“Tuer un enseignant, c’est attaquer l’école et assassiner la République ! C’est l’objectif assumé de l’islamisme qui, par la décapitation de Samuel Paty, professeur d’histoire-gé , est monté d’un cran dans l’horreur. C’est de la barbarie à l’état pur.

Une grande voix de la littérature algérienne, Boualem Sansal, auteur du livre “2084. La fin du monde” dénonce inlassablement l’aveuglement des gouvernants occidentaux face à la montée de l’islamisme et la cible privilégiée que représente la France quant à la volonté de conquête de cet islam dévoyé. Et cette terrible actualité plaide pour lui.

C’est encore ce même grand écrivain francophone qui alerte dans de nombreuses interviews de la situation de quartiers entiers en France échappant aux lois de la République. L’islamisme y règne en maître et véhicule ses règles, du fait de la démission ou du clientélisme de certains élus locaux. Dans ce contexte, la France une et indivisible se fissure sous nos yeux face aux coups de boutoir des anti-républicains et des idéologues radicaux qui veulent la voir se fracturer, s’effondrer.

Ce que l’islamisme veut détruire en France, comme dans le monde, c’est ce que l’humanité a construit patiemment depuis des siècles : le libre examen, la libre expression, l’esprit critique, l’égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de conscience que garantit la laïcité. C’est cet héritage que l’école et les enseignants transmettent aux jeunes dont ils ont la charge au nom de la République.

C’est pourquoi les enseignants sont en première ligne dans la guerre contre l’islamisme. Sans doute aurions-nous pu en prendre conscience plus tôt et les protéger au lieu de “mettre sous le tapis” les alertes que les chefs d’établissement font remonter à une hiérarchie trop souvent sourde au désarroi des professeurs laissés à eux-mêmes face à des situations de plus en plus difficiles.

L’hésitation de l’État à sanctionner les parents connus pour leur engagement islamiste, voulant imposer le voile au collège de Creil en 1989, a été le début du renoncement. Déjà, les islamistes testaient la résistance de la République à affirmer ses valeurs.

Trente ans après, ayons le courage d’affronter un ennemi qu’il faut nommer sans ambiguïté : l’islamisme qui n’a rien à voir avec une religion mais qui est un projet politique dont le but est la destruction de la démocratie. C’est par l’école que la République s’est construite, c’est par l’école qu’elle se défendra et qu’elle vivra en revendiquant son message d’universalisme.

Encore faut-il donner à ceux qui la servent les moyens d’accomplir leur mission. La formation des enseignants n’aborde qu’occasionnellement les problèmes qu’ils rencontreront dans leur classe. Quand aborde t-on réellement la réalité du métier dans les instituts de formation ? Quand forme t-on les jeunes enseignants à la laïcité et à la manière de la faire vivre dans des classes de plus en plus difficiles ?

C’est une vraie formation professionnelle qui permettra aux enseignants de résister aux pressions extérieures. L’école doit rester l’espace sacré où le jeune acquiert les connaissances, les compétences et la culture qui lui donneront l’esprit critique nécessaire pour l’éloigner du fanatisme.

Mais l’école ne pourra rien si la société elle-même montre des signes de renoncement et d’affaiblissement. Le pire ennemi du pacte républicain est sans doute la complaisance que les islamistes ont su utiliser pour avancer dans leur projet mortifère. Tariq Ramadan et d’autres prédicateurs radicaux ont été trop souvent les bienvenus dans des colloques.

Sous prétexte de lutter légitimement contre les discriminations, certains milieux ont vu dans le message islamiste souvent masqué une nouvelle lutte des classes. Tariq Ramadan et d’autres prédicateurs radicaux ont été trop souvent les bienvenus dans des colloques où le message des Frères musulmans était écouté avec bienveillance. Cette complaisance ne peut plus être tolérée. Ce n’est pas de complaisance dont les enfants de milieux défavorisés, souvent issus de l’immigration ont besoin, mais d’égalité réelle devant l’exigence, l’excellence et la réussite.

Aujourd’hui, l’émotion réunit l’ensemble de la Nation. Qu’en sera-t-il demain ?

Lors de deux discours courageux au Panthéon et aux Mureaux, le président de la République a rappelé les principes qui fondent le pacte républicain et proposé des dispositions qui doivent rapidement se concrétiser dans une loi.

Un tel texte sur la laïcité ne peut être compris par nos concitoyens que s’il est porté par l’ensemble des républicains de gauche comme de droite. C’est ce dépassement des clivages partisans qui redonnera sa force à la laïcité  sa place à l’école et les moyens à la République de combattre l’ennemi islamiste.”

Par Najwa El Haïté, déléguée nationale adjointe et Yves Durand, président du Conseil national TdP

Tribune originale parue dans “Marianne”, 18 octobre 2020

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