Longtemps les Européens d’après-guerre ont pu se consacrer à construire un marché intérieur puissant, assorti de règles de concurrence et d’une cour de justice, renforcés dans les années 2000 par une intégration monétaire réductrice d’agressions monétaires intérieures et stabilisatrice de chocs économiques.

L’ordre de Yalta, sous tension de la guerre froide, épargnait à l’Europe des conflits grâce au bouclier apaisant de l’OTAN. Les Européens pouvaient se consacrer à leur reconstruction et au développement de leur commerce. Ils y conservaient un soft power mondial tout juste exposé à quelques suggestions militaires vis-à-vis de leur allié et protecteur américain.

Les enfants de cette génération européenne de la paix et de l’insouciance sont aujourd’hui confrontés à des bouleversements rapides des équilibres géopolitiques, qui trahissent l’extrême vulnérabilité des Européens à de nouvelles menaces, impensables il y a encore dix ans.

Le développement du djihadisme avec son cortège d’actes terroristes meurtriers au cœur des Etats européens, s’est précisément construit dans le monde musulman sur le rejet des valeurs occidentales de démocratie, de respect des droits de l’homme et d’égalité hommes-femmes.

La déstabilisation des régimes arabes nationalistes héritiers du baasisme, autoritaires mais laïques, lors du printemps arabe de 2011, a ouvert un large espace politique au fondamentalisme sunnite qui, de la constitution de l’Etat Islamique aux guerres civiles de Libye et de Syrie, a pris de court les diplomaties européennes et a conduit aujourd’hui à la quasi éviction des Occidentaux du Moyen-Orient au profit des expansionnismes russes et turcs.

La Russie de Poutine, surarmée, poursuit, de prétextes historiques en maladresses de l’OTAN, sa politique d’annexions aux portes de l’Union Européenne, de la Crimée et du Donbass en Ukraine en 2014, de la Transnistrie en Moldavie en 2016, après l’Ossétie du sud et l’Abkhazie en Géorgie en 2008.

De son côté la Turquie d’Erdogan, dont le régime de plus en plus autoritaire et répressif a entrepris une restauration de la Turquie musulmane, manifeste la même intention de reconstituer un sultanat d’influence autour de la Méditerranée et montre la même aversion pour les démocraties européennes et occidentales.

Face à ces bouleversements géopolitiques de voisinage, l’isolationnisme notoirement anti- européen de Trump et l’affirmation des prétentions impérialistes chinoises, placent les Européens face à des risques inédits et face à eux-mêmes.

Confrontés à de telles menaces, les Européens ont développé des coopérations fructueuses, mais encore très insuffisantes pour être dissuasives, en matière de sécurité intérieure, avec notamment la coordination des polices à travers Europol et le mandat d’arrêt européen. Ces avancées devraient être poursuivies par la création d’un parquet européen et une plus grande coordination des services de renseignements.

La crise syrienne et l’exode de réfugiés qui s’en est suivie a révélé les limites de la surveillance des frontières, de la politique européenne de l’asile et des solidarités européennes face aux pressions migratoires.

Elle a surtout révélé l’extrême sensibilité des opinions publiques vis-à-vis des migrants ainsi qu’un amalgame particulièrement régressif entre immigrants et réfugiés.

Elle a été gérée avec un empirisme panique, qui a consisté à renoncer, au moins temporairement, à Schengen, à rétablir des contrôles aux frontières nationales et à devenir otages politiques volontaires de la Turquie en lui sous-traitant l’accueil des réfugiés.

Territoires de Progrès considère que le droit d’asile et le devoir d’accueil de réfugiés en danger de mort sont imprescriptibles. Nous en appelons à une réforme de l’asile visant à introduire la demande d’asile, non pas dans le premier pays d’accueil, mais dans le pays de destination déclarée.

Nous considérons qu’en cas de nouvelle crise grave, la mise en place de camps de réfugiés décents encadrés par Frontex et les ONG, constituerait un pis-aller temporaire plus digne que des fermetures de frontières et des refoulements de populations intempestifs.

En matière de sécurité extérieure le service diplomatique de l’UE instauré par le Traité de Lisbonne constitue une avancée appréciable, notamment en termes de défense des intérêts des ressortissants européens dans le monde, mais il peine à s’imposer aux diplomaties nationales, en particulier celle de la France.

En matière de défense européenne le parapluie de l’OTAN reste le bouclier de référence des Etats européens, avec ce que cela suppose d’inféodation aux USA et à l’industrie de défense américaine. Cependant la conjonction de l’attitude anti-européenne de la Russie et de la Turquie, membre de l’OTAN, et du retour de l’isolationnisme et de la préférence nationale américain, exposent la sécurité des Européens à de nouvelles incertitudes.

La coopération structurée mise en place à l’initiative de la France en matière de défense européenne, ainsi que la dotation budgétaire significative consacrée par l’UE aux industries et infrastructures de défense, constituent des précédents encourageants sur la voie d’une « Europe de la défense ».

Nous considérons que les Européens ont un intérêt éminent à se doter de capacités de défense communes, structurées autour de l’armée française et d’une coopération étroite avec le Royaume-Uni, qui disposent des plus grandes gammes de capacités tactiques.

Mais nous pensons que cette défense commune européenne, pour avoir quelque chance d’avancer rapidement, doit se structurer en un « OTAN européen » au sein de l’OTAN, afin de rallier tous les Etats-membres qui restent attachés à l’OTAN.

Chapitre 6, avant-propos | La « Pax europeana » : un engagement d’identité et d’indépendance

Chapitre 6 | 6.2  Assumer le bilan de la construction européenne

Chapitre 6 | 6.3  Développer une « Europe à options » dans le cadre des Traités actuels

Chapitre 6 | 6.4  Aller vers les solidarités budgétaires et fiscales

Chapitre 6 | 6.5  D’une Europe des appels d’offres à une Europe des choix industriels

Chapitre 6 | 6.6 Vers une Europe des convergences sociales

Chapitre 6 | 6.7  Investir dans la jeunesse européenne

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