les Américains. Alors certes tout n’est pas achevé, on a vu les difficultés sur le plan de relance, dans la mesure où c’était un saut qualitatif considérable. On a vu aussi les difficultés avec nos partenaires qui ne retiennent que la dimension du marché qui rognent sur les valeurs, sur le droit, sur la régulation, ce combat-là continue mais nous avons de plus en plus de partenaires et nous avons aussi en alliance une Allemagne qui, aujourd’hui, a muté sur ses objectifs. Et puis, c’est une nécessité pour faire avancer les grands défis qui sont devant nous, on ne pourra pas gagner le défi écologique, numérique, migratoire, sécuritaire, le défi de la ré-industrialisation, tous seuls ! Et quand je vois progressivement apparaître dans le vocabulaire, des mots comme  « autonomie stratégique » ou« souveraineté européenne », il y a même deux ans cela n’était pas imaginable ! Aujourd’hui nous sommes dans une nouvelle phase avec le président de la République, c’est d’essayer de transformer cette dynamique-là avec beaucoup de vigilance et d’engagement. C’est un combat permanent, mais c’est un combat qui progresse, un combat des sociaux-démocrates.

Il s’est passé quelque chose aujourd’hui, d’abord ! Nous sommes nombreux, il y a des membres du gouvernement, certains n’ont pas pu venir, Olivier Véran, en particulier et à Brigitte Bourguignon. Mais nous sommes dans une dynamique dans la majorité présidentielle pour faire avancer la France et apporter dans cette coalition à laquelle nous participons, la voix de notre histoire, la voix de nos valeurs, la voix de la gauche tout en restant intègres sur nos valeurs et dans notre identité. Mais c’est notre identité qui contribue aussi à faire de la “maison commune” une force pour l’avenir. Je trouvais que dans le communiqué pour identifier ce que nous sommes, il y avait toutes les phrases qu’il fallait : nous voulons incarner une social-démocratie adaptée à notre époque au sein de la majorité présidentielle et loin des radicalités populistes. Nous appelons à la reconstitution d’une gauche de mouvement fermement républicaine, c’est notre projet, merci d’y contribuer !

-Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères | Rentrée politique #TdP2020, 19 septembre 2020

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Jean-Yves Le Drian

«Je n’ai pas le macronisme honteux mais conquérant» | Jean-Yves Le Drian (Le Parisien, 29 septembre 2020)

A 73 ans, l’inoxydable breton applique les consignes sanitaires à la lettre. Sur le plan politique aussi, Jean-Yves Le Drian veut prendre toute sa part. Alors que le chef de l’Etat a demandé à ses troupes d’élargir le périmètre de la majorité, l’ancien baron socialiste a réactivé récemment son club d’élus « Territoires de progrès », réunissant de nombreux ministres et députés. Il précise qu’il « reste un homme de gauche » et qu’il va « se faire entendre davantage ». Face à l’aile droite du macronisme, le « menhir » est décidé à jouer son rôle. Extrait de son interview dans Le Parisien, 27 septembre 2020.

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