La longue interview télévisée du Président de la République, en ce 14 Juillet très particulier, lui a permis de sortir de la communication de crise de ces derniers mois pour remettre l’action gouvernementale en perspective et éclairer le pays de ses intentions.

Il a eu raison de rappeler que les mesures d’amortissement économique et social de la crise sanitaire prises par son gouvernement, notamment de chômage partiel, d’étalement et d’exonération de charges, d’accompagnement des petites entreprises et des ménages les plus modestes, n’ont pas connu d’équivalent dans le monde.

Il faut rendre hommage à l’administration française et aux collectivités locales d’avoir fait preuve d’une efficacité et d’une rapidité d’exécution exceptionnelles dans leur mise en œuvre.

S’il a réitéré la nécessité de donner la priorité absolue à la lutte contre la crise économique et sociale qui est devant nous et, en particulier, de mettre en place des mesures exceptionnelles de protection de l’emploi et de relance économique, il a su situer son propos dans une vision d’avenir et une volonté de tirer parti de cette période pour réorienter profondément le modèle économique français.

Le Président a inscrit son projet de redressement économique de la France dans l’accord franco-allemand du 18 mai dernier qui imprime une orientation historique, plus volontariste et plus solidaire, à la politique économique européenne. Il convient de lui associer l’appui décisif de la BCE, capital pour le succès de la relance européenne et française, dans un monde déstabilisé par le bras de fer entre la Chine et les USA. 

Ce faisant, le Président s’est clairement éloigné d’une conception libérale pour épouser une approche plus volontariste en matière écologique et plus classiquement keynésienne en matière économique, basée sur une politique active de l’emploi, un soutien des filières d’avenir, et un accompagnement de la transition écologique des secteurs traditionnels.

Il a, en particulier, annoncé un projet de soutien à la jeunesse d’une ambition sans précédent.

Pour autant, il inscrit ce virage de la politique gouvernementale, dans le projet de société de sa campagne électorale 2017, consistant à dépasser les blocages corporatistes de la société française, par une promotion de la valeur travail, du mérite, de la mobilité sociale, et de la réussite personnelle, sans en négliger lucidement les résistances qu’il va devoir affronter.

Il a eu raison de ne pas éluder la responsabilité de l’Etat dans la mise en place d’un système de retraite plus juste et financièrement durable, qui suppose cependant la réussite préalable de la relance économique du pays.  

Sur la méthode, son discours, qui fait suite à l’accord de revalorisation des professions de santé du «Ségur de la santé» augure d’un retour bienvenu des partenaires sociaux, de la concertation et de la participation, dans la gouvernance publique du pays.

Par ailleurs, il a tenu à rappeler que son action était guidée par l’acquis des Lumières et des principes républicains de l’Etat de droit, sans faiblesses vis-à-vis des dérives anglo-saxonnes de la démocratie d’opinion et de tout esprit de lynchage public.

Sur un ton spontané et décontracté, non exempt d’autocritique, le Président de la République a invité le pays à saisir l’opportunité d’un changement de modèle de développement dans la continuité de son projet de société et de notre modèle social, et a tenu à exprimer sa confiance dans l’avenir du pays.

Nous jugerons sur pièce des actes que cette profession de foi implique, dans laquelle une gauche social-démocrate, constructive et responsable, peut se retrouver.

Nous restons en particulier en attente du rôle qu’il entend impartir aux collectivités locales et aux territoires dans cette nouvelle impulsion politique.

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